Bien que la crise sanitaire ait sinistré le pouvoir d’achat des ménages partout dans le monde, les envois de fonds effectués par les Marocains résidant à l’étranger (MRE) ont fait preuve d’une résilience inattendue, s’élevant à près de 68 milliards de dirhams en 2020. Une progression de 5% qui va à l’encontre des prévisions des analystes les plus chevronnés dont Abdellatif Jouahri le très perspicace Wali de BAM, qui tablaient sur une baisse allant jusqu’à 30%. 

Si les experts en économie estiment que cette hausse est principalement due aux économies constituées durant les mois de confinement, mettant l’accent sur la baisse de leurs dépenses dédiées aux voyages, suite aux restrictions liées au Covid, la réalité socio-économique de nos MRE semble témoigner du contraire. L’Europe qui abrite la majorité de nos concitoyens, est plongée dans la crise économique la plus grave de son histoire…le chômage a explosé, un nombre considérable de TPME, considérées comme les principaux moteurs de développement ont mis les clés sous la porte, et les grandes multinationales sur lesquelles repose le PIB de la Zone euro, ont pris refuge dans la «safe» politique d’austérité. 

La motivation principale qui aurait donc poussé ces Marocains résidents sous d’autres cieux à multiplier les transferts, c’est la solidarité avec leurs familles, touchées de plein fouet par la crise sanitaire, dans un pays où les filets de protection sociale ne sont pas suffisamment robustes pour résister à cette conjoncture morose. Les catégories sociales en difficulté reposent, pleinement, sur leurs enfants, oncles, tantes et proches, à l’étranger pour les aider à subvenir à leurs besoins quotidiens, car les quelque 1000 dirhams d’aides octroyées par l’Etat durant une période limitée sont loin de suffire pour sortir les familles démunies de la mouise. Ces liens sociaux, qui génèrent cet élan de solidarité, sont la vraie richesse de notre société marocaine. Une richesse qu’il faudrait entretenir, non pas pour l’argent, mais surtout pour préserver notre identité, aujourd’hui très menacée par la dilution de nos repères identitaires. 

Toutefois, cette manne des MRE n’étant ni infinie et elle encore moins inépuisable, il serait judicieux d’investir dès à présent sur des stratégies de développement socio-économique (durables) à même d’inclure les plus précaires dans le tissu économique. L’imminence du lancement d’un nouveau modèle de développement pour notre pays autorise à ce propos l’optimisme. 

Saâd JAFRI




 
Top