Depuis le début des années 2000, le ton employé dans le débat public et politique relatif à la question de l’intégration et des autres questions touchant les minorités ethniques s’est fortement durci aux Pays-Bas. Les communautés musulmanes est plus particulièrement marocaine et turque ont été particulièrement touchées par cette détérioration. 

Alors que le pays accueille environ un million de Musulmans (soit un peu plus de 5% du total de la population néerlandaise), ces derniers font l’objet de stéréotypes, de stigmatisations, parfois même de discours politiques ouvertement racistes. L’Islamophobie, qui a augmenté de manière substantielle, semble s’être normalisé dans la sphère publique (médias, réseaux sociaux … ) et sur la scène politique. Par ailleurs, à l’approche des élections législatives de 2021 aux Pays-Bas, le discours à l’encontre de la communauté musulmane semble s’être polarisé et est alimenté par certaines partis politiques, à l’instar de leur représentant. 

Afin de dénoncer cette situation exogène, Emcemo présente une liste de recommandations pour prévenir, lutter et éradiquer durablement l’Islamophobie. 

Islamophobie, la définition 
“L’Islamophobie est un terme utilisé pour désigner une peur collective, une hostilité sociale, une crainte ou une haine irrationnelle à l’encontre de l’Islam, des Musulmans ou des personnes perçues comme telles. Elle fait référence aux actes de violence et de discrimination verbale, physique et psychologique, ainsi qu’aux discours racistes - souvent alimentés par des abus historiques et des stéréotypes négatifs - qui conduisent à l’exclusion et à la déshumanisation des musulmans et de tous ceux qui sont perçus comme tels. L’Islamophobie peut également être comprise comme le résultat d’une discrimination structurelle. C’est une forme de racisme en ce sens qu’elle est le résultat de la construction sociale d’un groupe en tant que race et à laquelle sont attribués des spécificités et des stéréotypes. 

Comme toutes autres formes de discriminations et de racisme, l’Islamophobie doit être combattue par des mesures juridiques qui soutiennent les victimes et pénalisent les auteurs de tels actes. L’Islamophobie doit également s’inscrire dans un cadre politique et législatif et, des campagnes de sensibilisation contre la haine, des mesures de prévention, de communication et d’éducation doivent être adoptées”. 

Les actes islamophobes peuvent conduire - entre autres - à l’exclusion et à la déshumanisation des Musulmans et de tous ceux qui sont considérés comme tels. 

Les trois manifestations de l’Islamophobie 
  1. Civil : interactions entre les citoyens individuels dans le domaine public et dans le domaine privé. Il peut s’agir d’actes violents et d’expressions de haine et de dégoût. 
  2. Institutionnel : une distinction systématique et hiérarchique entre l’Islam et d’autres philosophies et/ou religions ; entre les Musulmans et/ou les autres citoyens sur la base de leur identité supposée ‘islamique’. On peut penser à la discrimination sur le marché du travail, aux politiques qui affectent les droits civils des Musulmans et à la généralisation des images des Musulmans dans l’éducation. 
  3. Politique : utiliser les musulmans et/ou l’Islam comme instrument de rhétorique politique pour gagner des voix, pour s’opposer à la “surpopulation musulmanes”, pour appeler à la discrimination, à la haine, à l’aversion et à la violence collective. L’occupation organisée des écoles islamiques et les attaques contre les mosquées, avec ou sans désapprobation des partis politiques, en font également partie. 

Les recommandations formulées par EMCEMO pour lutter contre l’Islamophobie : 

1. Sphère publique 
● Lutter contre les discours de la haine, le racisme, la discrimination et l’exclusion dans le débat public, les médias et les réseaux sociaux. 
● Empêcher que le débat public ne donne une image négative et généralisante de l’Islam et des Musulmans. 
● Empêcher les distinctions hiérarchiques entre les différentes expressions religieuses afin que les Musulmans ne soient pas problématisés sur la base de leur religion. Il s’agit notamment d’un groupe extrêmement diversifié. 
● Prendre des mesures contre les agressions physiques et les incitations à la haine et à la discrimination à l’encontre des Musulmans et de leurs institutions religieuses. 
● Favoriser le mieux vivre ensemble plutôt que la distinction, notamment en organisant des rencontres/réunions où Musulmans et non-Musulmans échangent et acquièrent des expériences positives, basées sur l’empathie et le dialogue. 
● Mettre fin à l’exigence selon laquelle les Musulmans (ou perçus comme tels) doivent s’adapter aux “normes et valeurs de la société néerlandaise”. 
● Travailler en faveur de l’égalité de traitement pour tous, en particulier pour les femmes Musulmanes qui sont souvent plus visibles dans la sphère publique et qui peuvent parfois en être exclues lorsqu’elles portent un foulard. 

2. Marché du travail 
● S’attaquer sérieusement et efficacement à la discrimination sur le marché du travail pour les employés et les stagiaires. 
● Prévenir la discrimination lors des candidatures. 
● Mettre en oeuvre les meilleurs pratiques, en suivant notamment les recommandations des rapports de recherches existants des Nations Unies et des différentes institutions de l’UE. 
● Accroître les connaissances et la volonté des professionnels d’agir en matière d’Islamophobie. Former les employeurs, les employés, les professionnels des écoles et de santé à reconnaître l’Islamophobie, le signaler, à agir en conséquence et à s’attaquer à ses causes profondes. 

