Dans la préface de l’examen de la nouvelle politique européenne de voisinage (PEV) du 18 novembre 2015, la Commission européenne et la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères expliquent les raisons de l’élaboration de cette nouvelle politique.

L’argument avancé est que le voisinage européen a connu de grands bouleversements engendrant des retombées positives et négatives. Si, d’une part, « les intervenants des localités ont pris l’initiative de lancer des réformes visant à mettre en place l’État de droit, la justice sociale et le renforcement de l’obligation de rendre des comptes (c’est d’ailleurs pour cela que le prix Nobel de la paix a été décerné au Quartet du dialogue national tunisien) » ; d’autre part, « les conflits, la hausse de l’extrémisme et du terrorisme, les violations des droits de l’homme et d’autres problèmes graves relevant du droit international, en plus des bouleversements économiques, tous ces facteurs ont contribué à créer un gigantesque flux de réfugiés ».

Dès les premières pages du document, il semble clair que c’est le sentiment de menace pesante qui motive l’UE à vouloir reconsidérer sa politique étrangère : le continent se sent menacé par un voisinage en plein bouleversement, un sentiment symbolisé par les images de flots de réfugiés affluant vers l’Europe. Comme Ilana Bet- El le souligne à juste titre dans l’introduction de ce dossier, « C’est cette menace pesante qui a finalement conduit à la compréhension (...) que le sort de l’Europe, et en particulier de l’Union européenne, tant sur les plans de son concept et de sa géographie est étroitement imbriqué avec celui de son voisinage. » Pendant des années, les Européens pensaient que les guerres et les conflits armés, comme ceux qui font rage en Syrie, en Irak et en Libye, et le désespoir politique et économique à long terme, en particulier chez les jeunes, observés en Tunisie, en Égypte, en Palestine ou au Liban, étaient des problèmes très lointains qui pouvaient perdurer des années sans affecter directement l’Europe, et sans pour autant nécessiter une intervention particulière. Cependant, le continent a finalement pris conscience que la stabilité, la sécurité et la prospérité dans son voisinage immédiat sont une priorité stratégique. Cette prise de conscience survient à un moment où l’Union européenne est également confrontée à une instabilité interne. La « crise des réfugiés » est la dernière en date d’une série de crises ayant permis de révéler l’insuffisance des institutions et des instruments européens, alors que la crise de la dette grecque et le conflit en Ukraine en particulier sont toujours d’actualité. 










 
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