Le média espagnol El Noticiario a révélé, le 22 avril 2021, que Brahim Ghali le chef des séparatistes au Sahara marocain, atteint d’un cancer et maintenant du covid 19, a été hospitalisé d’urgence en Espagne, près de Saragosse, sous un nom d’emprunt algérien, Mohammed Benbatouche, et aux frais de l’Algérie qui lui a également fourni un faux passeport diplomatique. Bien entendu, cette révélation de la presse espagnoles démontre l’inefficacité et l’amateurisme des services de renseignement algériens qui étaient à la manœuvre dans cette affaire. 

Auparavant, l’Allemagne, désireuse de renouer avec Rabat à la suite d’une longue série de bévues teutonnes, avait refusé l’accès du chef séparatiste sur son territoire, l’Algérie se révélant incapable de soigner sa créature. La discrétion qui entoure l’hospitalisation de Ghali en Espagne est motivée par le fait que Brahim Ghali est poursuivi en Espagne pour crimes de guerre. Il fait l’objet depuis novembre 2016, d’une information de la justice espagnole pour « crimes contre l’humanité, tortures, génocide et séquestration ». En lui donnant un faux passeport et en payant les frais de son hospitalisation la junte algérienne se fait complice des crimes pour lesquels M. Ghali fait l’objet d’une instruction judiciaire. Selon l’hebdomadaire français Jeune Afrique, le régime espagnol socialo-gauchiste a accepté la présence de Ghali sur son territoire à la suite de « négociations menées au plus haut sommet de l’État algérien ». En tout cas, l’agence de presse Associated Press affirme dans un communiqué que le ministère des affaires étrangères du gouvernement de Pedro Sanchez dit que le responsable séparatiste — qui est effectivement dans un état très grave — a été accueilli pour suivre un traitement médical et pour de « strictes raisons humanitaires ». Les victimes de ce bourreau apprécieront… 

D’ailleurs, l’avocat de l’une des associations (l’Association sahraouie pour la défense des droits de l’Homme, ASADEH) qui a déclenché la procédure contre le tortionnaire a demandé au Tribunal central d’instruction d’ouvrir une instruction sur la présence de Ghali en Espagne , de vérifier pourquoi cet individu bénéficie d ’un passeport diplomatique sous un faux nom, de l’auditionner sur les faits qui lui sont reprochés et d’émettre un mandat d’arrêt contre Ghali qui semble se moquer de la justice espagnole et internationale. 

Brahim Ghali serait né à Smara (Sahara marocain) en 1946. C’est un vieux militant communiste du mouvement séparatiste du Polisario dont il a été le chef de la milice (pompeusement nommé ministre de la défense), puis représentant des séparatistes à Madrid et à Alger. Il était déjà à la tête des miliciens du Polisario lorsque ceux-ci attaquèrent les civils français travaillant dans la cité minière de Zouerate en Mauritanie, en mai 1977, assassinèrent froidement deux coopérants français (un médecin et sa femme) et enlevèrent six otages français qui seront détenus en Algérie, laquelle accusa les otages d’être des « agents des services secrets français et des mercenaires », ce que la France qualifiera d’absurde. Après l’enlèvement de deux autres civils français fin octobre 1977, le président français Giscard d’Estaing ordonna le déclenchement de l’opération Lamentin qui avait pour but d’aider la Mauritanie à repousser les attaques du Polisario, épaulé par l’armée algérienne et toute sorte de supplétifs du bloc communiste. 

Partisan de la ligne extrémiste du Polisario, Brahim Ghali a succédé à Mohammed Abdelaziz en 2016. Mais un mandat d’arrêt émis contre lui en novembre 2016 par la justice espagnole pour génocide, torture et viol, limite ses mouvements et cela explique pourquoi un faux passeport diplomatique lui a été délivré par le régime algérien. En effet, une plainte a été déposée à son encontre en 2013 pour viol et abus sexuels à l’encontre d’une jeune fille, Khadijatou Mahmoud Zoubeir. Par ailleurs, des prisonniers ont porté plainte contre lui pour torture. C’est notamment le cas d’el Kabch Mohammed Nafee, el Kharchi Lahbib et Chouiaar Mohammed Mouloud qui ont décrit devant l’Audience nationale espagnole, en mars 2014, les tortures qu’ils ont endurées pendant des années dans la prison dite Er Rachid au sud-ouest de l’Algérie. Ils ont été soumis par la suite à une expertise médicale pour constater les stigmates des tortures subies. Ces rescapés ont aussi déclaré devant le juge qu’ils ont été témoins de l’assassinat de plusieurs personnes sous la torture pratiquée par les miliciens du Polisario placés sous les ordres de Brahim Ghali. 

Charles Saint-Prot 
Directeur général de l’Observatoire d’études géopolitiques





 
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