Contiguës, les régions de Fès-Boulemane et de Meknès-Tafilalet correspondent en gros à ce qu'on a défini comme le Maroc central. C'est un espace très varié du point de vue des conditions naturelles et offrant des conditions humaines et économiques comparables.

Jusqu'au XXème siècle, la mobilité horizontale de la population y est demeurée interne et liée au genre de vie semi-nomade prédominant, à l'insécurité et aux catastrophes naturelles. C'est avec le protectorat que commencent les migrations modernes aux flux dirigés vers les villes, vers d'autres régions du Maroc et même vers l'Étranger. 

Cette mobilité spatiale, pour évidente qu'elle soit, n'a pas suscité d’intérêt particulier jusqu'à ce jour, c'est pourquoi il est difficile de cerner le phénomène en général et l'émigration vers l'Europe en particulier. On peut néanmoins approcher la question d'une façon qui ne manquera pas d'indications et ce à travers les données éparses disponibles dans les études et travaux réalisés à d'autres fins sur cet espace depuis le milieu du XXème siècle. La liste de ces travaux, distingués selon leur nature (thèses-mémoires, articles et autres) et selon l'ordre chronologique de leur réalisation, figure en fin d’article. 

Cette littérature qui couvre un demi-siècle est composée de thèses pour la plupart soutenues à l'étranger et non publiées et de ce fait introuvables au Maroc, de quelques articles seulement et d'études commandées. Il s'agit de travaux où la problématique et le thème de l'émigration ne représentent pas le souci principal des chercheurs et des commanditaires et de ce fait ils n'apparaissent que brièvement. En partant des informations éparses et fragmentaires disponibles dans cette littérature sur l'émigration vers l'Europe, nous pouvons formuler les observations suivantes : 
  • L'émigration des habitants du Maroc central vers ce continent est récente par rapport à l'émigration interne. Le mouvement qui n'a commencé qu'au milieu du XXème siècle avec l'installation en Europe de quelques goumiers, s'est amplifié entre les décennies 1960 et 1980 à la faveur d'une conjoncture favorable expliquée par Baroudi A. (1978, p.73); 
  • C'est une émigration d'hommes seuls jusqu'au milieu des années 1970 où commence un important mouvement de regroupement familial ; 
  • C'est un mouvement en partie constitué par des travailleurs saisonniers et quelques étudiants (la plupart des auteurs marocains cités plus haut étaient, et quelques-uns d'entre eux le sont encore, des émigrés en Europe) ; 
  • C'est une émigration qui paraît de faible importance par comparaison aux vrais foyers d'émigration internationale telles les régions d'Agadir et du Rif oriental. Tous les auteurs s'accordent sur la faible mobilité spatiale des populations du Maroc central. Son poids dans l'ensemble du mouvement de départ reste inégal dans l'espace régional. À titre indicatif, la part de l'émigration vers l'Europe a été de l'ordre de 19,1% de l'ensemble des départs chez les Beni Ammar de Zerhoun (El Amrani et Boukaabi, 1994-95, p.17). Elle tombe à 10%Mohammed Kerbout, septembre 2003 seulement chez les Beni Yazgha, province de Sefrou (Kerbout M, 1995, p. 78) et à 5% pour les trois cercles de la province de Boulemane (Tag B., 1997, p.57) ; 
  • C'est une émigration longtemps dirigée vers la France. La part des émigrés en Europe installés en France est estimée à presque 100% dans le cas des Beni Ammar, à 95% dans celui des Beni Yazgha et à 75% dans celui de la province de Boulemane ; 
  • La fermeture des frontières de ce pays depuis la décennie 1980 serait à l'origine de nouvelles destinations notamment l'Allemagne où la plupart des familles Beni Sadden ont un ou plusieurs émigrés 1, l'Italie et l'Espagne où de nombreux départs ont eu lieu ces dernières années à partir des plaines de la Moulouya 2
  • C'est une émigration dont l'impact pour les zones de départ touche les structures sociales (nouvelle stratification et nouveaux clivages), économiques (apports et injection de fonds dans les rouages) et spatiales (mobilité accrue des populations et urbanisation), ainsi que les comportements. 
Mohamed Kerbout
Page 185/187 : Atlas de la immiigracion marroqui en Espanā, Madrid, 2004

Notes
1 Information recueillie sur le terrain en 1997. 
2 Informations recueillies sur le terrain en 1997 et 2000.

 
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