IV - Complaisance envers les populistes et craintes de la montée des «Sudistes » 
Outre l’introduction, les deux précédentes éditions étaient consacrées d’une part, à la trame générale du nouveau Pacte européen sur l’immigration et l’asile, d’autre part à l’objectif de ce pacte d’intensifier la réadmission par l’Union européenne des «irréguliers » vers leur pays d’origine, qui constitue une obsession chez l’UE. L’édition de ce jour est consacrée à deux points : le Pacte est une démarche complaisante envers les populistes européens, tout comme il exprime la «déferlante » ou peur de «l’invasion » de l’Europe par les «Sudistes » 

* Un grand clin d’œil aux gouvernements populistes européens. 
Le nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile vise à accroître la solidarité entre les États membres de l’Union européenne en abolissant le « règlement de Dublin, consistant dans le fait de déléguer la responsabilité de l’examen de la demande d’asile d’un réfugié au premier pays qui l’a accueilli, et en remplaçant ce règlement par un nouveau système de gouvernance de la migration et de l’asile. Se plaçant comme un instrument destiné à prendre en considération «l’interdépendance entre les politiques et les décisions des États membres » (p.2) en matière de migration, d’asile, de gestion des frontières, le nouveau Pacte comporte une autre caractéristique principale. Il constitue l’expression de concessions et un message politique à l’adresse des milieux politiques radicalisés d’extrême droite en Europe et un grand clin d’œil aux pays du groupe des pays dits de Visegrade (V4) : Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie (mais aussi l’Autriche et la Slovénie) et à leurs gouvernements anti-immigration. 

Ces milieux sont les pays les plus hostiles à l’accueil des réfugiés, pratiquent une politique d’immigration et d’asile populiste dans le cadre d’un espace se voulant homogène, réfractaire notamment au partage du «fardeau » des nouveaux réfugiés arrivants, à la signature du Pacte de Marrakech de 2018, (Hongrie, Pologne, République Tchèque) même si cet instrument n’est pas contraignant d’une part et qu’il recèle d’autre part une forte dose sécuritaire. 

* La crainte par l’UE de la montée des «sudistes» ! 
Craignant à travers une perception très sécuritaire de la migration, la «montée » du Sud vers le Nord, «l’invasion » ou la «submersion» du continent européen par les «Sudistes » africains en particulier, le projet de nouveau pacte a enfin pour objectif de décourager la migration en direction des frontières de l’UE et de durcir les législations sur la migration et l’asile. Le projet constitue une sorte de défense-anticipation des effets dévastateurs et de l’impact très négatif de la virulence de la pandémie de la covid-19 sur l’équilibre économique et social des pays de la rive sud de la Méditerranée. La crise qui est d’une ampleur inédite est non seulement sanitaire, mais également socio-économique avec notamment la fragilité des services publics de santé, pandémie qui «provoque déjà des perturbations considérables» (page 22). 

On observe notamment une aggravation du sort des plus vulnérables et des plus démunis (qui étaient déjà précarisés avant la crise), une multiplication des emplois informels, une dégradation des conditions de vie et de travail en général (emploi, logement, éducation, accès aux services de base, protection sociale),une accentuation de la pauvreté de larges couches de la population, l’impact psychologique exacerbé, le manque d’alternatives aux jeunes qui risquent d’après cette vision, de voir amplifier le potentiel migratoire vers l’UE et le renforcement de la détermination des candidats à l’émigration coûte que coûte. Toujours selon cette approche, l’Europe forteresse doit se protéger encore plus en faisant appel à un large éventail d’outils d’action, en prenant une série de mesures clés et en établissant tout un dispositif législatif. 

L’externalisation est un des processus mis en œuvre dans les politiques européennes, permettant à l’UE de sous-traiter le contrôle de ses frontières extérieures et de leur en imposer la responsabilité. Ce processus d’externalisation vise essentiellement à garder les personnes migrantes et demandeuses d’asile dans leurs pays d’origine ou de transit, peu regardants vis à vis des droits humains, loin des frontières de l’UE. Son objectif fondamental est de s’opposer à ce que les personnes migrantes et demandeuses d’asile n’atteignent le territoire de l’UE. 

De ce fait, le nouveau Pacte prévoit une approche globale, regroupant les politiques dans les domaines notamment de la migration, de l’asile, de la gestion des frontières et du partenariat sécuritaire avec les pays-tiers, combinant pressions, conditionnalités et mesures d’incitations. Pour fonctionner, ce pacte a un besoin vital de l’adhésion des pays limitrophes. « Les dimensions intérieure et extérieure de la migration sont indissociables : une collaboration étroite avec les pays partenaires a une incidence directe sur l’efficacité des politiques menées au sein de l’Union », peut-on lire dès la page 2. 

La page 21 du document explicite la préoccupation de la Commission européenne : « Les voisins de l’UE constituent une priorité particulière», en raison notamment de «l’importance cruciale des relations avec les pays d’Afrique du Nord ».Dans cet esprit, «L’UE renforcera sa coopération avec les pays d’origine et de transit afin d’empêcher les voyages dangereux et les traversées irrégulières, notamment au moyen de partenariats chargés de lutter contre le trafic de migrants, conclus sur mesure avec des pays-tiers»(p.16). Dans le même esprit, « un système commun de l’UE en matière de retour est nécessaire combinant des structures plus solides au sein de l’UE avec une coopération efficace avec les pays-tiers pour ce qui est des retours et des réadmissions » (p.9). 

Dans cette perspective ultra sécuritaire et ce contexte politique, on peut d’abord se poser la question de savoir pourquoi la Commission européenne a estimé nécessaire d’élaborer un nouveau pacte européen sur la migration et l’asile alors qu’il y’a à peine 2 ans (10 décembre 2018), était adopté à Marrakech le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, qui est un pacte mondial de l’Organisation des Nations Unies, visant à « couvrir toutes les dimensions de la migration internationale ». De même, le 17 décembre 2018, l’Assemblée générale de l’ONU a approuvé le Pacte mondial sur les réfugiés qui « traduit la volonté politique et l’ambition de la communauté internationale dans son ensemble de renforcer la coopération et la solidarité avec les réfugiés et les pays d’accueil affectés ». 

DEMAIN : V - Continuité du Pacte Mondial de Marrakech




 
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