Un jour, un futur Président de la République a annoncé qu'il serait un président "normal", sans voir que cette posture anticipée était piégée. En temps de crise, il faut un président de crise et non un président normal, sauf si l’on considère que la crise est un régime permanent, auquel cas la crise n’est plus une crise mais la forme durable d’une certaine normalité. Au demeurant, en disant vouloir être un « président normal », que voulait-il dire au juste ? Qu’il voulait être comme la moyenne des présidents précédents ? Comme n’importe quel français ? Ou bien qu’il désirait être conforme aux règles de sa fonction ? Ou encore qu’il souhaitait lui-même « servir de règle », comme lorsqu’on parle d’« école normale » ? Je rappelle que l’école normale n’est pas l’opposé d’une école pathologique, mais celle qui transmet les méthodes et forme les enseignants, bref celle qui normalise l’enseignement… 


On voit par-là que le mot « normal » interroge davantage qu’il n’instruit. On peut dire qu’est normal ce qui est « conforme à la norme ». Mais alors, en fonction de ce qu’on entend par « norme », « normal » peut renvoyer à toutes sortes de choses différentes : « ce qui est habituel », « ce qui se rencontre dans la majorité des cas », « ce qui ressemble à la moyenne », « ce qui ne sort pas de l’ordinaire », « ce qui est attendu », ou encore « ce qui ne présente ni anomalie ni altération ». C’est donc la norme implicite qui se trouve derrière le mot « normal » qui détermine la représentation qu’on s’en fait. Or, en disant « président normal », on n’explicite pas la norme à laquelle on se réfère, de sorte qu’on ne tranche nullement la question de savoir en quoi consiste le fait d’être normal.

Le mieux, pour comprendre ce qu’est le normal, est peut-être d’interroger son contraire, c’est-à-dire la notion d’anomalie.

Invité 
Hervé Le Tellier : écrivain, membre de l’Oulipo

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