La communauté musulmane et marocaine serait-elle la plus touchée par le Covid-19 ? C’est à partir de ce lundi que la Belgique retourne au confinement, pour une durée de six semaines au moins, afin de faire face à une seconde vague plus sévère de la pandémie du coronavirus. La communauté marocaine, plus importante population étrangère extracommunautaire en Belgique est également parmi les plus touchées. 

La députée du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM), Latifa El Hammoud a rappelé, dans un long statut sur sa page Facebook, que l’incidence de Covid-19 en Belgique est «la plus élevée d'Europe : 941 infectés pour 100 000 personnes». «De plus, le nombre de décès a dépassé les 11 000, alors que la population de la Belgique ne dépasse pas 11 millions». 

Mais, ce qui est «inquiétant et très triste» pour le Maroc, déplore l’élue du PAM, «c'est la hausse du nombre des infections parmi les citoyens marocains résidant en Belgique, en particulier dans la capitale Bruxelles, et la hausse du nombre de décès parmi eux». 

«Pas un jour ne passe sans entendre parler de décès parmi eux, en particulier de la première génération, à cause du virus, bien que le Covid-19 soit aveugle et ne fasse pas la différence entre les jeunes et les personnes âgées.» 

Latifa El Hammoud 
L’élue affirme aussi que «les services de réanimation des hôpitaux de la capitale sont pleins et la plupart des patients sont issus de notre communauté marocaine». «Avec les chiffres contradictoires et la diffusion de nouvelles qui provoquent la terreur et la panique parmi les citoyens, nous demandons aux autorités diplomatiques marocaines en Belgique de signaler officiellement le nombre de victimes du virus au sein de la communauté marocaine», plaide-t-elle. Et d’appeler «les citoyens marocains en Belgique à respecter les dispositions du confinement et à rester autant que possible à l'intérieur de leurs maisons jusqu’à la fin de cette pandémie». 

Entre 10 et 12 musulmans décèdent par jour, les Marocains fortement touchés 
Contactée par Yabiladi ce lundi, une source autorisée précise d'emblée que l’ambassade du Maroc en Belgique «n’a pas de chiffres officiels» actualisés. Elle rappelle que «la quasi-totalité des Marocains installés ici sont des binationaux» et que «le décompte des morts ne se fait pas sur une base ethnique ou religieuse». «Nous n’avons malheureusement aucun moyen officiel pour confirmer. La seule information fiable peut venir de pompes funèbres musulmanes», conclut-elle. 

Du côté de ces entreprises chargées de l'organisation des obsèques, le constat est inquiétant. «Oui, il y a une force hausse des décès de Belgo-marocains et Marocains. Près de trois quarts des décès, qui ne peuvent donc pas être rapatriés vers le Maroc, sont dus au Covid-19», reconnait Maryem Meknassi-Zaidini. Responsable d’un des plateaux des Pompes funèbres islamiques de Belgique, elle confirme comptabiliser «plus de dix décès par jour». «Nous avons des seniors, des jeunes,… de tous les âges mais principalement des seniors», déplore-t-elle. 

«Il y a une tendance à la hausse. Généralement, nous avons 3 ou 4 décès par jour mais nous atteignons actuellement 11 à 12 décès quotidiens», témoigne, pour sa part, un responsable aux pompes funèbres Arrahma en Belgique. 

«A Anvers, d’après le responsable de notre plateau, ce sont cinq à six enterrements par jour qui passent à une vingtaine actuellement et bien que ces décès concernent les musulmans de différentes origines, les Marocains en représentent une bonne partie.» 

Un responsable aux pompes funèbres Arrahma en Belgique 
D’après les responsables, il y a encore assez de places et des travaux pour l’extension de parcelles destinées aux musulmans sont prévus. C’est vrai que le rapatriement des dépouilles vers le Maroc est autorisé, mais il faut que le décès ne soit pas lié au Covid-19, autrement, l’enterrement se fait ici. 

De la sensibilisation mais surtout de la prise de conscience 
Les deux responsables reconnaissent aussi que la deuxième vague de Covid-19 est «pire» que la précédente. «Au début de la première vague, cela a commencé doucement avant d’augmenter. Maintenant, nous commençons déjà très fort et craignons que cela soit encore pire», alerte la responsable des pompes funèbres islamiques de Belgique. 

«Nous n’avons pas pour l’instant de solution mais nous prions pour pouvoir gérer et tenir le coup. Nous avons des collègues contaminés malgré toutes les précautions que nous pouvons prendre.» 

Maryem Meknassi-Zaidini 
Pour elle, «il n’y a pas de secret ni de baguette magique pour régler ça, car il faut que notre communauté prenne conscience et comprenne pourquoi nous avons autant de décès chez nous», fustige-t-elle. «Ce n’est pas en allant présenter des condoléances à 30 personnes que les choses vont s’arranger. Notre communauté doit se remettre en question», ajoute cette Belgo-marocaine. «Nous prenons cela à la légère jusqu’à ce que nous soyons nous-mêmes infectés ou confrontés à la perte d'un proche.» 

Elle affirme aussi que «même les hôpitaux le disent : la communauté musulmane a été la plus touchée par cette pandémie en Belgique», alors que «malgré le nombre de décès, les gens ne semblent pas comprendre». «Je me rends dans des maisons où il y a des décès et je constate qu’elles sont pleines. Il semble que nous avons du mal à assimiler les directives et cela constitue un véritable problème», conclut-elle.




 
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