Le professeur Charles Saint-Prot, directeur général de l’Observatoire d’études géopolitiques de Paris, défend la marocanité du Sahara sur la chaîne de télévision tunisienne Tunisna TV, le 12 février 2021 à 19h. Il analyse également les perspectives internationales des évolutions géopolitiques et plaide pour un engagement français aux cotés de la Tunisie.


Transcription de l'émission "L'expert"du 12 février 2021
Tunisna TV : Bonjour Docteur Charles Saint-Prot , je rappelle que vous êtes le directeur général de l'observatoire d'études géopolitiques de paris et en cette qualité, à chaque fois qu'on veut avoir un éclaircissement sur la situation géopolitique, on fait appel à vous et vous avez la gentillesse de répondre toujours favorablement à nos demandes. Permettez-moi aujourd'hui de rentrer directement dans le vif du sujet. Quand je vois les chiffres des subventions et les crédits accordés à la Tunisie dans ces circonstances particulièrement angoissantes est très difficiles, comparés à d'autres pays, tout particulièrement aux pays qui n'appartenaient pas, il y’a quelques années, à l’Europe, cette dernière a tout fait pour sauver ces pays comme la Grèce qui, il y’a quelques années, gisait dans des problèmes extraordinaires et elle s'en est sortie grâce au soutien de l'union européenne alors que pour la Tunisie qui a signé l'accord de libre-échange, pays de toute l'histoire, il a été l'ami de la France et de l’Europe. Pays qui a basé sa stratégie sur les rôles des bonnes relations. Malheureusement, nous, en tant que tunisiens, on a eu droit qu'à des miettes ! 

Charles Saint-Prot : C'est tout à fait vrai et le problème c'est peut-être que la France est englué dans cette union européenne qui est mortifère. Vous savez, il y’a quelques temps, madame Merkel, le chancelier allemand disait que la méditerranée est un mur, pour elle c'est normal, car c’est une prussienne. Je crois qu’aujourd'hui, nous avons délaissé le Sud, nous avons consacré des sommes immenses à l’Europe de l'Est et à l’Europe orientale qui sont quelquefois des sommes à fonds perdus. Nous avons consacré des sommes immenses pour la Grèce aussi et nous laissons que des miettes aux pays du Sud et notamment à la Tunisie amie et ça c'est lamentable. Je pense qu'il faut voir dans cette affaire le déclin de l'Union Européenne. L’UE est un peu un cheval fou qui ne pense qu'à accroître ses effectifs alors que la Grande Bretagne est partie, que c'était un très gros, et qui peut penser qu'on va la remplacer par la Macédoine, par l'Albanie, par des pays qui sont des pays brigands et des pays quémandeurs. Je crois qu’il y’a là une erreur fondamentale. Et il y’a aussi cette déclaration de madame Ursula Von der Leyen qui est présidente de la commission européenne et qui a connu des ratés dans la gestion des vaccins. Aujourd'hui, l'union européenne n'est pas à la hauteur et notamment vis-à-vis du Sud parce qu' il manque un leader. Ce leader ne peut être que la France, la France du temps du Général de Gaulle, du temps où elle était gouvernée décemment et elle n'oubliait jamais le Sud. Aujourd'hui nous avons ce problème et c'est un problème très grave. 

Tunisna TV : Quel est le tort d'un pays comme la Tunisie qui a fait confiance à ses partenaires et d'un seul coup, rien que ces jours-ci nous sommes en déficit de vaccins contre le coronavirus, on se trouve économiquement étranglé de ressources et de financement qui se font rares et en toute sincérité, on ne voit pas une réaction des gouvernants français. 

Charles Saint-Prot : D’abord, la pénurie des vaccins touchent un peu tout le monde, En France aussi nous avons une pénurie. Il faut le dire très franchement. Nous avons vacciné un nombre très faible de citoyens. La France n’est pas en état de jouer un rôle de leader parce que le président Macron a choisi le tout européen, et le tout européen est un tout qui ne peut mener nulle part. Aujourd'hui, nous savons bien que c'est l’Allemagne qui est le leader de l’Europe. L’Allemagne se moque du Sud. Elle n'a qu'une, obsession, celle des pays de l'Europe de l'Est. La France doit jouer son rôle, mais à mon avis, elle ne peut avec un Macron qui est essentiellement un homme de l’Europe. Je pense que la Tunisie essaye de sortir d’un guêpier. C'est Obama, il faut s'en souvenir, qui a déclenché les événements qu'on a appelés, si bêtement, le Printemps arabe, c'est Obama qui a déclenché les événements en Tunisie avec la CIA. 

Tunisna TV : Juste un mot docteur, je ne suis pas un disciple ou un adepte de la théorie du complot, mais disons que l'effritement des pays du Nord de l’Afrique, c’est le fruit des actions menées essentiellement par l’Europe. Aujourd'hui, si le Maghreb est effritée, c'est parce que ni la France, ni le États-Unis ne font quelque chose pour qu'il y ait cette union. On a créé un problème au Sahara occidentale et on a créé un deuxième problème du côté d’Israël. L’union maghrébine nous revient trop cher. Les spécialistes parlent d'une perte de 2% de croissance faute de cette union du Maghreb. La Tunisie se trouve d'un côté avec un partenaire européen défaillant et de l'autre côté, un Maghreb juste avec des traités sur papier. 

