Introduction 
Le lancement en septembre 2013 de la politique nationale d’immigration et d’asile marque la redéfinition du profil migratoire du Maroc. En effet, le Maroc ne se conçoit désormais plus uniquement en tant que pays d’émigration et de transit mais aussi en tant que pays d’immigration. 

La nouvelle politique marocaine qui se veut « humaniste, globale et cohérente » (MCMREAM, 2016) a permis de régulariser la situation administrative de quelque 50 000 migrants. A travers l’adoption de la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile (SNIA) en 2014, le Maroc exprime sa volonté de faire bénéficier les étrangers des mêmes droits que ceux dont jouissent les citoyens marocains. C’est à ce titre par exemple, que les immigrés régularisés se sont vu octroyer le droit d’exercer une activité professionnelle sans que le principe de préférence nationale ne leur soit opposé, de scolariser leurs enfants, de se faire soigner ou encore de créer des associations ou des coopératives dans les mêmes conditions que les marocains. 

La conduite d’une telle politique interroge, notamment parce que la gestion migratoire privilégiée par le Maroc jusque-là consistait à lutter activement contre les migrations irrégulières. L’adoption en 2003 de la loi n°02-03 (relative à l’entrée et au séjour des étrangers, à l’émigration et l’immigration irrégulières) (BORM n°5162, 11/11/2003), qui se caractérise par sa forte orientation sécuritaire au détriment de la garantie du respect des droits internationalement reconnus aux étrangers, en atteste largement. Cette loi s’était également accompagnée de nouvelles créations institutionnelles, de la mobilisation de moyens humains et matériels importants et de l’adoption d’une stratégie globale de lutte contre la migration irrégulière. 

La problématique de la thèse reprend une interrogation simple : comment expliquer qu’un État comme le Maroc décide d’entreprendre une politique migratoire particulièrement accueillante en 2013 ? La réponse à cette question suppose de chercher les raisons qui sous-tendent le changement de conduite opéré en 2013 et de comprendre pourquoi et comment ce changement a-t-il été rendu possible. 

La réflexion menée dans la thèse cherche à expliquer la politique migratoire de l’État. En science politique, la politique migratoire peut être définie comme étant l’ensemble des règles du droit positif (lois, réglementations et autres actes qui ont force de droit) adoptées et appliquées par un État avec pour objectif d’affecter le volume, l’origine, la direction et la composition interne de la migration (De Haas et Vezzoli, 2011 ; Czaika et De Haas, 2013). La politique migratoire est souvent le résultat de compromis entre des intérêts concurrents multiples (De Haas et al., 2018) dont les objectifs ne sont pas singuliers et peuvent donc difficilement être définis de manière objective (Hollifield, 1992 ; Freeman, 1995 ; Czaika et De Haas, 2013).









 
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