L’instauration du système Schengen a eu un impact considérable sur les routes et les formes migratoires en Afrique méditerranéenne. En effet, depuis la généralisation du régime des visas dans l’espace Schengen, puis des restrictions auxquelles sont confrontés la plupart des Africains qui désirent migrer dans un pays-membre, les migrants ont dû s’adapter en prospectant de nouvelles destinations, renforçant ainsi les migrations Sud-Sud autant que cherchant de nouvelles portes d’entrée au Nord et produisant de nouvelles stratégies de contournement. 

Ainsi, des pays d’émigration comme ceux du Maghreb deviennent aussi des pays d’installations, temporaires ou longues. Les catégories de migrants ellesmêmes se brouillent, complexifiant le phénomène. Par exemple, le regroupement familial est devenu le principal critère d’entrée régulière en Europe, renforçant les liens migratoires transnationaux préexistant au détriment d’autres catégories – ce qui a placé les Marocains dans le haut des classements des primo-arrivants dans les principaux pays-membres, soulignant ainsi combien la diversité des destinations participe à celle des itinéraires migratoires, favorisant par-là même les circulations transnationales. 

Depuis Schengen, les migrants économiques, réfugiés, commerçants, étudiants venus d’Afrique subsaharienne sont systématiquement renvoyés à un même système de tri, et beaucoup passent par les mêmes routes sahélo-sahariennes (Bredeloup et Pliez, 2005) pour tenter leur chance dans un pays sud-méditerranéen en attendant de rejoindre les rives européennes. Pour ces migrants, passer sans visa la frontière européenne prend des années, ce qui vide de son sens la 8 notion de transit. 

La notion d’immigration elle-même reste insatisfaisante pour rendre compte de ce qui se passe dans cette région. Pour ces populations, la migration se déroule sur plusieurs années et dans plusieurs pays qui n’avaient pas prévu leur venue ni leur installation. La dimension spatio-temporelle (Tarrius, 1989) doit donc être impérativement replacée dans ce contexte où les trajectoires migratoires sont rythmées par des étapes au cours desquelles les migrants se réorganisent, le temps de passer la frontière qui s’érige devant eux. Ils doivent à chaque étape de leur parcours se loger, travailler, commercer, se soigner, parfois même défendre leurs droits (Alioua, 2009), avant d’essayer de passer à une nouvelle étape.






 
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