La Bibliothèque nationale du royaume du Maroc a reçu la donation de la bibliothèque privée du futurologue, économiste et sociologue Mahdi Elmandjra. La donation a fait l'objet d’une convention signée entre Amina Marini, la veuve du défunt, et le directeur de la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc, Driss Khrouz, confirmant ainsi la position de la bibliothèque en tant qu'institution pérenne de préservation et de diffusion du patrimoine écrit ayant pour destination privilégiée des chercheurs de tout bord. 

La donation de la bibliothèque privée de la famille Elmandjra reçue par la BNRM est constituée de 5.600 livres, 808 magazines et 788 CD, ainsi que d'un nombre important de disques vinyles, en plus d’un fonds iconographique d’affiches et de photos. 

A cette occasion, le directeur de la BNRM, Driss Khrouz, a salué cet acte citoyen “qui rappelle fortement l’esprit d’un grand monsieur : Mahdi ElMandjra“, a-t-il précisé, ajoutant : “ Nous sommes heureux de mettre aujourd’hui à la disposition du public marocain une collection aussi prestigieuse et nous remercions la famille ElMandjra pour ce geste plus que généreux“ avant de conclure “donner sa bibliothèque c’est donner une part de soi. Nous nous engageons à honorer ce geste et à donner vie à cette bibliothèque, en hommage aux donateurs“ . 

Retours sur le Top10 des citations de Mahdi ElMandjra
  1. Les cultures ne se clonent pas. Elles peuvent communiquer et s’enrichir dans le respect mutuel des différents “styles de vie“ , mais la mondialisation des systèmes de valeurs par la superpuissance avant tout militaire met cette chance en péril. Face aux agressions culturelles menées par un bon nombre de pays occidentaux, la résistance dans le Tiers monde s’éveille. La sphère des idées et de la créativité n’obéit pas aux lois du “libre-échange“. Et on n’occupe pas le champ culturel comme on occupe un champ de batailles… 
  2. Les pays pauvres, ce ne sont pas ceux qui n’ont pas de ressources naturelles tels que le gaz ou le pétrole, mais ce sont ceux qui ont leurs artistes et vivent sans art. L’art en matière d’esthétique, c’est dans les composantes de l’esprit et dans la relation avec le beau qu’il faut le rechercher. Toute personne vivant dans l’ignorance ou dans la négation du beau est pour moi un individu mort-vivant. 
  3. L’analphabète d’aujourd’hui est celui qui ne sait pas désapprendre pour pouvoir apprendre à réapprendre. Je pense que la nécessité de mettre à jour ses connaissances est une cause majeure de l’exode des compétences. Jamais la définition du savant par le Général de Gaulle n’a été aussi pertinente: “ Un savant est celui qui connaît l’étendue de son ignorance“. Je crois que le sous-développement peut se définir aujourd’hui comme une situation où l’on combat les compétences nationales innovatrices et créatrices et où l’on encourage la somnolence professionnelle et la médiocrité docile qui facilitent la corruption, l’abus des droits humains et la servilité devant les grandes puissances. 
  4. Ce qui me vient maintenant à l’esprit, c’est cette remarque de l’historien africain Ki Zerbo: "Les singes ont un bien meilleur comportement que les dirigeants du Tiers monde. Quand vous faites un geste devant un singe, il vous imite sur-le-champ, sans attendre. Alors que les décideurs dans le Tiers monde attendent longtemps et sont toujours en retard d’une grimace." Voilà pourquoi les réformes dans nos pays prennent au moins cinq à dix ans de retard, pour n’être en fin de compte que de pâles copies désuètes venues d’ailleurs. Il est triste que notre avenir ne soit envisagé qu’à partir du passé des autres. 
  5. Aujourd’hui, on a à faire à une crise à trois dimensions. Il y a une crise du beau et de l’esthétique et ce n’est pas à un Japonais à qui je vais expliquer ce que le beau signifie. La deuxième crise est une crise de rêve car le rêve a été transformé en cauchemar. La troisième dimension est d’ordre civilisationnel. Je ne saurais vous dire d’où viendront les solutions mais je suis optimiste. Gramsci disait qu’il faut avoir le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté. 
  6. La sécheresse des cerveaux est plus grave que celle de la nature. Comment peut-on arriver à un tel stade de démagogie et faire l’éloge de la sécheresse qui est liée au climat mais aussi à un ensemble de valeurs, surtout dans les zones arides? La sécheresse va à l’encontre des désirs des sociétés. Toute personne qui connaît l’âme rurale et sa relation avec la nature ne saurait avancer une pareille insanité. 
  7. Si vous ne faîtes pas attention aux valeurs culturelles, vous allez vers un conflit. Pour moi, les cultures sont les bases de la paix. Aucune culture, par définition, ne naît agressive ou pour combattre une autre. Et l’histoire nous a appris que quand une culture prend le pouvoir, elle essaie d’imposer son système de valeurs aux autres. C’est pourquoi il y a conflit. Mais si on respecte les règles élémentaires de la communication culturelle et de la diversité, je crois alors que les causes des conflits seront minimisées. 
  8. Pour ce qui de l’avenir de l’islam, que ce soit au Maroc ou ailleurs, les faits sont là. En 1976, le Vatican annonçait que le nombre des musulmans était de 976 millions et qui dépassait pour la première fois dans l’histoire celui des catholiques qui s’élevait à 950 millions. Ce dernier chiffre n’a pas beaucoup évolué alors que le nombre de musulmans n’est pas loin de 1,500 milliard, soit un doublement en moins de trente ans. Cet avenir n’est pas seulement quantitatif, il est surtout qualitatif grâce à l’Asie où vivent actuellement près des deux tiers des musulmans du monde. Un continent qui évolue à pas de géant grâce à l’éducation, la science, l’innovation et la créativité et surtout grâce à une démocratisation non-aliénée et non-aliénante qui respecte les systèmes des valeurs culturelles des sociétés concernées. C’est ainsi que l’on accède à la modernité sur mesure qui n’est pas celle du prêt-à-porter importée et encore moins celle du PAP (prêt-à-penser). Cela n’est malheureusement pas encore le cas dans le monde arabo-africain. 
  9. Il n’y a que les utopistes qui laissent des traces durables dans leurs domaines alors que celles des hommes d’Etat et des politiciens disparaissent avant qu’elles ne sèchent. Mais le sous -développé ne se remet jamais en cause parce qu’il n’en voit pas l’utilité, d’autant plus que ceux qui le gouvernement ne le font pas. D’où une médiocrité qui nourrit l’incompétence et chasse les meilleurs hors de leurs pays. 
  10. Nous vivons une sérieuse crise éthique qui augmente les méfaits des humiliations résultant de la pauvreté, de l’analphabétisme, de la maladie, du manque de justice sociale et des violations des Droits de l’homme. Quand la combinaison de ces facteurs atteint un seuil critique, il y a des manifestations, des fusibles qui sautent, des explosions, des révoltes, des ras-le-bol qui mènent vers l’éclatement du système. Il s’agit alors d’une fracture de la dignité.

 
Top