Quelle est la différence entre l’Espagne et la France, vues du Maroc, pour la question des visas ? La première comprend et surprend par la réactivité de son chef de la diplomatie, et la seconde bloque et provoque par la raideur du sien. En une semaine, et alors que les centres TLS sont saturés, les deux responsables étaient dans nos murs, reçus par notre Bourita international, et chacun a résumé sa considération pour les Marocains.

Josep Borrell s’est excusé, et a promis de se mobiliser. Jean-Yves Le Drian, lui, a eu une réponse aussi suintante de suffisance qu’insuffisante. Se trompant, trompant ou trompé sur les chiffres, il a excipé de statistiques approximatives, démenties par la réalité. En gros, nous sommes à 334.000 visas délivrés et non 400.000 comme l’atteste le ministre français, et même avec la meilleure volonté des services consulaires français (qu’il resterait à démontrer), nous n’atteindrons pas ce seuil en 2019. M. Le Drian se « réjouit » donc de cette situation, et déclare la France « victime de son succès ». Mais c’est comme ça, et ça ne changera pas, explique-t-il en substance, avec une certaine arrogance.

Puis, dans son incertaine élégance, M. Le Drian a rappelé que 900 entreprises françaises (dont 33 du CAC 40, NDLR) travaillent au Maroc et créent des milliers d’emplois, mais il a omis de préciser le montant des transferts de leurs bénéfices en France, secret jalousement gardé. « France diplomatie » vient même en appui, précisant que l’AFD apporte annuellement 400 millions d’euros au Maroc, en prêts… face aux 40.000 étudiants marocains en France, dépensant environ… 400 millions d’euros par an ! La similitude des chiffres est belle comme la Bretagne.

La France a délivré 875.994 visas aux Chinois en 2018, mais le délai d’attente y est curieusement de quelques jours seulement (ci-contre) ; la solution aux délais existe donc, quand on veut...

M. Le Drian est Breton, presqu’aussi raide qu’un bâton, dont il gagnerait à se méfier du retour, un jour. « Vous aurez du mal à rattraper la Chine », a ricané M. Le Drian… Certes, mais la France pourrait aussi avoir un jour du mal à rattraper la Chine (qui a aussi un droit de veto à l'ONU) au Maroc ! Le chef de la diplomatie française, ministre de la défense sous M. Hollande, a parcouru l’Afrique, y a vendu ses armes mais n’a semble-t-il pas compris son âme. L’agrégé d’histoire qu’il est devrait pourtant savoir que si le présent raye souvent le passé, l’avenir s’appuie toujours sur le présent, et dans ce domaine, l’Espagne préfère consulter le passé pour ne pas insulter le futur.

M. Le Drian n’est certes pas porteur de la francophonie, mais il semble endosser le rôle périlleux de vecteur de la francophobie. S’il est du droit de tout pays d’imposer un visa d’entrée sur son territoire, il est de son devoir, aussi, d’en soigner la forme et la manière. Le Maroc pourrait y penser, peut-être, un jour… au titre de la réciprocité.

Aziz Boucetta




 
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