X - Prêter attention aux non-compétences et au retour des talents marocain expatriés.
Il est vrai que de plus en plus, en raison de l’avènement des nouvelles générations de la diversité dans les pays de séjour, l’existence de compétences et de talents divers, imprime la structure et la composition de la communauté marocaine établie à l’étranger. Mais celle-ci continue à comprendre des couches non qualifiées, vulnérables et précarisés, que la crise du Covid-19 ne fait que renforcer et qui ont besoin d’une attention particulière au niveau des politiques migratoires marocaines, alors qu’au niveau du nouveau Pacte, elles sont considérées comme l’immigration jetable. Par ailleurs, le retour définitif des compétences et talents marocains, doit être pleinement assumé par les pouvoirs publics au Maroc. C’est l’objet de la présente édition. 

* Prêter également attention aux catégories autres que les compétences et les talents marocains expatriés 
Prendre en considération l’existence d’un potentiel de plus en plus large et diversifié de talents et de cadres marocains hautement qualifiés dans les pays d’accueil européens (y compris au féminin), ne doit pas faire passer sous silence le maintien particulièrement mais non exclusivement dans les nouveaux pays d’immigration, tels l’Espagne et l’Italie, ainsi que dans les pays arabes et les pays africains subsahariens, de larges franges de la communauté marocaine non formée et en situation de précarité, dont la vulnérabilité se creuse d’ailleurs avec l’impact de la Covid-19. En effet, la composition de l’immigration marocaine dans les nouveaux pays de destination tels que l’Espagne et l’Italie, rappelle la première génération de travailleurs non qualifiés, les «TME» qui s’étaient installés particulièrement en France, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas durant les «trente glorieuses », jouant le rôle de « soutiers » de l’expansion. 

Un soutier, en langage maritime, est un matelot chargé à bord d’un vapeur, de transporter le charbon des soutes aux chaudières. Ce terme illustre bien la fonction des travailleurs immigrés marocains dans les pays importateurs de main-d’œuvre durant cette période-là, à savoir assurer des travaux de force ingrats, durs, rebutants, malsains, ne nécessitant aucune formation particulière, mais permettant de faire sauter des goulot d’étranglement et de faire fonctionner l’économie, et d’économiser les dépenses d’investissement, quitte à se débarrasser d’eux quand ils sont épuisés, ou bien qu’on n’a plus besoin de leurs muscles. 

Voilà pourquoi, et du fait que de larges franges de cette communauté n’ont pas la nationalité du pays d’accueil (contrairement aux anciens pays d’installation), une politique de protection et d’élargissement des droits de ces catégories par les pouvoirs publics marocains, en relation avec les autorités des pays de séjour, reste un impératif, par le biais notamment de la dynamisation de la diplomatie sociale. En matière de protection et de promotion des droits de l’homme des immigrés marocains dans ces pays, les priorités se déclinent en particulier dans les domaines suivants : 
  • Sauvegarde de la sécurité et de la dignité des immigrés, notamment les saisonnières marocaines des fraises en Espagne. 
  • Lutte indispensable et effective contre le racisme, la xénophobie, la haine de l’islam. 
  • Libéraliser la délivrance des visas permettant notamment les visites familiales. 
  • Protection de l’identité culturelle et religieuse, sachant que là aussi, la responsabilité de la situation incombe également à la partie marocaine. 
  • Amélioration des conditions de vie, de travail et de séjour. 
  • Décriminaliser l’immigration et reconnaître son apport. 
  • Régularisation des personnes en situation précaire ou irrégulière. 
  • Mise à niveau des accords de sécurité sociale, en évitant à tout jamais les reculs et remises en cause d’un certain nombre de droits, comme le Maroc l’a fait officiellement ces dernières années avec les Pays-Bas. 
  • Révision de bien d’autres accords bilatéraux concernant les Marocains résidant à l’étranger qui se caractérisent par leur vétusté et leur non-adaptation aux contextes actuels. 
* Lever le tabou sur les retours définitifs au Maroc des compétences 
La question se pose aussi bien pour les personnes hautement qualifiés parties du Maroc vers l’étranger, que du non-retour des compétences marocaines établies à l’étranger. Dans cette esprit, le retour définitif au Maroc de ces compétences expatriées, doit être entièrement et explicitement reconnu, assumé et pris en charge par tous les départements concernés. En effet, chez certains gestionnaires du dossier «MRE» (influencés par des analyses dominantes) ainsi que chez des responsables du CCME, on relève une nette forme d’allergie au retour définitif et à la réinsertion des compétences, en leur préférant le retour de manière momentanée ou sous forme d’intervention à distance. 

Dans l’étude de l’OIM et du ministère chargé de la communauté marocaine à l’étranger, intitulée « Mobilisation des compétences MRE pour le débat développement du Maroc. Éléments d’une stratégie » (Rabat, 2009, il est dit en effet : « les relations avec les pays d’accueil devraient prendre un tour nouveau. La politique de mobilisation des compétences ne devrait pas être perçue dans un sens conflictuel. La finalité et les moyens de cette politique doivent être clairement et concrètement présentés aux migrants qualifiés. Sur le point précis de la compétence MRE au service des chantiers du pays, elle doit être conçue comme une offre d’expertise et non de retour » 

Cela veut dire que l’appartenance de ces compétences (également au Maroc) est déjà tranchée en faveur des pays d’accueil essentiellement européens (où elles ont la binationalité), en concevant l’approche dans le cadre de la migration circulaire pour que, après un séjour momentané, le retour soit fait vers les pays développés, afin que ces derniers ne perdent pas ces compétences. 

DEMAIN : XI - Des compétences marocaines, citoyennes d’abord !



 
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