La manière dont l’UE, et en particulier la Commission européenne, gère l’afflux de migrants est à l’origine d’une crise : les filles et femmes sont ignorées dans le pacte de l’UE sur les migrations et l’asile. 

Les filles et femmes fuient leur pays pour échapper aux guerres et aux difficultés économiques, craignant pour leur vie et pour leur corps. À l’heure actuelle, la majorité des fonds européens destinés à la gestion des migrations est affectée à la vente de frontières externalisées et militarisées, notamment en Afrique. Ces pratiques de capitalisme de forteresse sont contraires à l’éthique et discréditent l’UE en tant que partenaire de l’Afrique du Nord et centrale. Les millions dépensés pour « armer » la migration pourraient être mieux utilisés ; dans des programmes de lutte contre les causes qui mettent en danger tant de femmes, parmi lesquelles les effets du réchauffement climatique, dont l’Europe est historiquement responsable. La solidarité, c’est aussi la sécurité.

Le pacte européen sur les migrations et l’asile s’adresse à l’extrême-droite
Le « pacte sur les migrations et l’asile » de l’UE semble avoir été écrit pour satisfaire l’extrême droite et la rhétorique populiste de droite. Lorsque le pacte sur les migrations a été publié en 2019, le réseau européen des femmes migrantes – ENMW — avait ceci à dire : « le nouveau pacte sur les migrations et l’asile ne reconnaît pas les filles et femmes – il n’y a pratiquement aucune mention des femmes migrantes, comme si ce groupe n’existait pas et ne représentait pas plus de 50% de la population mondiale – et ne prend pas de mesures concrètes pour les protéger. » 

Si les femmes en tant que catégorie ne sont pas prises en compte, il s’ensuit qu’il n’y a pas de prise en compte des besoins et des vulnérabilités des filles mineures et non accompagnées, des adolescentes, des femmes homosexuelles, des transsexuelles ou des femmes et des filles handicapées : une invisibilité qui exacerbe l’insécurité et la précarité.

Que fuient les femmes et les filles ?
Dans les formulaires d’immigration, les femmes sont généralement décrites par rapport à une figure masculine ou à un parent : soit « leur homme » (« épouse de »), soit « mère », ce qui donne peu d’informations sur les raisons de leur migration et sur ce qu’elles fuient. Cependant, la tendance actuelle des femmes migrantes déplacées est qu’elles le font de plus en plus souvent seules ou en tant que chefs de famille. 

Les femmes ont également tendance, entre autres raisons, à migrer pour échapper à la violence domestique, à des mariages malheureux ou aux pressions d’un mariage arrangé. Les femmes fuient aussi souvent pour des raisons économiques ou des pressions financières. Cependant, dans l’UE par exemple, la politique de migration « compétences et talents » ne s’adresse qu’aux travailleurs migrants des pays où les études sont accessibles aux filles. Pour les femmes qui ont réussi à migrer, l’ONU a averti que 3000 femmes transfrontalières entre le Maroc et l’Espagne vivent dans des conditions inhumaines en récoltant des fruits – conditions qui ont été aggravées en période de COVID-19.

Selon l’ONU, les femmes souffrent de manière disproportionnée des effets du changement climatique en raison de l’inégalité entre les sexes, tant au niveau domestique que professionnel. Alors que le changement climatique exacerbe les migrations, il existe des moyens concrets pour les communautés de faire face aux impacts et cela fait une différence lorsque les femmes sont informées, préparées et autonomisées.

Outre le changement climatique, les filles et femmes échappent également aux conflits et, comme l’indique le rapport de l’ENMW, elles se libèrent de « la persécution ou d’autres situations qui mettent en danger leur sécurité et leur dignité, la prostitution, le mariage forcé, le viol et les abus sexuels, les mutilations génitales féminines, l’exploitation, l’exclusion culturelle, le contrôle communautaire, le plafond de verre ethnique.» Cette situation a des conséquences tragiques sur le corps des femmes : « il est impossible de rencontrer une femme subsaharienne qui s’est rendue au Maroc et qui n’a pas subi de violences sexuelles en chemin ou à la frontière. Les rares femmes qui n’ont pas été lésées sont des cas isolés ».

Selon le rapport de l’UNFPA, en plus des raisons qui les poussent à migrer, les femmes se retrouvent dans des situations qui leur sont défavorables en tant que migrantes. Les femmes constituent la grande majorité des travailleurs domestiques migrants, ce qui les expose à l’exploitation, aux abus et à la traite. Dans les pays où elles se rendent, les femmes migrantes sont aussi souvent exposées au harcèlement sexuel et à la discrimination lorsqu’elles cherchent du travail, un logement ou des services de santé. En transit et à leur arrivée à destination, les femmes sont continuellement confrontées à des obstacles et à des risques.

S’occuper des filles et femmes migrantes par des politiques ciblées
L’Union européenne devrait réévaluer le travail de la Commission concernant les politiques migratoires des femmes, car leurs vulnérabilités ne sont ni prises en compte ni traitées. 

Le recours à l’externalisation des frontières n’est pas sûr pour les femmes migrantes et sert plutôt à stimuler le complexe militaro-industriel européen, d’une part, et l’admission d’une main-d’œuvre temporaire à faible coût sans contrat, d’autre part. Cela pourrait-il être une indication de la manière dont les pays de l’UE pourraient à l’avenir traiter les Européens victimes du changement climatique ?

Leur devons-nous des réparations pour toutes les fortunes que nous avons ramenées de leur lieu de naissance pendant des siècles ? Le Green New Deal pour l’Europe de DiEM25 propose la création d’une commission de justice environnementale afin de répondre à cette question urgente.

Chez DiEM25, nous insistons sur le fait que ces situations doivent être soigneusement analysées dans le contexte d’autres cultures également. L’instabilité des régions d’où partent les migrations est trop souvent la conséquence de politiques extractivistes et néocoloniales perpétrées depuis des siècles dans le Sud global, au bénéfice direct des pays du G7.

Il est clair que ces problèmes sont tous liés entre eux et que l’attitude conflictuelle persistante des partenaires riches (souvent cachée derrière des offres de financement) à l’égard des pays en développement et de leurs problèmes spécifiques doit être remplacée par une approche constructive qui inscrit fermement toutes les formes de collaboration dans un contexte de respect, d’égalité absolue des droits humains et de conscience historique.

 
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