« Abrutis par la peur et la douleur, nous avons accepté l’inacceptable […] Elle est partie nue dans un body bag. Elle est partie seule et humiliée. Elle est partie seule, sans faire de bruit. Elle est partie seule et le deuil est impossible. » D’une voix claire et précise où, par moments, l’émotion affleure, Catherine Frot lit le témoignage poignant de Français endeuillés, en colère, qui n’ont pas pu assister leur mère, leur père, dans ses derniers moments.

Depuis plus d’un an, par la faute d’une gestion « sanitocratique » de la crise de la part d’une administration ayant établi des protocoles absurdes et inhumains, des milliers de personnes se sont vues interdire de voir leurs familles, dans les EHPAD comme dans les hôpitaux.

Au mépris de toute humanité, de toute civilisation même. Dans le plus grand silence, l’Occident malade et névrosé a laissé ses enfants partir seuls, abandonnés, vivre seuls l’ultime passage, cette mort qui est l’autre grand moment de la vie, celui qui, in fine, lui donne tout son sens. Et tout cela en vertu de sacro-saints « protocoles » imposés aux patients, à leurs proches, aux soignants aussi qui ont vu leur vocation et leur éthique méprisées.

Dans le même temps, les résidents des EHPAD étaient quasiment séquestrés, privés de leur famille. Comme si nos grands-parents « appartenaient » à l’État. Beaucoup sont morts de chagrin, refusant cette vie nue qu’on leur imposait, à leur corps défendant. Au mois de mars, le protocole de visite était allégé, permettant aux familles de retrouver leurs proches.

Ce protocole, qui reste honteux, est-il réellement appliqué ? De nombreux témoignages, partout en France, rapportent des interdictions ou limitations de visites indues, des personnes âgées et non malades enfermées dans leur chambre même pour les repas. Car, il faut le savoir, selon le Code de l’action sociale et de la famille (CASF), le directeur d’un EHPAD dispose du pouvoir discrétionnaire de permettre ou de limiter la liberté de circulation des résidents et d’autoriser les visites des proches. Une contrepartie au risque pénal qu’il encourt. Ces quatorze derniers mois, nous avions l’impression, devant l’incurie de l’administration française et face aux gigantesques failles des politiques publiques de ces dernières années, que les scandales sanitaires, pour l’instant balayés sous le tapis au gré des vagues de l’épidémie, se succédaient à un rythme affolant. Celui de la maltraitance envers les personnes âgées, né de leur isolement forcé, en est un.

Laurent Frémont a perdu son père, chirurgien encore très actif, de façon brutale et inhumaine. Malgré ses demandes, le Dr Frémont n’a pu revoir sa femme et ses enfants. Les derniers sacrements, qu’il réclamait, lui ont été refusés, l’aumônier n’a pas pu venir. Sa liberté de conscience a été bafouée, son âme piétinée. Son fils l’a raconté dans différents médias (Marianne, FigaroVox, CNews, Sud Radio, Radio Notre Dame), tentant d’alerter sur « cette rupture anthropologique majeure, dont les responsables politiques seront coupables aux yeux de l’Histoire ». Avec Stéphanie Bataille, une actrice, qui a perdu son père dans des circonstances similaires, ils ont décidé de réagir pour continuer à vivre et tenter de faire le deuil qui leur a été nié. Ils ont créé le collectif Tenir ta main, ont lancé une pétition (40.000 signatures), recueilli plus de 10.000 témoignages. Laurent Frémont dénonce « la vision technicienne et matérialiste de l’homme qui empêche d’en voir les besoins fondamentaux » dans une société « qui a perdu le sens de la vie et le sens de la mort ».

Ils militent activement pour un droit opposable aux visites des malades et a fortiori des mourants, car « derrière tous ces morts dans la solitude, ce ne sont pas que des drames personnels, mais c’est aussi une marque du recul de la civilisation ». Ils rappellent qu’il n’y a aucun fondement juridique à la privation de visite.

Au seuil de sa vie, tenir la main de ceux que l’on aime : le vrai droit à mourir dans la dignité.








 
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