Les catégories de travailleurs les plus vulnérables, les moins payés et les plus exploités sont les grandes victimes de la récession économique en Espagne. Immigrés et travailleurs dont les salaires sont égaux ou inférieurs à mille euros (11.000 DH environ) sont les plus affectés par les effets de la crise que connaissent les secteurs employant le plus de main d'œuvre peu qualifiée.
 

Cette réalité est décrite, chiffres à l'appui, par le dernier rapport de conjoncture de l'Institut National de la Statistique (INE) et l'Enquête de la Population Active de 2009 (EPA), rendus publics, mercredi à Madrid. Les travailleurs, dont les salaires sont inférieurs à mille euros, souffrent d'une ´érosion continuelle de leurs émoluments à cause de deux facteurs essentiels. D'abord, les entrepreneurs leur exigent de travailler plus d'heures sous prétexte d'éviter la banqueroute de l'entreprise et de réduire le coût de production pour gagner davantage de compétitivité. Ensuite, les travailleurs en chômage sont prêts à accepter des salaires inférieurs à ceux qu'ils touchaient dans leur précédent emploi. De manière, que les salaires de cette catégorie de travailleurs ont baissé de 1,63% en 2009 par rapport à 2008. Par contre, les salaires de ceux dont les émoluments sont supérieurs à mille euros, ont augmenté de 2,58% dans la même période.

La destruction des postes d'emploi a, en fait, touché les catégories de travailleurs occupant des activités de basse qualification. Dans ce contexte, ce sont les immigrés qui paient la facture de la crise, tels les marocains et latino-américains. Dans un processus sélectif, le bâtiment, le commerce informel et l'agriculture connaissent une forte substitution de la main d'œuvre avec le débarquement en force des autochtones et le départ des étrangers. Dans ces conditions, l'immigré entre dans le cercle vicieux de l'inactivité devant la difficulté d'être réembauché à court terme ou bien accepter une rémunération inférieure pour une activité encore dégradante. La même situation la vivent également certaines catégories d'autochtones, tels les jeunes diplômés et universitaires en quête de leur premier emploi ainsi que les personnes de plus de 45 ans qui se trouvent en chômage.

L'INE révèle que le nombre de ceux qui gagnent moins a baissé en 2009, non pas parce que les salaires ont augmenté en Espagne, mais parce qu'il y a plus de chômage.

Actuellement, les immigrés constituent 23% des catégories de travailleurs aux salaires les plus bas. La quasi totalité de ces travailleurs (89,2%) ont des contrats saisonniers, ce qui démontre que moins de 11% d'étrangers travaillent dans des conditions stables grâce à des contrats de longue durée. L'Enquête de la Population Active révèle d'autres aspects négatifs du marché du travail en Espagne. Les femmes souffrent, par exemple, d'une terrible discrimination salariale puisque leurs gains annuels moyens (18.910 euros bruts) sont presque 30% inférieurs à ceux des hommes (24.203 euros bruts). Autre spécificité du marché de l'emploi espagnol est révélée par le « Rapport de l'INE sur la structure salariale » en Espagne selon lequel les mieux payés se concentrent au secteur public. De manière que 46,5% des fonctionnaires gagnent plus de 2.550 euros nets par mois face au 13,5% dans le secteur privé. En détail, 22,6% des fonctionnaires ont des salaires supérieurs à 3.222,65 euros nets/mois, contre 6% des employés du privé seulement.

En dépit des effets désastreux de la crise économique, le salaire minimum interprofessionnel (SMI), l'équivalent du SMIG au Maroc, se situe actuellement à 633,30 euros/mois, soit l'un des plus bas en Europe. En France, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas ou au Royaume Uni, ce salaire est supérieur à mille euros/mois. C'est la raison pour laquelle les centrales syndicales ont revendiqué, mardi, dans une note rendue publique, une hausse de 8% du SMI en 2011.

D'ailleurs, dans la préoccupation de réduire le déficit public, le gouvernement socialiste avait décidé, il y a deux semaines, de supprimer, à partir de février prochain, la prestation de 426 euros/mois accordée aux chômeurs de longue durée ne bénéficiant d'aucune sorte d'aide pécuniaire. Cette prestation sera remplacée, a annoncé mardi le gouvernement, par des subventions à accorder aux chômeurs qui suivent des cours de formation.
En dépit de l'image qui se fait à l'étranger de l'Espagne comme puissance économique, ce pays connaît d'énormes difficultés en matière de régulation de son marché du travail, de lutte contre les disparités sociales et d'égalité d'opportunités et de salaires entre femmes et hommes. L'immigré demeure, dans toutes les équations, le maillon le plus faible et le plus vulnérable. 

 
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