Les migrations internationales, une chance pour le développement, estiment les participants à un dialogue informel de l’Assemblée générale lors d'une réunion plénière. ci-dessous, l'intervention de feu Abdelhamid El Jamri, Président du Comité UN sur les travailleurs migrants, Membre du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger et Président du Groupe de Travail sur les politiques publiques.

Monsieur le Président, 
Monsieur le secrétaire général des NU, 
Excellences, 
Mesdames et Messieurs, 
Chers Collègues, 

Je suis très honoré d’être parmi vous aujourd’hui, pour contribuer au débat de haut niveau, lancé par les Nations Unies en 2006 sur Migration et développement et qui va reprendre en 2013. 

Mon intervention, va porter, si vous voulez bien Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général, sur la synergie entre migration et développement. 

Permettez-moi tout d’abord, Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général des NU, de commencer mon intervention par une question et un constat. 

La question : la quasi-totalité des débats sur la thématique migratoire aux nations Unies, se fait de façon informelle. Quand est ce que ce débat aura lieu de façon formelle et permanente au sein des Nations Unies ? 

Le Constat : le débat sur la migration s’est intensifié ces dernières années. Plusieurs grands évènements ont concerné ce dé bat. Notamment l’entrée en vigueur de la CMW en 2003, la Commission Globale sur migration et développement, le FGMD, l’initiative de Berne… Je pense, et nous l’avons bien vue lors du FGMD de Puerto Vallarte en novembre dernier, que nous tous, je parle des principaux acteurs mondiaux, au même niveau d’information, de compréhension et de connaissance des concepts migrations et développement. Et nous sommes tous d’accord pour que les droits de l’homme des migrants doivent guider toutes nos politiques de gouvernance de la migration au niveau international. J’appelle maintenant, les différents acteurs à passer à un niveau supérieur qui concerne l’élaboration et la mise en place de dispositifs internationaux de gouvernance de la migration, basées sur la protection et la sécurisation de la migration. 

Les migrants entretiennent des liens forts avec leur pays d'origine. La relation du migrant avec son pays d'origine relève souvent d'un 'contrat migratoire' entre lui et sa famille. En partant, il est aidé même financièrement par sa famille pour pouvoir partir. En contrepartie, il s'engage à l'égard de ses proches. Depuis son départ, l'immigrant joue un rôle de coopération économique, sociale et culturel entre son pays d'accueil et son pays d'origine. 

Le rôle important joué par les migrations n'est pas assez reconnu dans les partenariats établis entre les pays d’origine et les pays d’accueil. Il est nécessaire de reconnaître ce rôle et il est nécessaire de mettre en œuvre des programmes en faveur d'un meilleur être des migrants dans les pays d’accueil. Souvent, l'approche des migrations est liée à des questions légales et de sécurité et non pas à la richesse sociale, culturelle et économiques des migrations et sur le rôle qu'elles peuvent jouer dans le domaine de la coopération et le développement. 

Aujourd’hui, le rôle et les potentialités des migrants sont loin d’être pris en compte dans les différents partenariats internationaux. Il n’existe pas de programme suffisamment élaboré qui permette aux immigrés de contribuer au processus de développement et des échanges. Les politiques migratoires actuelles n’ont pour objectif que de réduire les flux migratoires. 

Les transferts (financiers, sociaux et culturels) opérés par les immigrés vers le pays d'origine sont considérables. Qu'ils s'agissent d'immigrés du Sud vers le Nord ou d'immigrés du Sud vers le Sud, le volume des transferts financiers en devises, représente la première ou la deuxième ressource de financement pour certains pays d'origine. Dans ces pays d'origine, l'immigration devient un élément essentiel de leur politique économique. Cette capacité des immigrés en tant qu'acteurs du développement n'est pas assez reconnue dans le pays d'origine ni d'ailleurs dans le pays d'accueil en tant qu'agents économ iques actifs impliqués dans l'activité collective de production et de développement. Les transferts financiers se font soit par le biais de banques, poste et autres établissements financiers, soit par le biais d'un ensemble de systèmes qui se développent de façons différentes. Le développement, des établissements de transferts rapides hors banques témoignent de l'importance des transferts effectués. Ces établissements axent même leur communication publicitaire sur les immigrés. 

A ces transferts financiers, s'ajoute le transfert de biens. Ce sont souvent des transferts en nature qu'il ne faudrait pas négliger. Ils sont complémentaires aux transferts de fonds. Ces biens transférés peuvent être utilisés pour une consommation privée (équipement d'un logement, transport…) comme ils peuvent être utilisés pour une création d'activité et d'emploi. Souvent ces envois de biens permettent d'alimenter un marché local en pénurie. 

De plus en plus de migrants actuellement, mettent en place des projets, soit de construction d'une maison, d'investissement dans l'économie formelle ou informelle et pour certains d'entre eux, ils choisissent de retourner s'installer dans le pays d'origine après une période d'émigration de longue ou de courte durée. A ces occasions , de nouveaux transferts s'opèrent, transfert de compétences, de savoir faire en matière d'organisation et de métiers, transfert de technologies . Ces compétences et ces savoir-faire rendent souvent les projets initiés plus rentables et plus viables et mieux entourés par des partenaires financiers et économiques. 

