Selon les statistiques de l’Office des changes, les transferts des MRE ont connu une hausse de 2,2% de janvier à fin septembre 2020, renouant ainsi avec la tendance haussière après avoir subi une forte baisse durant la période du confinement sanitaire. Toutefois, selon les projections de la Banque mondiale, les transferts de fonds à destination du royaume devraient baisser de 5% pour l’année en cours.

A fin septembre 2020, les envois de fonds effectués par les Marocains résidant à l’étranger ont atteint 50,593 milliards de dirhams (MMDH), contre 49,525 MMDH à fin septembre 2019. Selon les statistiques publiées par l’Office des changes, les transferts ont ainsi augmenté de 2,2% (+1,068 MMDH) entre les deux périodes.

Cette évolution traduit ainsi l'étonnante résilience des transferts effectués par les Marocains du monde malgré la crise sanitaire. Ainsi, comparés à 2019, le cumul des envois de fonds par les MRE a enregistré une quasi-stabilité à plus de 5,411 milliards en janvier et une hausse en février avant d’entamer une baisse qui s’étalera sur six mois. La baisse évoluera ainsi de 4,7% en mars à 10,1% à fin avril puis à 12,4% à fin mai avant une atténuation progressive de la baisse à 2,3% à fin août.

Ce rattrapage estival s'est confirmé au mois de septembre, les envois de fonds des MRE passant de 43,434 MMDH à fin août à 50,593 MMDH, en hausse de 2,2% par rapport à un an auparavant. Les chiffres mensuels des recettes des MRE marquent de manière ostensible cette dynamique positive.

Mais pour que le Maroc confirme cette insolente santé des envois de fonds des MRE en 2020, le quatrième trimestre sera crucial. En effet, le reconfinement instauré ce mois-ci dans plusieurs pays d’Europe pourrait restreindre les transferts de fonds, comme cela avait été constaté lors du premier confinement en mars et avril.

Pour le moment, les chiffres de l’Office des changes semblent contredire les prévisions du ministère des finances et de la Banque mondiale. En effet, lors de la présentation des grandes lignes du projet de loi rectificative, Mohamed Benchaaboun a déclaré, en juillet, que le royaume s'attend à une baisse de 20% des transferts des MRE.

Dans une note d’information sur les migrations et le développement, intitulée «Covid-19 Crisis through a Migration Lens», la Banque mondiale a estimé, la semaine dernière, que «les envois de fonds des travailleurs migrants vers leurs pays d’origine devraient reculer de 14% d’ici 2021 par rapport aux niveaux d’avant la pandémie en 2019».

Une baisse de 5% pour les envois de fonds à destination du Maroc en 2020

Un déclin que la Banque explique, entre autres, par «l’atonie de la croissance économique, l’insuffisance des niveaux d’emploi dans les pays d’accueil des migrants, la faiblesse des cours du pétrole et la dépréciation des monnaies des pays d’origine des transferts d’argent par rapport au dollar».

La même source a ajouté que les transferts d’argent vers les pays à revenu faible et intermédiaire devraient globalement se replier à 508 milliards de dollars en 2020, en recul de 7%, avant de connaître un nouvel effondrement en 2021, à 470 milliards de dollars (-7,5%).

Pour la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA), la Banque mondiale s’attend à une baisse d'environ 8% en 2020 et de 8% en 2021. «Tous les principaux pays destinataires des envois de fonds connaîtront probablement une baisse des envois de fonds», poursuit la note.

Celle-ci prévoit une baisse de 5% pour les transferts de fonds à destination du Maroc. Une chute qui reste moins importante comparée à celle des transferts d’argent à destination du Liban (-7%), de l’Egypte (-9%), de la Jordanie (-12%) et de la Tunisie (-15%). 


Le Maroc doit aussi se maintenir dans le TOP 3 des principaux destinataires des envois de fonds dans la région par montant total en 2020, avec 6,4 milliards de dollars (5,7% du PIB) qui le place derrière l’Egypte (24,4 MM$) et le Liban (6,9 MM$).

Enfin, la Banque mondiale s’attend également à ce que les coûts des transferts augmentent pour la région, où le tarif moyen pour l’envoi de 200 dollars est déjà passé de 6,8% enregistrés au troisième trimestre 2019, à 7,5% pour l’année 2020.

Alors -20% comme le prévoyait le ministre des Finances marocain en juillet ou -5% selon la Banque mondiale ? La diaspora marocaine pourrait prendre à contrepied tous les économètres.



 
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