Charles Saint-Prot : Le Maghreb n'existe pas du fait du conflit sur le Sahara marocain et qui est du fait du régime algérien. Il faut être clair, c'est le régime algérien qui porte la responsabilité de ce conflit inutile, de ce conflit mortifère, de ce conflit qui ne mènera nulle part. Aujourd'hui toutes les puissances du Monde savent très bien qu’ il n'y aura jamais d'entités séparatistes au Sahara marocain. 

Tunisna TV : Excusez-moi docteur, je ne fais pas de la politique, je m'occupe essentiellement de l'économie, mais quand même je peux me permettre une petite remarque, les Etats-Unis n'était pas juste dans leur décision de venir en aide au Maroc et de donner le Sahara occidental en cadeau au Maroc, en contrepartie de concessions très graves sur l'unité du Maghreb arabe. 

Charles Saint-Prot : Je ne pense pas, les Etats-Unis ont reconnu la marocanité des territoires du Sahara et je souhaiterais que d'autres puissances les imitent, parce que c'est la réalité. Les États-Unis n'ont pas demandé d'amoindrir l'union du Maghreb arabe. Si l'union du Maghreb arabe ne marche pas, s'il y’a un déficit économique de 2,5 points, s'il y’a des centaines de milliers d'emplois qui ne se créent pas, c'est à cause du conflit sur le Sahara marocain, c'est à cause de l'Algérie, il faut être clair, et c'est pour cette raison que monsieur Trump a reconnu la marocanité des territoires du Sahara marocain. Je pense qu’aujourd’hui, il y’a un vrai problème, et c'est un problème économique et que les dirigeants de la clique qui est au pouvoir en Algérie, ne souhaite pas qu'il y ait un progrès économique au Maghreb, qu’il y’ait une intégration maghrébine. Il faudrait qu’ils cessent leurs prébendes, il faudrait qu'ils cessent leurs corruptions, il faudrait qu'ils cessent leurs vols, et donc ils n'ont pas du tout intérêt à ce qu'il y ait des transparences. 

Tunisna TV : On respecte votre avis docteur, il y’a une question de Mohamed Salah, expert en finance qui voudrait vous poser une dernière question : "Oui ma question docteur c'est par rapport à ce petit pays qui s'appelle la Tunisie, on a été tous éduqués sur les principes de la démocratie, la liberté de l'expression, la liberté de l'homme, j'ai comme l'impression qu’on paye aujourd'hui un prix qui est cher payé de devenir un pays démocratique après la révolution. Ce pays démocratique aujourd'hui doit être supporté par les alliés de la démocratie et du monde libre, mais on n'a vu aucun soutien exprimé de manière verbale, pour justement miser sur ce pays et je pense que ça c'est quelque chose aussi qui pourrait même résoudre pas mal de problèmes géopolitiques notamment ce que vous venez de dire par rapport au conflit algéro-marocain". Une autre question docteur de Kamal Ben Younès, un grand journaliste, qui voudrait vous poser une question : "Depuis une dizaine d’année, on posait la conditionnalité du développement et la démocratie dans l’accord de Barcelone de 1995, puis dans le sommet de 2005, j’ y étais et on avait assisté avec nos collègues européens, avec les experts européens, on nous disait : ça marche pour vous pour le développement économique, pour le partenariat économique, si vous respectez l'article 2, c'est à dire le développement dans le domaine des ressources humaines et la démocratisation, vous aurez une subvention et un appui financier. Mais malheureusement après les révolutions arabes, on a vu le phénomène contraire" ! 

Charles Saint-Prot : Oui c'est tout à fait vrai, le problème c'est que les Etats-Unis après leurs attaques contre l’Irak, ont eu une politique criminelle. Cette histoire de Barcelone a été de dupes, on a dit aux gens : oubliez la Palestine et vous aurez des subventions, et on a oublié la Palestine et on n'a pas eu les subventions ! Aujourd'hui le fond du problème il y’a deux grands conflits au Maghreb et dans le Monde arabe, c'est le conflit algéro-marocain sur le Sahara marocain et sur l’affaire de Palestine, il faut être clair, le problème de la Palestine, on ne le résoudra pas avec des mots, il faut le résoudre avec la force, il faut imposer à Netanyahou et à la clique criminelle qui gouverne Israël de faire des concessions et de reconnaître les droits du peuple palestinien, autrement, nous ne sortirons jamais de cette affaire. Pour la Tunisie, je me demande si elle ne paie pas le fait qu'elle a accueilli Yasser Arafat dans les conditions que l'on sait après le retrait de Tripoli et je me demande si elle ne paye pas le fait que la Tunisie a toujours été fidèle aux causes arabes. Je pense que la politique américaine vis-à-vis de la Tunisie a été criminelle, c'est un coup d'état qui a débarqué le Président Ben Ali, je ne suis pas grand partisan du président Ben Ali, quand on voit la situation aujourd'hui en Tunisie, elle est pire qu'avant et je crois que les américains ne donneront rien à la Tunisie et je pense que l’Europe ne donnera rien à la Tunisie, et c'est la France seule qui peut aider la Tunisie, et c'est la France qui doit aider la Tunisie, parce que nous avons besoin d'une Tunisie forte, d’une Tunisie prospère, d'une Tunisie qui marche bien et il faut s’arrêter de jeter des miettes comme on donne à un mendiant, il serait temps de développer une politique maghrébine qui passe par le Maroc et aussi par la Tunisie. 





 
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