Plusieurs soignants ont confié ne pas vouloir s'inoculer le vaccin produit par AstraZeneca et l'université d'Oxford, dont l'efficacité et les potentiels effets secondaires sont sujets à débat.

Déconseillé pour les plus de 65 ans, le vaccin AstraZeneca/Oxford, autorisé en France depuis début février, est utilisé en priorité pour le personnel soignant. Mais Le Parisien rapporte plusieurs témoignages de professionnels de santé qui refusent de le recevoir pour l'instant, faute de preuves suffisantes sur son efficacité et d'assurance quant aux effets secondaires.

Plusieurs problèmes sont en effet mis en avant au sujet de ce vaccin. Avec une efficacité moyenne pour l'heure de 70%, le vaccin d'AstraZeneca/Oxford est moins probant pour l'instant que le Spoutnik V, ou ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna, dont l'efficacité dépasse les 90%. Une étude de l'université de Johannesburg a par ailleurs évoqué le 8 février la possibilité d'une efficacité «limitée» du vaccin britannico-suédois contre le variant sud-africain (22% seulement contre les formes modérées du virus), ce qui a contraint l'Afrique du Sud a suspendre temporairement sa campagne de vaccination, prévu avec l'AstraZeneca.

L'Agence du médicament (ANSM) a en outre souligné le 11 février «un signal potentiel» sur les effets consécutifs à l'injection, avec 149 déclarations de syndrome grippaux, souvent de forte intensité (fièvre élevée, courbature, maux de tête), touchant pour la plupart des professionnels de santé d'âge moyen de 34 ans, parmi les quelque 10 000 personnes vaccinées entre le 6 et le 10 février. «Ces effets indésirables sont connus et décrits avec les vaccins», rapporte l'ANSM.

Inadmissible de vacciner les soignants avec un produit peut-être moins efficace
En conséquence, les soignants en France qui y ont un accès prioritaire ne se bousculeraient pas pour se faire vacciner. «On a reçu 2 000 doses Moderna ou Pfizer supplémentaires en Moselle ce week-end. Tous les rendez-vous ont été pris en deux heures. En revanche, beaucoup d’autres préfèrent ne pas se faire vacciner plutôt que de recevoir du AstraZeneca», témoigne auprès du Parisien Monique François, secrétaire départementale de Force ouvrière Santé dans le département.

«C’est inadmissible de vacciner les soignants avec un produit peut-être moins efficace, vu que le virus circule toujours beaucoup. [...] On aurait pu s’attendre à ce que ça se bouscule au portillon, mais on a eu très peu de demandes pour des primo-injections», indique dans le quotidien francilien Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, qui préfère lui-même attendre d'avoir accès aux produits Moderna ou Pfizer. Une médecin qui a reçu l'injection à l'hôpital Necker de Paris raconte au quotidien que le personnel avait prévu «de vacciner aussi avec AstraZeneca la semaine dernière, mais ils ont arrêté au bout d’un jour, faute de volontaires».

Le président du syndicat Jeunes médecins Emanuel Loeb attend du ministère de la Santé qu'il «sollicite une réunion avec les instances représentatives pour rassurer ou, sinon, pour proposer une alternative». A noter que le ministre de la Santé Olivier Véran a lui-même reçu une injection d'AstraZeneca le 8 février. Un exemple qui n'a pas suffit, semble-t-il.


 
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