XII - Mobiliser politiquement en Europe et dans les pays du Sud 
Pour contrer ce projet régressif de Pacte européen sur la migration et l’asile, les forces de progrès en Europe doivent se mobiliser : partis politiques, mouvements syndicaux, ONGs de défense des droits humains, associations de protection des droits des migrants, y compris la société civile africaine et maghrébine en particulier, immigrée en Europe. Des actions de sensibilisation, de lobbying et de plaidoyer sont à entreprendre auprès des médias, des membres du Conseil de l’Europe, de toutes les autres institutions européennes comme le Conseil économique, social et environnemental européen, le Conseil des Régions mais surtout le Parlement européen, toutes sensibilités confondues, ainsi que les parlementaires nationaux des divers États membres de l’UE.

Dans cet esprit, dans une lettre ouverte aux députés européens sur le Pacte européen sur l’immigration et l’asile, la Plateforme Euro-Marocaine Migration, Développement, Citoyenneté et Démocratie (Amsterdam, 19 novembre 2020), relève notamment le fait suivant : « Le Nouveau Pacte a pour objectif de mettre en pratique le concept de «Migration choisie-Migration jetable». La course mondiale pour attirer les compétences compromet définitivement toutes les chances de développement dans les pays pauvres et freine l’avènement des États de droit, tout en remettant en cause les projets de démocratisation des pays du Sud. » 

À notre sens, l’Union européenne devrait être appelée notamment à : 
  • éliminer sa persistance d’une focalisation sur les aspects sécuritaires et la tendance générale à ramener le dossier migratoire à la question de la lutte contre la migration irrégulière. 
  • reconnaître l’apport des immigrés au niveau démographique, du développement économique (marché de l’emploi, espace économique), scientifique, technologique, social, culturel, artistique, sportif etc des pays d’accueil; 
  • respecter ses engagements relatifs au respect des droits humains ; 
  • reconnaître l’islamophobie comme une forme spécifique de racisme et de discrimination, avec l’adoption des dispositions légales et juridiques en vue de soutenir les victimes et de punir les auteurs des crimes ; 
  • entreprendre un changement radical des politiques migratoires ; migratoires pour une réelle solidarité, non pas sécuritaire entre États, mais une solidarité fondée sur la protection des personnes migrantes ou demandeuses d’asile ; 
  • adopter une approche à la migration et à l’asile qui soit humaine et axée sur les droits, en garantissant une véritable responsabilisation pour les violations des droits humains, y compris la violation du principe de non-refoulement ; 
  • prendre par les États membres de l’UE, un engagement contraignant en faveur d’une répartition équitable des demandeurs d’asile. 
  • inciter les États membres de l’UE à adhérer à la Convention internationale pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille ; 
  • intervenir pour revoir l’article 1A2 de la Convention de Genève sur le statut des réfugiés pour inclure de nouvelles raisons de persécutions comme les pandémies, les catastrophes naturelles ; 
  • éviter de rendre l’aide aux pays partenaires conditionnelle à leur coopération avec les exigences de l’UE relatives aux retours, aux réadmissions ou à la gestion des frontières ; 
  • interdire l’utilisation de fonds de l’UE à des fins allant à l’encontre du droit international concernant les droits humains. 
La mobilisation contre le nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile devrait se faire également dans les pays du Sud, au Maghreb en particulier et plus généralement en Afrique, dans la mesure où c’est le continent le plus concerné par les mesures draconiennes prévues par le nouveau Pacte européen, alimentées notamment par les fantasmes de la rhétorique sur le «grand remplacement » ! Là aussi, le travail de lobbying et de plaidoyer devrait concerner chaque gouvernement africain, parlement national ainsi que le parlement africain pour inciter tous les États concernés à refuser d’adhérer à l’esprit de ce Pacte, au partenariat sécuritaire qu’il veut instaurer, voir renforcer en multipliant les accords de réadmission avec les États membres de l’Union européenne ou avec l’UE elle -même, en contrepartie de «carottes » (visas, aide financière) pour jouer au rôle de supplétif de l’Europe en participant à l’externalisation des frontières de celle-ci, en adoptant des législations sur la migration et l’asile qui correspondent aux intérêts de l’UE pour en fin de compte, protéger celle-ci de l’afflux des «sudistes ». 

Dans cet esprit, la Déclaration en date du 3 novembre 2020 de l’Observatoire Maghrébin des Migrations, émanation du Forum Social Maghrébin, estime que « loin d’engager un changement des politiques migratoires européennes, vers le respect des droits des migrants et demandeurs d’asile, le nouveau pacte européen migration et asile renforce le choix sécuritaire pour empêcher les arrivées aux frontières pour organiser un tri parmi les personnes qui aurait réussi à surmonter les périples mortuaires pour atteindre le territoire européen, entre celles considérées éligibles à la demande d’asile et toutes les autres qui devraient être expulsées » 

Pour les acteurs syndicaux qui doivent participer à cette mobilisation générale, il s’agit de privilégier les structures à vocation continentale qui sont au nombre de deux : l’Organisation de l’unité syndicale africaine (OUSA) et l’Organisation régionale africaine de la Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique), qui regroupe une centaine de centrales syndicales affiliées dans 51 pays. À côté de ces deux entités, on pourrait retenir pour des raisons de présence sur le terrain, le Réseau syndical migrations méditerranéennes subsahariennes (RSMMS) qui regroupe une trentaine d’organisations syndicales d’Afrique du Nord, Australe, de l’Ouest et d’Europe. Le Maroc est représenté par l’Union Marocaine du Travail (UMT) et la Confédération Démocratique du Travail (CDT) auxquelles il conviendrait d’ajouter l’Organisation Démocratique du Travail (ODT) qui a créé en 2012 l’Organisation démocratique des travailleurs migrants au Maroc (ODT-I), premier syndicat des migrants au Maroc composé des africains en général, des asiatiques et arabes syriens en particulier pour défendre et faire valoir leurs droits fondamentaux, conformément notamment aux accords internationaux pertinents. 

DEMAIN : XIII- Un rôle spécifique à jouer par le Maroc et l’Union Africaine



 
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