Dans les débuts des années 1930, J. Ray, auteur de la première thèse sur l’immigration marocaine en Europe, constatait que : «l’immense majorité des émigrés marocains en France appartiennent aux tribus du Sud, presque toutes berbères, toutes sédentaires». À l’époque, la France constituait la principale destination des Marocains. Et les mouvements migratoires en provenance du Maroc présentaient toutes les caractéristiques d’une migration provisoire de travail et d’hommes seuls.

Il a fallu attendre plus de trente ans pour que ce modèle migratoire subisse de profondes modifications avec l’avènement de la migration familiale de fixation , l’émergence de nouveaux pays de destination et de nouvelles zones de départ au Maroc. Dans les années 30, comme dans les années 70 du dernier siècle, les migrants étaient essentiellement issus de souches ayant évolué en dehors du système éducatif du pays, à une époque où l’école était le principal facteur d’ascension et de mobilité sociales. Dans les deux périodes, les candidats à l’émigration se recrutaient parmi les paysans et les migrants du rural fraîchement installés dans les villes. Socialement, « partir travailler à l’étranger » était négativement représenté : c’était avant tout « aller faire la besogne chez les nsaras » (terme local désignant les européens).Immigrer était ainsi perçu comme étant une pratique de marginaux, un indicateur d’échec social. 

Si à partir de ces années, la migration des marocains a changé de forme d’un point de vue socio-démographique, les années 1980/90 seront marquées par un phénomène peu considéré : le changement radical dans les représentations sociales de l’immigration. Dorénavant, la migration vers l’étranger n’est plus un acte stigmatisé pratiqué par « quelques marginaux ». « Passer » la frontière est désormais considéré comme une réussite. Au sein des transformations actuelles qui affectent la pratique de la mobilité internationale au Maroc, la zone de Fkih Ben Salah (région de Tadla-Azilal) occupe une place centrale. Elle constitue aujourd’hui l’une des zones les plus actives en matière d’émigration vers l’Espagne et l’Italie, soit les nouveaux points de destination des Marocains. Les réseaux et filières d’immigration clandestine ou légale dans les pays de destination sont très actifs non seulement dans les centres urbains mais également dans les petits douars du rural. La migration d’individus issus de cette zone est très récente. Elle remonte à la seconde moitié des années 1980. Et en très peu de temps, elle a modifié considérablement les structures sociales et spatiales de la région. 

Cette contribution se propose de dresser un tableau de cette mobilité internationale. Nous présentons d’abord la morphologie de cette migration. Nous analysons dans un second temps les dynamiques de changement qu’elle a pu amorcer dans cette société.








 
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