Le document qui vous est proposé aujourd’hui à la lecture est un ouvrage collectif édité à Alger en 2016 par Mohamed Saïb Musette et coordonné par ce dernier et par Ferfera Mohamed Yassine, directeur du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD, Alger). Il porte sur une problématique d’actualité, celle concernant l’exode des compétences ou fuite des cerveaux qui touche également les pays du Maghreb auquel est consacré le livre. L’ouvrage porte en effet le titre suivant : «De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences ? Une vision du Maghreb » 

Musette récuse en fin de compte la vision de la fuite des cerveaux qui ne fait d’après lui que s’inscrire «dans le prolongement du pillage des ressources des pays africains par certaines puissance mondiale » pour lui préférer dans le cadre de la «mondialisation » ou « globalisation » une autre notion pour la raison suivante exprimée ainsi : «Celle de la mobilité invite à l’organisation de la circulation des compétences dans l’intérêt du pays d’origine, du pays d’accueil et surtout celui du Migrants comme acteur social à part entière ». 

En réalité, le «renouvellement » de la lecture du phénomène de l’exode de cerveau ou la ligne de pensée qu’il s’est proposé de suivre, se ramène à une idéalisation des «bienfaits » de la globalisation et à l’adoption d’une démarche fataliste. 

La conception de l’auteur amène à ne plus parler de fuite des cerveaux, à ne plus poser le problème de la sorte. Il faut dépasser l’état de fait et s’y faire en acceptant les choses telles qu’elles sont, car on ne peut aller à l’encontre de la volonté des gens concernés, c’est à dire la liberté de choisir. Il s’agit alors d’abandonner la lutte contre le drainage des cerveaux et concentrer l’effort sur la gestion et l’organisation de cette mobilité : « le processus actuel de la mondialisation fait de la circulation des cerveaux un must pour l’avenir de la croissance, soit pour le bien de l’humanité. Ce changement affecte même le processus des migrations pour se transformer en paradigme de la mobilité », peut-on lire dès l’introduction du premier chapitre intitulé «nouvelle lecture de la fuite des cerveaux à l’ère de la mondialisation ». 

Par conséquent le point d’interrogation (?) que porte le titre du livre est de trop, puisqu’avant toute discussion, il parle de mobilité des compétences au lieu de fuite des cerveaux. Cette option est à la mode, y compris au Maroc au niveau de responsables gouvernementaux et de responsables institutionnels (DG de l’ANAPEC, le président du CCME...) 


Rabat, le 18 avril 2021 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration


 
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