Vous croyez savoir ce qui s'est passé ? Un médecin réputé raconte à quel point la crise du Covid-19 a été un désastre sanitaire. Le président ? Le premier ministre ? Les ministres de la santé ? Les experts ? Ils n'ont rien vu venir. Plus grave : certains savaient. Un témoignage féroce, incontestable, inquiétant. Un livre nécessaire sur tout ce qui n'a pas été dit. 

Le Professeur Christian Perronne est Chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de Garches, il a été l'un des principaux conseillers en matière de santé publique de plusieurs gouvernements. Il est l'auteur de La vérité sur la maladie de Lyme. 

Introduction du livre : 
J’aurais aimé ne pas écrire ce livre, sur la crise du coronavirus, responsable du Covid-19. J’aurais aimé ne pas entendre les idées partielles et partiales du Conseil scientifique. 

J’aurais aimé ne pas assister aux dissimulations et aux atermoiements du gouvernement, et j’aurais préféré des actes. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. Face à la plus grande pandémie de ce siècle, nos dirigeants ont au début constamment sous-estimé la menace. La ministre de la Santé a alerté le pouvoir, a observé, a attendu, puis a disparu. Elle a juste oublié de prévenir les Français. Elle et son successeur n’ont pas agi avec la détermination qui aurait été nécessaire. 

Face à cette crise sans précédent, les autorités nous ont répété longtemps que le système hospitalier français était « prêt ». Ce sont les mêmes qui le mettaient méthodiquement à genoux depuis des années. Ils n’ont pas écouté les retours de la majorité des médecins, des soignants, qui protestaient contre cet aveuglement. Face à un virus mortel, l’État nous a dit aussi qu’on allait avoir le matériel pour se protéger. Malgré les témoignages glaçants des médecins et des pharmaciens qui affirmaient qu’ils n’avaient rien reçu. Et qu’ils ne voyaient rien arriver, non plus. Eux aussi attendaient mais, contrairement à nos dirigeants, ils attendaient dans l’angoisse. 

Et puis on a été incapables, pendant longtemps, d’afficher les chiffres de la mortalité des personnes âgées en Ehpad. Et, plus globalement, au début, de prendre la mesure de l’épidémie. On a masqué les pénuries de tout. Mais au fil des semaines, il est devenu difficile de cacher l’incompétence, la dissimulation et l’inaction de ceux qui prétendent nous gouverner. Ces pénuries qui n’ont pas cessé ont contraint la France au confinement généralisé, mais aussi à déconfiner sans moyens. 

Il faut le dire : les Français, dans leur immense majorité, ont joué le jeu, mais si l’épidémie s’étendait, c’était leur faute ! Ils étaient coupables d’un manque de civisme selon le discours moralisateur et scandaleux de nos gouvernants. Les Français ont assisté, incrédules, à un festival d’annonces contradictoires et même, dans certains cas, à une valse de mesures et de contre-mesures. On leur a ordonné de rester enfermés, puis on leur a reproché leur insouciance ! Et même parfois leur prétendue paresse face à l’idée de travailler. Un ministre leur a même demandé d’aller ramasser des fraises pour sauver l’agriculture française. Est-ce le virus qui a transformé l’efficience et la transparence annoncées en un spectacle accablant où l’incompétence s’est ajoutée à une arrogance de plus en plus insupportable ? 

Face à la plus grande pandémie de ce siècle, un Conseil scientifique Covid-19, créé par l’Élysée, a d’emblée affirmé qu’il n’y avait pas de traitement possible. Ses membres ont ignoré, avec majesté et dédain, les résultats de l’étude du Pr Raoult, puis les statistiques de mortalité venues du monde entier. 

Face à cette guerre sans précédent, où il y avait le feu à la maison France, les membres du Conseil réclamaient de prendre leur temps, beaucoup de temps, pour tout valider sur le plan scientifique, avant de prendre la moindre décision. Il fallait par une longue, très longue procédure vérifier que la lance à incendie était homologuée avant de se risquer à combattre les flammes. Malgré le fait que nous étions en guerre, et que la rapidité est toujours la clé d’une victoire sur l’ennemi. 

Face à un virus très contagieux et mortel pour les plus fragiles, une poignée de décideurs, de hauts fonctionnaires du ministère de la Santé, conseillés par des médecins déconnectés du terrain, ont envoyé des milliers de personnes, des millions plutôt, au front, sans protections. Sans compter tous les autres soignants, innombrables et héroïques, ce qui n’a surpris que ceux qui ne les connaissaient pas. 

On a vu des hommes plus occupés à se concilier les faveurs du pouvoir qu’à chercher un remède. Et on a vu, aussi, qu’ils se croyaient infaillibles et restaient sourds aux suggestions de leurs collègues. Un crime de lèse-majesté. 

Combien de laboratoires de biologie, incluant des laboratoires de recherche, se sont proposés de faire chacun des milliers de tests diagnostiques par jour ? Mais contrairement à l’Allemagne qui, grâce à cette mobilisation des biologistes, a pu réaliser des millions de tests, on les a ignorés. Leur technique n’avait pas encore été validée par le processus habituel ! Cerise sur le gâteau, il faudrait aussi mentionner les nombreux conflits d’intérêts qui pourraient exister avec l’industrie pharmaceutique. Ces décideurs devaient avoir le cœur bien accroché pour dire pendant des mois : « On attend, on attend », pendant que des centaines de Français décédaient tous les jours, notamment nos aînés dans les Ehpad. La crise du coronavirus a plus durement touché la France que d’autres pays, parce qu’elle était gérée par des personnes, certes bouffies de certitudes, mais n’ayant pour la plupart aucune expérience de la gestion de crises sanitaires. Alors qu’il fallait se mettre dans une logique de médecine de guerre, où chaque jour compte, elles ont poursuivi leur train-train quotidien comme si de rien n’était. 

Nos dirigeants nous ont à plusieurs reprises fait la leçon, en disant que c’était facile de critiquer a posteriori, et de donner des conseils déplacés quand c’était trop tard. Pour ma part, je ne me considère pas comme un combattant de la troisième mi-temps, quand tout est terminé. J’ai toujours tenu le même discours depuis le début de la crise et, contrairement à certains, n’en ai pas changé en cours de route. Il est vrai que j’avais quinze ans d’expérience de la gestion de crises sanitaires auprès du ministère, et reste fier du travail accompli. Le plus dur pour moi pendant la vague pandémique a été de prêcher dans le vide. Combien de morts auraient pu être évitées ? Mais, défaut bien français, le dogmatisme l’a emporté sur le pragmatisme. Heureusement, ça n’a pas été le cas dans beaucoup de pays. 

Les Gaulois réfractaires se souviendront de ceux qui les ont abandonnés dans la tempête. Même épuisés, nous nous relevons aujourd’hui. Nous n’attendrons pas que la poussière retombe, comme l’a si souvent demandé, sans honte, le président de la République. Car la politique – l’ont-ils oublié ? – est en liberté surveillée. La France attend des explications et certains devront rendre des comptes devant l’Histoire. 







 
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