Il aura fallu bien des témoignages pour le croire. Les deux Mouvements populaires, celui du Président Sarkozy et de Mahjoubi Aherdane et Mohand Laenser, cultivent, depuis quelque temps, une amitié et un soutien qui prennent place dans les relations entre acteurs politiques des deux rives. Si les seconds ont fermement soutenu la campagne électorale du premier, celui-ci compte bien le leur rendre.

Il est certain que la Mouvance populaire au Maroc a visé juste, en prenant corps et âme le parti gagnant de l'UMP français, lors des présidentielles, qui ont porté Sarkozy au perchoir, en mai dernier. Si bien que l'Amghar a doublement fait mouche, en séduisant par son style singulier, sa spontanéité naturelle et ses élans passionnés, dans le même temps et les «Populaires» de l'Hexagone et de larges franges de la communauté marocaine résidant à l'étranger. Et qui ne se souvient pas du rôle «moteur» joué par Mahjoubi Aherdane, lors du meeting de soutien au candidat Sarkozy à Skhirat, il y a quelques mois, rassemblant les Français du Maroc, en présence du ministre à l'époque en charge de l'Industrie, François Loos ? D'ailleurs, les scores du scrutin des présidentielles ont donné le président de la République largement vainqueur dans le Royaume, en étant plébiscité par les voix de ses ressortissants. 

Politicien «rusé» et «fin tacticien», cela colle bien au leader historique de la mouvance populaire au Maroc, qui s'est permis d'anticiper les évènements, en effectuant pas moins de quatre «dérobades» en France, pour soutenir ses homologues de l'UMP dans leur campagne électorale et replonger dans des relations de proximité avec nos MRE. «Les Marocains sont trop respectés par l'UMP», persistent et signent les militants de la première force politique de la république, avec ses 324 470 adhérents dont 84 168 nouveaux pour l'année en cours dont 40 000 jeunes. Le choix stratégique des relations politiques de nos «Populaires» ne pouvait être aussi pertinent, avec la grosse bataille des législatives du 7 septembre où les troupes de Laenser sont engagées avec des ambitions de leadership. En effet, il ne faut pas oublier que la mouvance populaire est la première force politique du Royaume, représentée par son groupe parlementaire fort de 76 députés coalisés issus des anciennes «scissions» qui avaient accouché du MP de Laenser, du MNP d'Aherdane et de l'UD d'Ikken, puis de Fadili. C'est aussi la seule formation politique dans l'histoire du Maroc indépendant, à avoir réussi la «réunification», le 21 mai 2006, en ressoudant les «dissidents» pour donner un MP majoritaire sous la voûte bicamérale. Les «incursions» de l'Amghar en territoire hexagonal l'ont conduit, au grand meeting de Nice, le 30 mai dernier, pour faire campagne pour Sarkozy. Et il faut dire que ses discours spontanés et son intelligence vive ont fait impression, puisqu'il fût bien entouré et sollicité, sans oublier les honneurs rendus par les autorités, en étant reçu par le ministre délégué des collectivités locales d'alors, Christian Estrozy. Ce dernier passe pour un grand ami d'Aherdane et un des proches intimes du président de la république française. Ce dernier n'avait pas manqué de laisser échapper, quand il avait vu l'Amghar en vêtement traditionnel : «Qui est cet homme merveilleux en djellaba ?». Après la victoire de l'UMP à la conquête du Palais de l'Elysée, les réseaux communs qui se sont mis en place, en France et au Maroc, ont joué leur musique synchronisée pour soutenir le MP dans les législatives au Maroc. Des délégations de franco-marocains, membres des deux mouvements, sont dépêchées au chevet des «Populaires» marocains, à l'instar de Hicham Rahil, responsable de l'association d'amitié franco-marocaine et chargé de mission dans plusieurs autres ONG françaises et au Maroc. Il est aussi délégué régional du MP en France et animateur du Comité de soutien et des jeunes de l'UMP. «Nous sommes venus à nos frais pour voter dans les urnes marocaines», a-t-il souligné tout en regrettant le peu d'attention accordée par les décideurs du Royaume à la communauté marocaine à l'étranger. Une communauté, faut-il le rappeler, qui pèse plus de 4,2 milliards d'euros de transferts vers le Maroc chaque année. Une grande partie de la population de nos ressortissants est encore peu sensibilisée ou laissée pour compte sur les questions de la vie politique chez nous.

Mais où sont passés nos MRE ?
Si la logistique électorale mise en branle par l'administration territoriale du Royaume a tout prévu pour que l'opération de vote du vendredi 7 septembre se déroule dans de bonnes conditions et que tous les espoirs tablent sur un taux de participation optimiste (plus de 15 500 000 électeurs inscrits. 1 600 000 de plus qu'en 2002 et 80% ont retiré leurs cartes d'électeurs) qui nous fera oublier la «catastrophe frôlée» lors des dernières législatives, (52%), peut-on en dire autant pour nos ressortissants de la communauté marocaine résidant à l'étranger qui se rendent aux urnes locales pour la première fois ? Pourtant, ils n'ont été que quelque 17 000, à s'inscrire dans les listes électorales, ce qui est de nature à inquiéter sur le degré de mobilisation ou d'implication de nos ressortissants à l'étranger dans la vie politique et institutionnelle de leur pays d'origine. Cette «désertion» des urnes, loin d'être réprimandable, comme d'aucuns se sont précipités à le faire, s'explique par des raisons objectives qui ne demandent qu'à être réunies pour un plus grand nombre de votants aux prochaines échéances. Primo, et c'est une contrainte qui a pesé lourd dans l'engagement citoyen de larges franges de notre communauté à l'étranger, les préinscrits aux listes, doivent obligatoirement se déplacer dans leur circonscription d'origine au Maroc, pour remettre le bulletin de vote de leur candidat dans l'urne. Ce qui nécessite des frais de voyage et de séjour se comptant par plusieurs centaines d'euros. Et l'on se demande bien ce qui empêche le gouvernement marocain de mobiliser les représentations diplomatiques et consulaires du Royaume, en les équipant de la logistique nécessaire au scrutin ? Secundo, l'action de sensibilisation des membres de notre communauté pèche par une démarche «sélective», ciblant surtout les élites, qui représentent la «portion congrue», en laissant pour compte la grande majorité de nos ressortissants, très peu mis au parfum. Si le scrutin est une réussite sur le plan de l'afflux aux urnes de nos nationaux, on ne peut en dire autant pour les nôtres de l'autre côté des frontières. Surtout que la mise en place du Conseil supérieur des MRE, probablement avant la fin de l'année en cours, risquerait de souffrir de carences en termes de mobilisation et de «failles» représentatives.


 
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