Les «Marocains du Monde» ou «Marocains sans frontières», selon la terminologie des banquiers, sont moins visibles cet été sur les routes. Il semble que la plupart aient reporté leur séjour au mois de Ramadan en septembre. Du coup, les commerces animés traditionnellement par cette clientèle souffrent cet été, la plupart n’ayant sans doute pas anticipé cette éventualité.

Hôtels, boîtes de nuit, restaurants dans les villes touristiques devront revoir leur logiciel pour trouver une clientèle de substitution. L’importance des MRE est capitale pour un certain nombre d’activités, notamment l’hôtellerie à Marrakech qui avait réussi à désaisonnaliser partiellement son activité grâce à l’arrivée des Marocains du Monde (MDM).

Estimée à 3 millions de personnes, les MDM constituent une incontestable force économique. D’après les chiffres de l’Office des changes, les envois de fonds des MRE se sont élevés à 55,13 milliards de dirhams en 2007, soit l’équivalent de 5 milliards d’euros dont 2 provenant de France, la plus grosse concentration de l’émigration marocaine.

Par rapport à l’exercice précédent, ces transferts enregistrent une hausse de 15,2%. Ces transferts représentent la première source en devises du pays, en concurrence avec le tourisme qui a fini l’année dernière avec un niveau historique de 52,42 milliards de dirhams de recettes nettes. L’excédent de la balance des paiements pour la septième année consécutive doit une fière chandelle aux MRE. Ces transferts apparaissent aussi un levier de développement social par sa contribution à la réduction de la pauvreté. 75% des fonds envoyés par les MRE relèvent de l’aide familiale. L’obligation sociale et familiale gouverne donc massivement leur comportement quels que soient la situation et les pays de résidence.

Avec 42,2%, la France est le plus gros émetteur des transferts financiers effectués par les Marocains résidant à l’étranger loin devant l’Espagne et l’Italie avec respectivement 15,3 et 12,2%. Avec une petite évolution structurelle, la baisse du nombre d’envois compensée par la hausse du transfert unitaire moyen. Une évolution qui tient à la montée dans l’échelle sociale. Ce qui entraîne une amélioration du revenu et donc, de la propension à épargner.

L’Italie et l’Espagne sont les deux principaux nouveaux pays d’émigration. Dans leur comportement, les Marocains résidant en Italie et en Espagne dupliquent le même réflexe que les premières générations des émigrés des années 60 en Europe concernant l’envoi des fonds au Maroc.

L’épargne des MRE, comme on les appelle familièrement, représentent 25% des dépôts du système bancaire (à peu près 90 milliards de dirhams) alors que les transferts annuels contribuent pour 1/4 dans les recettes de la balance des paiements.

Avec le tourisme, l’argent des Marocains de l’étranger est l’une des principales sources d’alimentation du pouvoir d’achat à l’extérieur (réserves de change) de l’économie. C’est confirmé aussi, l’essentiel des investissements privés est financé par l’épargne des MRE que gèrent les banques. Rien d’étonnant donc à voir s’exacerber la concurrence entre les établissements bancaires pour capter cette clientèle. Et désormais, les compétiteurs dépassent le cercle maroco-marocain, les banques des pays d’accueil multipliant des offres «alléchantes» à destination des migrants.

De l’Espagne à la France en passant par la Belgique et la Hollande, les hostilités sont ouvertes. Leader historique, le groupe Banques Populaires, qui capte le 1/3 des flux monétaires des MRE vers le Maroc avec 700.000 clients en portefeuille, a préparé la riposte en revoyant son organisation. La ligne de défense sera assurée par la toute nouvelle «business unit» dédiée aux «Marocains du Monde ». De par son leadership sur ce marché, c’est d’abord lui qui est visé par la concurrence. Une concurrence qui ne vient pas seulement de challengers marocains mais aussi de grands établissements bancaires européens.

Une étude sur l’intégration économique des migrants en France (Rapport Milhaud) a fait beaucoup de bruit de ce côté de la Méditerranée. Les banquiers marocains ont particulièrement décortiqué une de ses conclusions, selon laquelle le poids important des transferts de fonds est un obstacle à l’intégration des migrants dans le pays d’accueil.

Les auteurs insistant par ailleurs sur la nécessité pour les banques de tout mettre en œuvre pour intégrer les populations immigrées dans les circuits financiers. C’est ce que font déjà les banques françaises, et surtout espagnoles, qui ont déployé une grosse artillerie pour capter l’épargne des migrants.

Les banquiers marocains se disent prêts à l’affrontement. Le rapport Milhaud est présenté comme une nouvelle menace mais qu’il va falloir transformer en opportunité, si l’on en croit le management du groupe Banques Populaires.

Tourisme: La stratégie reste à réinventer
Pour le tourisme, les MRE est un formidable réservoir d’activité. Sur les 7,4 millions de touristes internationaux qui ont visité le Maroc l’an dernier, 45% sont des Marocains installés à l’étranger. Cette clientèle est un poids lourd dans la «Vision 2010». La querelle sur la qualification en touristes relève désormais de l’histoire, même si l’hôtellerie ne ressent pas toujours l’impact des MRE, la plupart préférant uniquement acheter des vols secs sans prestations au sol.

Au contraire de la Turquie, le Maroc n’a pas encore défini une stratégie de structuration et d’intégration de sa diaspora dans les circuits de distribution de l’industrie des voyages. Pour cela, il va falloir que des opérateurs marocains tentent une implantation dans les pays d’accueil comme l’ont réussi les voyagistes turcs en Allemagne et aux Pays-Bas.

Mais pour jouer dans la globalisation avec un minimum de crédibilité, cela passe par une taille critique que n’ont pas ailleurs nos PME dans le réceptif touristique.

Source: L'Economiste

 
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