I- Introduction 
Ambitionnant de réformer la politique migratoire de l’Union européenne (UE) en l’harmonisant et la rationalisant, après plusieurs années d’atermoiements européens depuis la crise des réfugiés, ouverte avec l’arrivée irrégulière d’un million de personnes sur les côtes européennes en 2015, la Commission européenne a rendu public le 23 septembre 2020, le projet très attendu d’un nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, sous forme d’un «paquet » de quelques 500 pages (une communication, cinq propositions de règlements, trois recommandations et différents textes contenant des lignes directrices), adressé aux autres institutions de l’UE (Parlement européen, Conseil européen, Comité économique et social européen et Comité des régions) pour son adoption. . 

Constituant en quelque sorte le chapeau du Pacte, on se focalisera ici un peu plus sur la «communication de la Commission européenne relative à un nouveau Pacte de l’UE sur la migration et l’asile »(COM-2020-609 final), avec en annexe, la feuille de route relative à sa mise en œuvre. Notre lecture critique tiendra compte aussi du débat mené jusqu’ici, reflété par une partie de la bibliographie jointe à la présente contribution. 

Ce nouveau cadre pour l’action qui couvre aussi la rive sud de la Méditerranée dans son ensemble, y compris l’Afrique subsaharienne, nous interpelle également au Maroc pour deux raisons. La première renvoie à des relations migratoires euro-marocaines étroites, avec une présence en Europe de quelques 84% de la communauté marocaine résidant à l ‘étranger, évaluée au total à près de six millions de personnes. La seconde raison est liée à certaines «accointances » intellectuelles et convergences entre certaines mesures liées à ce nouveau Pacte et les positions défendues par certains responsables institutionnels marocains. 

Il s’agit en particulier de ceux du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) et de l’Agence nationale de l’emploi et des compétences (ANAPEC) comme on le verra plus loin à partir du volet VII, concernant une des thématiques centrales du nouveau Pacte et nullement «mineure» pour l’UE, à savoir la nécessité pour celle-ci de capter, de drainer et d’attirer en son sein, par le biais de partenariats spécifiques, les talents et travailleurs hautement qualifiés des pays-tiers, dont ceux du Maroc, pour assurer une adéquation entre main-d’œuvre qualifiée et besoins de hautes compétences dans l’Union. 

La première étape annoncée de ce projet de l’exécutif européen, a été le lancement de sa discussion fin 2020 pour entériner cette nouvelle politique migratoire commune par le Conseil européen d’une part, le Parlement européen d’autre part, pour parvenir à un compromis politique sur ce sujet entre l’ensemble des États membres de l’UE, avec ce que cela exige comme adoption d’actes législatifs nécessaires. Le dernier pacte européen en la matière, date de la mi-octobre 2008. Comme ce dernier, le nouveau Pacte est un projet d’accord politique qui s’inscrit dans le cadre de l’évolution de la politique migratoire de l’UE, mais avec cette fois-ci sur la table, des réformes juridiques également en la matière qui devraient, après l’accord obtenu par le Parlement européen et les parlements nationaux des pays membres de l’UE, rentrer en application à partir de 2022. 

Notre analyse critique qui concernera aussi le débat au Maroc sur la « chasse aux têtes » ou drainage des cerveaux notamment par l’Union européenne , dossier intimement lié maintenant au nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, sera déployée à travers treize autres volets suivants, la présente introduction constituant le premier : 

II - Le nouveau Pacte européen en substance. 
III - L’obsession de la réadmission par l’UE. 
IV - Complaisance envers les populiste et craintes de la montée des «Sudistes ». 
V - Continuité du Pacte Mondial de Marrakech. 
VI - Immigration jetable et immigration choisie. 
VII - Analyses déconcertantes du président du CCME et du directeur de l’ANAPEC. 
VIII - Former plus de cadres au Maroc pour en exporter plus !? 
IX - Export-import de matière grise par le Maroc 
X - Prêter attention aux non-compétences et au retour des talents marocains expatriés 
XI - Des compétences marocaines, citoyennes d’abord ! 
XII -Mobiliser politiquement en Europe et dans les pays du Sud. 
XIII - Un rôle spécifique à jouer par le Maroc et l’Union Africaine. 
XIV - Quelques autres priorités marocaines, suivies d’une bibliographie succincte. 

Chacun des treize volets précédents fera l’objet d’une édition, soit avec la présente introduction, quatorze éditions. 

DEMAIN : II - Le nouveau Pacte européen en substance


 
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