17 - Revoir la configuration du dossier migratoire dans son ensemble au niveau de l’architecture du gouvernement. 

Il s’agit de redonner de la visibilité au secteur «Affaires de là Migrations » qui a disparu de l’architecture gouvernementale depuis le gouvernement El Othmani II. De même, il n’y’a pas de visibilité pour le département délégué chargé des MRE, la ministre déléguée concernée, étant pratiquement dépouillée des principales attributions et prérogatives et le dossier MRE pratiquement dilué entre plusieurs directions du ministère des Affaires étrangères, en attendant visiblement la dissolution du ministère délégué 

18 - Mettre en place un Observatoire National des Migrations efficient. 
Connaître pour agir vaut aussi pour le domaine migratoire. Les politiques migratoires exigent une demande d’expertise et de connaissance fouillée de plus en plus forte. L’ observatoire doit prendre en considération non seulement l’immigration étrangère au Maroc, mais aussi l’émigration du Maroc vers l’étranger (nationaux et étrangers) et la communauté marocaine établie à l’extérieur des frontières nationales. Par ailleurs, il ne peut y avoir à Rabat l’Observatoire Africain des Migrations sous l’égide de l’Union Africaine, sans qu’il n’y ait cet observatoire national. L’implication en particulier des chercheurs sur une base multidimensionnelle, devrait se faire avec une démarche plurielle et ouverte. 

19 - Élargir et dynamiser la Commission interministérielle chargée des MRE et des Affaires de la Migration. 
Présidée par le Chef du gouvernement, cette commission devrait être élargie notamment aux syndicats les plus représentatifs, à la CGEM (Région 13), à la CNSS, à la Douane, à la Direction générale de la sûreté nationale, aux chercheurs, d’autant plus que la commission interministérielle peut élaborer des rapports globaux ou thématiques dans le domaine migratoire, l’action concrète et la préparation des décisions à prendre, nécessitant par ailleurs le recours à la connaissance et à la recherche scientifique. Il peut y avoir aussi la mise en place de groupes thématiques. Nécessité enfin de respecter et d’augmenter la fréquence des réunions pour assurer un meilleur suivi, renforcer la coordination et les arbitrages, anticiper dans un domaine en évolution très rapide....Les réunions sont limitées jusqu’ici à 2 par an, mais «zappées » à titre d’exemples en décembre 2017, décembre 2018 et décembre 2019 s’agissant du volet « affaires de la migration », alors que le dossier est normalement politiquement prioritaire, en raison notamment des responsabilités du Maroc à l’échelle de l’UA dans le domaine migratoire et de l’image positive qu’ont eu, aussi bien au niveau interne qu’à l’échelle externe, le lancement et les premières réalisations de la «Nouvelle Politique Migratoire du Maroc ». 

20 - Prévoir une session spéciale au niveau de chaque chambre du parlement pour adopter toutes les lois concernant le dossier migratoire marocain dans son ensemble, mises en relief dans cette contribution citoyenne. 
Cette initiative suppose la mise en place d’un plan législatif spécial entre le gouvernement et le bureau de chacune des deux chambres du parlement, en impliquant la société civile MRE, la société civile locale, les ONG de migrants au Maroc. 

21 - Organiser un colloque national sur la question migratoire dans son ensemble avec l’objectif de tirer un certain nombre d’enseignements pratiques d’une analyse du statut, de la place, du rôle et de la fonction des deux volets migratoires pour le Maroc. 

22 - Tirer de l’Agenda Africain des Migrations, tous les enseignements en matière de politiques migratoires marocaines. 
Sous l’égide de l’union Africaine, l’Agenda Africain sur la Migration, soumis par Sa Majesté le roi Mohammed VI touche et vise tous les pays membres, y compris de notre point de vue le Maroc. On ne peut en effet proposer une feuille de route ou une ligne de conduite au plan migratoire au niveau africain, sans l’appliquer à soi-même. Mais le Maroc est concerné à un autre titre. 

En tant que pays qui a un fort engagement au sein de l’UA dans le domaine migratoire et dont le Roi est Leader de l’UA en ce domaine, le Maroc attire nécessairement sur lui l’attention pour tout ce qui a trait aux politiques marocaines en la matière au sens large (immigration étrangère au Maroc et Marocains résidant à l’étranger), à ses relations migratoires avec l’extérieur, principalement l’Union Européenne mais pas que, à l’arsenal juridique et réglementaire, à l’inclusion de la migration dans les politiques de développement, aux institutions dédiées spécifiquement ou en bonne partie aux migrations et à leur gouvernance. À ce titre, il doit bien entendu donner l’exemple à tous les pays africains en matière de bonnes pratiques concernant ce dossier. Il s’agit par conséquent pour tous les décideurs et les gestionnaires du dossier migratoire marocain, de s’approprier le contenu, la démarche et l’esprit de l’Agenda Africain sur la Migration pour en tirer tous les enseignements pratiques et procéder aux réformes nécessaires. 

23 - Organiser par la CSDM une confrontation et un débat d’idées entre des contributeurs (ou des décideurs-gestionnaires) autour de points importants autour desquels il y’a des constats différents, l’énoncé de faits divergents ou bien des visions totalement opposées. 

À titre d’exemples, à partir de cette contribution
  • Y’a t’il oui ou non à l’heure actuelle une Stratégie nationale globale, cohérente et intégrée en matière de MRE ? (le ministère chargé des MRE dit oui, en tant que chercheur, je suis prêt à démontrer le contraire) 
  • La participation politique et représentation parlementaire des citoyens MRE à partir des pays de résidence est-elle faisable et viable ? (Jusqu’à présent, pour justifier la non-participation, on a invoqué notamment le manque de temps, les difficultés matérielles et logistiques pour organiser ce genre d’élections à l’étranger. Le ministère chargé du dossier, peut-il montrer quels sont les efforts entrepris jusqu’à présent, et en quoi ces obstacles sont insurmontables ? La vision des citoyens MRE en tant que «danger » est-elle fondée, au point de justifier cette exclusion citoyenne des MRE? Par ailleurs, le président du CCME peut-il montrer le bien-fondé des questions et interrogations qu’il a posées dans l’interview à «BAB » pour justifier la non-participation et en quoi celle-ci n’est absolument pas possible? 
  • Par rapport à la gouvernance liée au dossier «Affaires de la Migration » et même à celui des MRE, le département concerné affirme que rien n’a changé par rapport au dernier gouvernement. La pratique réelle ne montre-t-elle pas le contraire ? 
Rabat, le 18 novembre 2020 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 

DEMAIN : (8/8) POUR CONCLURE : LA CITOYENNETÉ D’ABORD !


 
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