Le Matin : Que pensez-vous du programme FINCOME ? 
Abdelhamid El Jamri : C'est un projet très utile, qui en est à son début. J'espère qu'il ne sera pas arrêté pour des raisons politiques, vu les changements que connaîtra bientôt le Maroc. J'ai contribué depuis le départ à ce projet de par mes activités au niveau de la société civile en Europe. 

Quelle est la nouveauté de ce programme ? 
Je pense qu'il marque une rupture avec le temps où le Maroc n'avait pas besoin de toutes ses compétences en raison de la faiblesse de la croissance et de la rareté des projets de développement… Aujourd'hui, la situation a changé. Avec tous les chantiers de développement qui existent, on est confronté à des problèmes de ressources humaines au niveau du développement social, de l'industrie, de l'audiovisuel et de l'informatique, alors que le Maroc est connu pour ses informaticiens. 

Le pays s'est trouvé dans le besoin de profiter d'une partie des compétences de ses migrants à l'étranger. D'autre part, la politique marocaine est en train de changer. Elle accorde plus de considération aux MRE. Auparavant, ce qui intéressait le Maroc, c'était principalement leurs transferts financiers, alors qu'actuellement, il est en train de découvrir une nouvelle richesse de cette migration, qui est importante au niveau de la culture et de la participation politique. 

Beaucoup de migrants on vécu dans des pays démocratiques. Ils se sont imprégnés de la démocratie, ce qui constitue également un apport et une compétence en plus des capacités techniques. 

Pensez-vous que le FINCOME accompagne l'évolution du concept d'émigration ? 
L'émigration marocaine est passée d'un stade où elle était ouvrière à celui où elle est représentative de toutes les classes sociales, aussi bien dans le pays d'accueil que celui d'origine. A côté des ouvriers, on y trouve des cadres de haut niveau, des scientifiques, des chefs d'entreprises, des politiciens… Le FINCOME peut être un nouvel espace pour ces compétences. Je pense que, tel qu'il est défini dès le départ, il peut être d'un grand intérêt. Mais je crois que les moyens qui sont mis à sa disposition ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. 

De quelle manière peut-on optimiser ce programme et lui donner toutes les chances de réussir ? 
Pour cela, il faudrait qu'il y ait une adhésion de tous. Le FINCOME propose de mettre en relation des compétences pour répondre aux besoins du Maroc. 

Il finance le premier contact et par la suite, il faut que ce contact se pérennise entre l'expertise qui va être apportée de l'étranger et l'entreprise, l'administration ou l'association qui va l'utiliser. Il faut développer d'autres programmes en parallèle, sans perdre de vue la réalité marocaine. 

Malgré tous les chantiers qui sont mis en place, les entreprises marocaines n'utilisent pas tout ce qui relève de la recherche et du développement et ne travaillent pas en collaboration avec des centres de recherche. 

Et le conseil supérieur des Marocains de l'étranger, dans tout ça ? 
Je fais partie du groupe de travail du CCDH qui se penche sur cette question. Après mûre réflexion, il a mis en place un ensemble de consultations à plusieurs niveaux. Le but était d'avoir des éléments en vue de faire une proposition concernant ce conseil supérieur et au-delà de ce conseil, sur ce que serait la politique migratoire marocaine. 

Pour vous, qui êtes très près des MRE, quelles sont les revendications de cette tranche de la population? 
Les MRE ont plusieurs demandes, la principale étant qu'on les considère en tant que citoyens à part entière, ce qui n'était pas le cas avant l'avènement de Sa Majesté le Roi. Aujourd'hui, c'est chose faite. Ils souhaitent que cette reconnaissance se fasse sur la base du rôle qu'ils jouent dans le développement du Maroc de manière directe ou indirecte par les transferts de devises ou autres. 

Il faut également reconnaître qu'ils jouent un rôle très important dans la lutte contre l'exclusion au Maroc, en finançant des projets de développement. Les MRE ont aussi besoin que le gouvernement marocain les accompagne pour résoudre un certain nombre de problèmes qu'ils ont au niveau de leur pays de résidence, à des degrés différents. Ceux qu'ils rencontrent dans les pays arabes et en Afrique sont les pires. Officiellement, on estime à 3 millions le nombre de Marocains à l'étranger, c'est-àdire 10% de la population. 

Or, ces 10% ne participent pas à la gestion de la chose publique au Maroc, alors qu'ils ont cette aspiration. Ils veulent être actifs de manière directe ou indirecte. Il suffit juste de trouver une formule. C'est ce que fait le CCDH actuellement, à titre consultatif. Il s'inscrit dans une démarche de construction pour installer des mécanismes et des outils pour permettre au migrant de participer.


 
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