Un fabricant de produits d'hygiène Essity veut imposer à ses salariés en France le port d'un badge qui sonnera si la distanciation sociale n'est pas respectée entre les salariés. De nombreux salariés et les syndicats s'opposent vivement à ce projet.

"C'est un système comparable à celui qui dissuade les chiens d'aboyer". Le syndicat CFDT n'a pas de mots assez forts pour décrire le projet de la direction d'Essity, le géant suédois spécialisé dans la fabrication de produits d'hygiène comme des mouchoirs, des couches ou des protège-slips avec des marques comme Nana, Lotus ou Tena.

Pour lutter plus efficacement contre le Covid-19, l'entreprise souhaite que chaque salarié porte en permanence un badge autour du cou autour d'une dragonne qui va émettre un son de 85 décibels si une distanciation sociale de moins de deux mètres n'est pas respectée. Les ouvriers des ateliers le porteraient à la ceinture par sécurité. La mesure doit s'appliquer sur tous les sites du groupe en France dans le Loiret, l'Eure, l'Orne, la Vienne et le Haut-Rhin mais aussi en Europe.

"Vous imaginez le vacarme que ça va faire ?"
"On va infantiliser complètement l'être humain", proteste Christine Duguet, la déléguée syndicale centrale CFDT d'Essity. "Vous imaginez le vacarme que ça va faire ? 85 décibels, c'est énorme". 85 décibels correspondent au volume sonore minimum d'une alarme ou d'une sirène.

La direction d'Essity, qui n'a souhaité réagir que par écrit, indique que le boîtier vise "à limiter le plus possible tout risque de transmission du virus. Les porteurs du boîtier seraient alertés en cas de proximité physique trop importante permettant ainsi une plus grande vigilance quant au respect des distanciations physiques". Le boîtier ne sonnera pas dans les sanitaires, au restaurant d'entreprise ou à l'infirmerie même si les données seront enregistrées. La direction précise que les salariés ne seront pas géolocalisés et identifiés uniquement par un numéro.

Les salariés d'Essity ne respecteraient-ils pas les règles sanitaires ? Non, assure Christine Duguet, la déléguée syndicale centrale CFDT d'Essity. "On en fait déjà énormément contre le Covid dans cette entreprise et c'est tant mieux. On doit porter le masque toute la journée y compris quand on est seul dans un bureau. Les accès du restaurant d'entreprise sont limités. On en fait plus que ce que le gouvernement demande". La déléguée syndicale assure que le nombre de salariés contaminés a été très limité sur les différents sites, sans cluster et sans cas contacts.

La direction d'Essity assure que les modalités de fonctionnement du boîtier "Phil data" seront déterminées avec les instances représentatives du personnel. Des consultations sont en cours en janvier. Le boîtier pourrait être imposé avant la fin du mois de janvier.

"Des collègues me disent qu'ils vont perdre le boîtier, le jeter à la poubelle ou le laisser au vestiaire. Ils n'en veulent pas", détaille Christine Duguet de la CFDT en se demandant quelles pourraient être les applications futures d'un tel système. "L'objectif unique d'Essity est de préserver la santé des collaborateurs", répond la direction.




 
Top