Mesdames, Messieurs les Parlementaires européen(ne)s, au mois décembre, votre Assemblée aura à se prononcer sur le nouveau "Pacte européen sur l’Immigration et l’Asile", rendu public par la Commission européenne, le 23 septembre dernier. Nous, associations et citoyens européens, originaire du Maroc, nous souhaitons par cette lettre porter à votre attention toutes nos réserves sur ce catalogue de procédures et sur les conditions d'accueil envisagées dans ce pacte. 

L'Europe a besoin d'une politique migratoire plus humaine, plus solidaire et plus soucieuse aussi bien de ses propres intérêts que de ceux des autres peuples de la planète. Une telle politique ne peut en aucun cas se construire sous la pression de mouvements xénophobes et racistes, quels que soient leurs poids électoral, réel ou supposé. Une tele politique ne peut être dictée par des réponses techniques et technocrates. Une telle politique ne peut pas se faire sans la concertation des milliers de migrants, résidents et citoyens de l'UE. Une telle politique ne peut se faire sans une vision globale du Monde dans lequel l'UE est l'un des plus grands acteurs. Les Marocains d'Europe sont l'une des composantes les plus importantes du vieux continent, notamment avec un grand pourcentage de binationaux.

A ce titre, Mesdames, Messieurs les Parlementaires européen(ne)s, nous sollicitions votre opposition à ce Pacte. Les discours stigmatisants envers les migrants, qu'ils soient qualifiés de "Réfugiés politique, climatique ou économique" contribuent à une dégradation continue de leurs droits fondamentaux. De plus en plus de personnes migrantes sont contraintes de vivre sans papiers, sans couverture sociale, sans protection salariale, ni liberté de mouvement. Partout en Europe, des structures associatives agissent dans les quartiers populaires et sont engagées pour que les migrants avec ou sans papiers, avec ou sans travail, avec ou sans logement, avec ou sans droit puissent bénéficier d'un soutien juridique et d'un accompagnement dans leurs procédures d'accueil ; mais également d'un accès aux soins de santé, de logement, à l'éducation, à la formation professionnelle et au marché du travail. Apaiser la souffrance humaine pour que ces migrants ne perdent pas l'espoir dans le genre humain, telle est la mission des Organisations de la diaspora ! Les politiques d'asile, d'accueil et d'immigration préconisées dans ce Pacte nous semblent à la fois inefficaces, mais elles vont à terme alourdir un peu plus le travail des structures associatives. 

Mesdames, Messieurs les Parlementaires européen(ne)s, la liberté de circulation est pour nous un enjeu central de solidarité internationale qui permet aux femmes et aux hommes de se protéger des injustices économiques environnementales ou politiques. La migration contribue à réduire les inégalités entre les peuples et favorise la paix et le mieux-vivre ensemble. Les migrants sont de vrais ponts entre les sociétés du Nord et celles du Sud. Pourtant, comme vous l'avez certainement noté, le Nouveau Pacte a pour objectif de mettre en pratique le concept de "Migration choisie, Migration jetable". La course mondiale pour attirer les compétences compromet définitivement toutes chances de développement dans les pays pauvres et freine l'avènement de l'États de droit, tout en remettant en cause les projets de démocratisation des pays du Sud. Si nous notons l'un des points positifs de pacte concernant les mineurs isolés, nous regrettons en revanche la volonté de renforcer Frontex et de confier aux pays du Sud le contrôle des frontières externe de l'Europe. Croyez Mesdames et Messieurs les Députés en la confiance que nous plaçons en vous et en votre volonté de continuer à défendre les Droits des migrants et à ériger une Europe plus humaine, plus solidaire et plus ouverte sur le monde.

Fait à Amsterdam, le 19 Novembre 2020
Plateforme Euro-Marocaine Migration, Citoyenneté et Démocratie





 
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