La question de l’exode des “compétences” ou des “cerveaux” - “brain drain” (en anglais) est fort complexe et a pris de l’envergure depuis 1967 quand le Brésil, l’Egypte, l’Iran et le Nigeria présentèrent une résolution (no. 2320) à l’Assemblée Général des Nations Unies demandant qu’une étude soit entreprise à ce sujet. 

La responsabilité de ce travail fut confiée à l’UNITAR et à l’UNESCO. En tant que Sous-directeur général pour les Sciences Sociales, les Sciences Humaines et la Culture de cette dernière institution j’ai présenté à son Comite Exécutif les conclusions préliminaires des recherches en cours à sa session du Printemps de 1968. Celui-ci adopta une Résolution qui « attache la plus grande importance aux études prévues concernant l’exode des compétences et souligne le caractère urgent de ces études. » (paragraphe 76 de la résolution concernant les Sciences Sociales ). 

Il suffit ici d’insister sur le fait que les conclusions du rapport final ainsi que celles de bien d’autres études entreprises au cours des dernières années par diverses institutions concordent sur au moins deux points. Une des premières causes est le manque de moyens pour appliquer et enrichir ce que l’on a appris dans l’enseignement et pour la recherche. La seconde raison a trait aux limitations de la liberté académique et des contraintes sans rapport direct avec les professions que l’on exerce. L’essentiel est de relever le fait que, contrairement à ce qu'on pense, le facteur matériel sans être négligeable n’est pas déterminant - (Cas de l’Espagne du Canada et de l’Inde comme illustrations). 

I. EXODE EXTERNE
L’exode des compétences du Tiers Monde vers l’extérieur de leur pays n‘est pas facile à estimer car les statistiques nationales et internationales ne sont pas comparables. Pour ce qui est de l’immigration vers les Etats-Unis, dans une étude qui a cinq ans on trouve les données suivantes :
“The biggest migratory flows from Africa to the United States are from Egypt, Ghana, and South Africa, with more than 60 percent of immigrants from those three countries having a tertiary education. Among the countries in Asia and the Pacific, the biggest source is the Philippines, with 730,000 migrants. Of these, the great majority have a tertiary education. The second largest stock of migrants is from China (400,000), which is split almost equally between the secondary and tertiary educational groups. Both India and Korea have seen more than 300,000 people migrate to the United States. It is striking that more than 75% of Indian immigrants have a tertiary. Migration of Africans with only a primary education is almost nil.” 
Parmi les africains qui ont fait une énorme contribution à la science aux Etats-Unis citons le cas de Philip Emeagwali un mathématicien qui a contribué à la mise au point des « super-ordinateurs » (Prix Nobel d’informatique). Emeagwali estime que « la contradiction en Afrique est que l’on dépense quatre milliards de dollars pour 100.000 experts étrangers mais nous n’acceptons pas de payer un montant semblable pour le recrutement de 250.000 professionnels africains travaillant à l’étranger. »
Emeagli ajoute dans ce même texte :“African universities are actually training one third of their graduates for export to the developed nations. We are operating one third of African universities to satisfy the manpower needs Great Britain and the United States. The African education budget nothing but a supplement to the American education budget. In essence, Africa is giving developmental assistance to the wealthier western nations which makes the rich nations richer and the poor nations poorer.”
Les chiffres sont affligeants car déjà en 1998, selon le rapport du Bureau régional pour l’Éducation en Afrique (BREDA-UNESCO) «plus de 30.000 titulaires de Doctorat africains travaillent hors du Continent », Ce chiffre a fort probablement doublé au cours des sept dernières années. Qui aide qui ???

Les auteurs de l’étude ci-dessus n’ont pas pu s’étendre sur l’émigration vers les pays de l’OCDE car la définition de l’immigrant n’est pas la même et la base des données presque incomparable. Ils estiment, cependant, que leur nombre équivaut au tiers de celui qui se trouve aux Etats-Unis.. Il manque des données fiables pour entreprendre de sérieuses études nationales et comparatives de l’hémorragie des ressources humaines dont souffrent les pays sous-développés. La majorité des pays du Tiers monde ne semble pas y accorder la priorité qu’elle mérite. Bien plus, à mon avis, le sous-développement peut se définir aujourd’hui comme une situation où l’on combat les compétences nationales innovatrices et créatrices et où l’on encourage la somnolence professionnelle et la médiocrité docile qui facilitent la corruption, l’abus des droits humains et la servilité aux Grandes Puissances. 

II. DEPERDITION INTERNE
Depuis les premiers développements des années 1960, un nouveau problème, peut-être plus grave que celui de l’exode vers l’extérieur, a surgit. Il s’agit de la déperdition interne résultant d’un nombre grandissant de diplômés chômeurs dont les conséquences sont très graves sur le plan quantitatif et qualitatif car ils limitent le développement économique et socioculturel. 

La « Mondialisation » encourage l'exode des compétences par un allègement relatif des politiques d’immigration d’un nombre de pays industrialisés à l’égard de hauts cadres et de chercheurs (Allemagne, Italie, France, Canada ....). Au Maroc Plus de 60 % des lauréats des écoles d’ingénieurs partent à l’étranger -L’exode des informaticiens, en particulier s’accélère. 

Il y a, actuellement, plus d’une dizaine d’associations au Maroc pour la défense des diplômés chômeurs qui sont souvent maltraités par les forces de l’ordre lors des manifestations qu’elles organisent. Selon le Haut Commissariat au Plan le taux de chomage des diplomés est de 24%. 

Au Maroc on parle, actuellement, d'une étude qui serait en cours mais dont on n'a pas encore révélé les détails.Distinction entre « mobilité des compétences » et « fuite des compétences ».


 
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