A ces différents transferts, il faut ajouter l'incontournable transfert culturel. Facteur d'enrichissement du pays d'accueil et du pays d'origine. Ce transfert peut porter aussi sur le transfert de valeurs humaines, valeurs démocratiques, valeurs de droits humains et d'égalité, valeur sociales : égalité entre hommes et femmes, droit à l'éducation pour tous… 

A ces transferts effectués de façon individuelle, on observe aujourd'hui, des transferts collectifs. Beaucoup d'immigrés se mettent en associations et lancent des projets plus importants qui peuvent être strictement privés ou qui visent l'amélioration d'un bien ou d'un service collectif : développement et amélioration de l'infrastructure d'un village : route, électrification, école… 

Pour mesurer l'impact des relations économiques de l'immigré avec son pays d'origine et son développement, on peut distinguer le transfert productif du transfert le transfert non productif, ce dernier étant destiné à une consommation finale. On peut dire que seul le transfert productif a un impact sur le développement du pays. Mais en même temps, quand il s'agit de consommation pour la santé ou pour l'éducation, cette consommation devient un investissement sur l'homme, sur le capital humain. L'aide financière de l'immigré apporte souvent une réponse au manque ou à l'insuffisance du système scolaire ou de la sécurité sociale. En permettant à des citoyens de s'éduquer et d'avoir accès à une meilleure santé, ces derniers joueront mieux leur rôle dans le développement. 

Quand les immigrés ou les associations d'immigrés investissent dans des projets privés ou publics, ils permettent ainsi à leur région, à leur ville ou village d'accéder à de nouveaux services financés par un argent qui se substitue au crédit et à d'autres financements auxquels les régions pauvres n'ont pas accès. 

L'impact de la participation au développement des migrants est encore plus visible quand il s'agit d'intervention massive dans une région. Les associations ont compris la nécessité de se fédérer pour se doter de capacité d'intervention à plus grande échelle. 

Les migrants, sont des partenaires privilégiés et particuliers pour asseoir de nouvelles dynamiques politiques et sociales. Les immigrés doivent être acteurs du partenariat entre les pays d’origine et ceux d’accueil. Ils représentent un potentiel important dans ce partenariat, au niveau économique, par l’importance des échanges financiers et commerciaux qu’ils effectuent ; au niveau culturel, par la richesse de la culture dans les différents pays et par le rôle qu’ils jouent dans les échanges culturels ; au niveau social, par leur implication dans des réseaux sociaux et les liens qu’ils maintiennent avec les pays d’origine… 

La mise en place de programmes qui tiendraient compte et permettraient à ces potentialités de s’exprimer et de s’épanouir, aura des conséquences, non seulement sur le développement des pays d’origine, mais aussi une meilleure intégration dans les pays d’accueil. Une nouvelle politique migratoire, au nord comme au sud, basée sur les droits humains fondamentaux, sur un compromis relatif à la circulation des hommes et des femmes, favoriserait l’avancement du partenariat et le recul du racisme, de la discrimination et de l’immigration irrégulière. 

D'un point de vue analyse, trois approches peuvent structurer le lien entre migration et développement : 

1. Une approche macro-économique, qui vise à cerner la nature des échanges entre pays d'accueil et pays d'origine. Cette approche vise aussi de cerner l'impact des migrations sur les sociétés à la fois d'origine et d'accueil; 
2. L'analyse des stratégies et des logiques des acteurs sur le terrain : modalités d'intervention directe sur le terrain; 
3. L'analyse des politiques publiques et de l'interaction entre les acteurs et les Etats, que ce soit d'origine ou d'accueil. 

D'un point de vue politiques migratoires et partenariales, plusieurs actions sont possibles, en complément de tout ce qui peut être revendiqué en général concernant l'immigration. Il faut : 

¨ La mise en place de programmes qui tiendraient compte et permettraient aux potentialités de l'immigration de s'exprimer et s'épanouir, pour que celles-ci puissent aussi contribuer au développement des pays d'origine. 
¨ Séparer la problématique des migrations de la problématique du développement. Le co-développement est une dynamique de coopération, d'échanges et de partenariat entre les différents pays, mais n'est en aucun cas une solution à la question des migrations. 
¨ Favoriser les dynamiques de solidarité et de coopération entre les ONG de Migrants en Europe et la société civile dans le sud de la Méditerranée, 
¨ Reconnaître et faire participer les organisations et les experts issus de l'immigration dans l'élaboration et la mise en œuvre des programmes de coopération, d'échanges et de développement, 
¨ Favoriser et soutenir la création de réseaux MigrationsDéveloppement qui permettraient à différents acteurs de la société civile d'échanger et de collaborer dans différents domaines. 
¨ Se pencher réellement sur les difficultés que vivent les migrants aujourd’hui par rapport aux possibilités de monter des projets dans le pays d’origine, sans perte du droit de réinstallation à nouveau dans le pays d’accueil, par rapport à la protection social, à la traçabilité des droits leur transferabilité, par rapport à l’équivalence des diplômes et par rapport aux droits de protection de façon générale. 

Voilà Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies, quelques éléments de réflexion sur la synergie entre migration et développement et je reste à la disposition de l’Assemblée pour échanger et aboutir à des propositions. 

Je vous remercie de votre attention. 







 
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