La problème sociale que constitue la présence de mineurs marocains non accompagnés en Europe n'a que trop duré. Le Maroc souhaite que les pays européens en fassent davantage pour aider à régler leur situation. 

C'est un véritable casse-tête. Pas seulement pour les pays d'Europe, mais d'abord et surtout pour le Maroc. Il s'agit, vous l'aurez deviné, du problème des mineurs non accompagnés, ou MNA comme on les appelle plus couramment dans le jargon, de nationalité marocaine et que l'on trouve désormais un peu partout sur l'autre rive de la Méditerranée: Espagne bien sûr, porte d'entrée du Vieux Continent distante d'une quinzaine kilomètres à peine à vol d'oiseau, mais aussi la France, dont les médias, notamment de droite, ont depuis plusieurs années fait du sujet un marronnier récurrent pour fustiger les soi-disant vannes ouvertes à l'immigration par les responsables marocains. Et jusqu'en Suède, dont la radio nationale Sveriges Radio avait consacré fin mai 2018 un émouvant reportage à ces mineurs, dont beaucoup se trouvaient exploités sexuellement par des citoyennes locales. 

Blocages européens 
Mais ce sont les images rapportées le 17 mai 2021 depuis Sebta, où l'on a vu des milliers d'enfants profiter de la soi-disant "fatigue post-ramadan" de la police marocaine, comme l'avait défendu trois jours plus tard le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, pour dévaler sur le préside occupé qui ont, dernièrement, le plus soulevé de commentaires et de réactions, dans la mesure où elles ont encore plus mis à nu l'ampleur de la catastrophe.

Car voilà le Maroc qui se trouve, ainsi, privé devant les caméras du monde –qui elles-mêmes n'ont pas manqué d'affluer sur Sebta pour rapporter la tragédie- d'une de ses principales richesses, à savoir sa jeunesse, à un moment où l'on parle pourtant de plan 2035, de nouveau modèle de développement (NME): pour qui alors, et avec qui? Il fallait donc s'attendre que le roi Mohammed VI intervienne fermement et "réitère" -mot anodin en apparence mais lourd de signification-, comme l'a rapporté ultérieurement un communiqué conjoint ce 1er juin 2021, "ses instructions aux ministères chargés de l'Intérieur et des Affaires étrangères afin que la question des mineurs marocains non accompagnés, se trouvant en situation irrégulière dans certains pays européens, soit définitivement réglée". En d'autres termes, qu'ils pressent le pas, et qu'à leur tour ils fassent pression sur leurs homologues européens.

Car ces derniers, eux aussi, assument leur part de responsabilité, et ce en raison "des blocages dus aux procédures (administratives et judiciaires) complexes dans certains pays européens", comme le fustige la même source. "Le Souverain avait souligné, à plusieurs reprises, y compris à des chefs d'Etat étrangers, l'engagement du Maroc à accepter le retour des mineurs non accompagnés dûment identifiés," rappellent, ainsi, les deux ministères. 

Engagement marocain 
Dans ce sens, on peut notamment renvoyer à l'appel que le roi Mohammed VI avait eu fin janvier 2016 avec la chancelière allemande Angela Merkel, appel à l'issue duquel les deux dirigeants avaient convenu que le ministre de l'Intérieur, Mohamed Hassad, se chargerait avec son homologue allemand Thomas de Maizière de "procéder au transfert vers le Maroc des personnes en situation irrégulière, devant faire l'objet d'un rapatriement", en incluant bien évidemment les MNA. 

Noyer le poisson 
Aussi, dans une interview publiée le 25 août 2020 par le quotidien français Le Télégramme, le député Florian Bachelier avait révélé "qu'il y a des discussions entre le président [Emmanuel] Macron et le roi du Maroc pour qu'un centre d'hébergement, de formation et de soins soit créé directement au Maroc afin de les prendre en charge dans leur pays", sachant que le concerné appartient au même parti que M. Macron, en l'occurrence La République en marche (LREM), et qu'il ne pouvait donc qu'être au parfum.

Ce qui allait par la suite être confirmé à l'occasion de la visite, les 14 et 15 octobre 2020, du ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, au Maroc, sans que les discussions puissent ceci dit aboutir car le "premier flic de France" avait dû écourter son déplacement dans le Royaume suite à l'assassinat terroriste de l'enseignant Samuel Paty (lire n° 1366, du 23 au 29 octobre 2020).

Par ailleurs, on peut aussi souligner qu'avant même qu'il ne soit question d'un centre d'hébergement pour les MNA, le Maroc avait fait dépêcher, en juin 2018 et ce suite à une demande du préfet de police de Paris, Michel Delpech, une demi-douzaine de policiers pour identifier les 813 MNA marocains sévissant depuis plusieurs années dans certains quartiers de la capitale française, notamment celui de la Goutte d'or.

En tout cas, personne ne peut tenir rigueur au Maroc de ne pas essayer de faire le job, et notamment pas le gouvernement espagnol qui, pour noyer le poisson et passer sous silence l'affaire de sa protection du secrétaire général du mouvement séparatiste du Front Polisario, Brahim Ghali, instrumentalise auprès du reste des pays de l'Union européenne (UE), "la question migratoire, y compris la question des mineurs non accompagnés", comme l'en ont ouvertement accusé le ministère de l'Intérieur et celui des Affaires étrangères.

"Le Maroc est disposé à collaborer, comme il l'a toujours fait, avec les pays européens et l'Union européenne pour le règlement de cette question," ont souligné les deux départements. Ce qui a le mérite d'être clair. 



 
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