Entre 2003 et 2008, le Maroc, la Tunisie, la Libye et l’Algérie ont adopté de nouvelles législations s’appliquant à l’entrée et au séjour des étrangers, ainsi qu’à leur sortie. On peut légitimement s’étonner de la concomitance de l’adoption de ces lois dans un espace qui, contrairement à celui de l’Union européenne, n’est pas unifié, communautarisé, ni même harmonisé. 

En fait, bien davantage qu’à un rapprochement horizontal des législations, c’est à une transposition verticale du droit européen régissant les migrations à laquelle on assiste au Sud de la Méditerranée. Ces pays sont désormais intégrés dans un processus juridico-politique qui vise à réformer leur droit des étrangers en transposant les enjeux et visées européens. Trois conséquences fondamentales sont visibles dès aujourd’hui, et transcrites juridiquement : la stigmatisation d’une frange particulière de migrants, principalement subsahariens ; le traitement externalisé et en amont de l’asile et de l’immigration en Europe ; le préjudice pour leurs propres ressortissants.


Delphine Perrin est juriste et chercheure associée à l’IREMAM (Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman). Elle est membre du réseau d’experts du CARIM (Consortium euro-méditerranéen pour la Recherche Appliquée sur les Migrations Internationales).




 
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