Je pense qu’il faudrait placer le résultat de la votation sur « l’initiative anti minarets », dans un contexte beaucoup plus large, pour le comprendre. Bien sûr, la Suisse a peur de l’Islamisme, à tort peut-être. Mais sa grande peur vient de son ouverture actuelle. En effet ces dernières années, la Suisse s’ouvre au Monde, elle est entrée dans l’espace Schengen, elle s’ouvre de plus en plus à l’Europe. Elle s’ouvre aux multinationales par une politique fiscale attrayante, ce qui s’est traduit par l’augmentation vertigineuse des prix des loyers, l’augmentation de la circulation etc. 

L’ouverture vers les pays de l’Est a valu à la Suisse, selon la police suisse, une augmentation importante de la criminalité et d’autres phénomènes. 

En même temps que cette votation sur les minarets, la Suisse vient de voter la nécessité de continuer à s’armer. Le même jour, l'initiative populaire du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), qui réclamait l'arrêt de telles ventes, a été rejetée par 68,2% des votants. Aucun canton ne l'a acceptée. 

Alors, discrimination des minorités, armement, intégration de systèmes sécuritaires européens et internationaux… sonnent-ils le glas de la Suisse que nous connaissons ? Une Suisse neutre, une Suisse multiculturelle, une Suisse qui fait la promotion des droits de l’homme sur les scènes internationales. 

Les minarets, et en ‘‘dessous’’ d’eux les musulmans de Suisse, sont les victimes, sont les boucs émissaires de cette peur que subit la Suisse due à sa mutation et à son ouverture. Dans mon pays d’origine, le Maroc, nous avons un proverbe qui dit « le minaret est tombé, on pend le coiffeur », là, le proverbe serait inversé « la Suisse a peur, on fait tomber le minaret ! ». 

En plus, quand on regarde l’Islam en Suisse. Il est des plus modérés et aussi, des plus laïques. Mais il faut noter que la communauté musulmane suisse est des plus discrètes. Elle est très peu organisée. Les musulmans de suisses étaient les grands absents des débats lors de la campagne de votation sur « l’initiative anti-minarets ». 

Devant une population suisse, influencée par les images négatives qui viennent de l’extérieur, notamment de certains pays musulmans, à l’mage de la fillette (mineur) qui a été condamnée, au moment de la votation, à quarante coups de fouets parce qu’elle avait mis un pantalon ou une jupe dans un pays musulman. Les musulmans suisses ne se distinguent pas assez de ces pratiques et ne les condamnent pas assez. 

Les musulmans de Suisse ne sont pas tous immigrés. Dans leur majorité ce sont des citoyens suisses. Le fait aussi qu’il y ait beaucoup de suisses de souche qui se convertissent à l’islam, fait peur aussi à la Suisse. Nous avons vu beaucoup de témoignages de ces suisses musulmans qui ne se réveillent après la douche froide qu’ils viennent de subir et les fait classer parmi « les minorités » de ce pays depuis la votation. 

Cette votation a suscité beaucoup de réactions. Au-delà de la Suisse, ce résultat, résultat de l’ignorance, risque de donner du grain à moudre aux autres ‘‘ignares’’, qui vont l’utiliser pour mieux défendre leurs positions fondamentalistes. Et en même temps, il désarme ceux qui défendent un islam modéré et laïque en Suisse et en Europe. 

Et maintenant, que faire ? La réponse ne sera pas facile. L’avenir nous le dira. Les autres pays européens s’emparent du débat. Au même moment de la votation en Suisse, on dépose le superbe dôme de la grande mosquée de Strasbourg. Cette votation aura certainement des conséquences, certainement plus symboliques ou de débats, que pratiques. N’oublions pas que les autorités exécutives et les élites politiques, économiques et même religieuses suisses avaient toutes appelé, pour voter contre « l’Initiative anti-minarets ». Le mécanisme d’exécution des votations ne garantit pas que cette votation soit appliquée. 

Mais on peut relativiser la portée de cette votation. D’abord il faut souligner que cette votation ne coûte rien, zéro franc suisse pour les suisses. Les Suisses ont l’habitude de calculer, avec la précision qu’on leur connait, ce que va apporter ou pas chaque votation. Donc le « oui » n’a rien couté aux électeurs. Ils ont voté ‘‘oui’’ parce que ça ne coute rien ; Je pense que c’est comme cela que l’électeur suisse a raisonné au denier moment, dans son isoloir. 

Les villes où il y a une présence musulmane visible, ont rejeté « l’initiative anti minarets ». Ce qui est un point positif pour les musulmans suisses. Là où les musulmans sont présents, il n y a pas de problèmes de cohabitation ou de rejet. Par contre, là où les musulmans ne sont pas visibles, ne sont pas connus, les villes ont voté pour l’initiative. C’est un comportement classique, que nous avons déjà vécu dans d’autres villes européennes, qui n’ont pas beaucoup de migrants sur leurs territoires et qui votent quand même pour l’extrême droite. C’est le sentiment de la peur qui l’emporte. Comme je le disais, pas seulement du musulman mais surtout du positionnement actuel de la Suisse. 

Cette votation aura certainement des retombées sur la Suisse. Plus négatives que positives. Certains pays, notamment musulmans, vont y trouver l’occasion rêvée de développer encore plus leur hostilité à la Suisse. Ce qui peut se traduire aussi, par des boycotts économiques etc. 

Ce qui serait souhaitable, c’est que cette votation, provoque un vrai débat de construction de l’avenir de l’Islam en Suisse. Un Islam modéré, laïque et indépendant de toute liaison étrangère. Ce débat portera sur la place de l’islam, l’organisation des musulmans pour qu’ils ne soient plus les grands absents lors de grands évènements telles que les votations, l’adaptation des signes musulmans à la culture du pays, à ses règles urbanistiques, sa législation. Dans les grands centres urbains, les minarets sont-ils un moyen ou le meilleur moyen d’appeler à la prière aujourd’hui ? 



 
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