IIX-Former plus de cadres pour en exporter plus !? 
Après le constat de cette fuite des compétences, un ancien ministre chargé du département MRE disait : « j’ai presque envie de vous dire : et après » !? Ce positionnement, qui a des émules, va jusqu’à proposer que le Maroc forme plus et mieux de cadres pour couvrir non seulement les besoins internes mais également la demande croissante externe. Ainsi le journal l’Économiste du 20 février 2019, rapporte cette déclaration de Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique : « Nous ne pouvons pas empêcher des personnes de quitter le territoire s’ils le souhaitent. Ils sont libres de circuler comme ils veulent. Nous devrions plutôt redoubler d’efforts au niveau de la formation. Or le Maroc produit peu d’ingénieurs ». 

Dans le même esprit, la présidente de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI) a, selon la presse marocaine, plaidé pour « la multiplication de l’offre de formation pour répondre à la demande du marché intérieur et extérieur ». 

Or pour nous, il y’a lieu d’accorder tout l’intérêt requis à la réflexion sur l’amélioration de l’environnement local au Maroc qui participe aux raisons de cette hémorragie. Il s’agit d’abord d’éviter les départs des compétences formées au Maroc, limiter cette fuite à partir du Maroc et ce, en retenant les professionnels qualifiés dans le pays, en améliorant notamment le cadre et les conditions de travail pour les motiver à rester. 

Précisons bien les choses. De notre point de vue, si l’un des principes fondamentaux des droits humains est la liberté de circulation des personnes, il ne s’agit pas bien entendu pour le Maroc d’entraver ce principe en restreignant la liberté de mouvement de ses ressortissants hautement qualifiés, en empêchant juridiquement ces compétences de s’expatrier. Mais autre chose est l’encouragement officiel de cette émigration des compétences par des responsables d’instances publiques ou parapubliques au détriment de l’intérêt national, qui est celui de garder et d’utiliser chez soi les compétences nationales pour accompagner le développement du Maroc, qui a investi de grandes sommes d’argent pour leur formation. 

Or c’est tout l’opposé que prône la note El Yazami-Jamid à la CSMD. Les dirigeants marocains sont dédouanés pour cette hémorragie de compétences en contestant l’analyse de ceux qui présentent ces départs comme un des éléments fournissant la preuve de l’échec des modes de gestion politique, économique et éducative suivies par les divers gouvernements qui se sont succédés, comme «un révélateur des dysfonctionnements du pays» (p.3), « révélateur d’un échec politique du pays. A les croire, aucun effort ne serait entrepris par les pouvoirs publics pour réduire le départ des Marocains diplômés ou organiser et stimuler le retour des compétences déjà expatriées ». Si le fait réel de cette émigration connaît une ampleur préoccupante, l’analyse du binôme s’aligne sur la justification des politiques publiques qui est plutôt rassurante et qui se ramène plutôt à former plus pour exporter plus... 

Sans argumenter aucunement l’objection, le président du CCME à t-il oublié que lui-même a été contre le retour au Maroc des compétences déjà expatriées, comme le rappel a été fait plus haut !? (voir volet VII) 

DEMAIN : IX - Export-Import de matière grise par le Maroc




 
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