3. École et système éducatif 
● Investir largement dans l’éducation aux droits de l’homme, à la citoyenneté, à la diversité, aux religions du monde et à la discrimination dans les écoles : 
● Éduquer les élèves et former les professeurs à l’enseignement des thèmes relatifs au racisme, au passé colonial, à l’esclavagisme, aux droits de l’homme, à la discrimination, à l’histoire des travailleurs migrants, et à la lutte pour l’égalité de droits entre les hommes et les femmes. 
● Former les élèves en matière de discrimination, de racisme, de liberté religieuse et sexuelle. 
● Instaurer des protocoles auprès des enseignants pour leur permettre de repérer le racisme et la discrimination ; les former à réagir, intervenir puis rapporter les faits. 
● Impliquer les parents et les informer sur la politique de l’école. 
● Considérer le bilinguisme comme un atout plutôt qu’un obstacle à l’éducation ou à la poursuite des études. 
● Éviter que les jeunes fondent des idées négatives de la notion d’un “l’autre” différent, notamment comme cela peut être véhiculé dans les médias ou sur les réseaux sociaux. 
● Enseigner aux jeunes générations à se servir des médias et des réseaux sociaux 
● Promouvoir une communication impartiale entre les parents et les écoles. 

4. Politiques locales 
● Garantir la sécurité des citoyens et des bâtiments musulmans ; protéger adéquatement les Mosquées et les lieux de culte, ainsi que les bâtiments islamiques. 
● Mettre en oeuvre des projets antiracistes, notamment via le biais de subventions. 
● Mettre en oeuvre une politique locale de lutte contre l’Islamophobie, sur l’exemple de Barcelone. 
● Assurer une approche juridique rapide et adéquate des incidents islamophobes. 
● Donner les subventions adéquates aux experts qui luttent contre l’Islamophobie 
● Enregistrer les données relatives aux actes Islamophobes, comme une forme de discrimination distincte. 

5. Politiques nationales 
● Adopter dans la législation nationale néerlandaise les recommandations formulées par les Nations Unies et ses différents organes sur le racisme, l’exclusion et l’Islamophobie. 
● Respecter la notion de Droit de l’homme universel et la Constitution néerlandaise. 
● Reconnaître l’Islamophobie comme une forme spécifique de racisme et de discrimination, en la dotant des mêmes dispositions légales et juridiques que l’antisémitisme, en vue de soutenir les victimes et de punir les auteurs des crimes. 
● Éviter toute représentation négative et/ou généralisée de l’Islam dans le débat public ; ne faire aucune distinction hiérarchique entre les différentes expressions religieuses d’afin d’éviter à la communauté musulmane d’être problématisée sur la base de sa religion. 
● Inciter les personnalités politiques et publiques à faire des déclarations ou tenir des discours qui heurtent certaines communautés ; qui tendent à dresser des religions les unes contre les autres ; qui violent la loi ; qui incitent à la haine, la violence ou la discrimination. En revanche, inciter les personnalités politiques et publiques à se positionner clairement contre le discours de la haine. 
● Élaborer un programme politique qui reflète l’inclusion et l’égalité des droits entre tous et qui défende également l’égalité entre les sexes. 
● Prendre des mesures pour lutter contre les discriminations faite à l’encontre des femmes musulmanes, notamment l’approche restrictive en matière de vêtements et ce, pour quelques religions que ce soient. 
● Établir des lignes directrices internes pour une approche non discriminatoire à l’égard des femmes musulmanes, en favorisant leur inclusion dans tous les aspects de leur vie. 
● Réviser les législations en place concernant l’exclusion et la discrimination à l’égard des femmes musulmanes portant le foulard ou la burka. 
● Attirer l’attention sur les effets négatifs des mesures antiterroristes prises par le Gouvernement néerlandais et au niveau européen. 
● Soutenir les initiatives de lutte contre l’Islamophobie, via l’organisation de campagnes, de mesures préventives ou éducatives. 
● Augmenter les peines à l’encontre des auteurs tenant des discours de haine et des insultes collectives. 

6. Reconnaissance et enregistrement de l’Islamophobie 
● Nommer un coordinateur national en matière de lutte contre les discriminations musulmanes et l’islamophobie à l’instar du Coordinateur national néerlandais pour l’antisémitisme et le Coordinateur de la lutte contre la haine anti-musulmane de la Commission européenne. 
● Reconnaître l’Islamophobie comme un motif de discrimination distincte et une forme de racisme structurel, afin de permettre aux forces de l’ordre et aux bureaux des plaintes d’enregistrer l’Islamophobie comme forme distincte de discrimination. 
● Développer et promouvoir la collecte de données à l’échelle nationale ; ventiler les données par motif de discrimination, y compris le sexe, la race, l’origine ethnique et la religion. 
● Élaborer des lignes directrices claires et étudier l’ampleur et la nature de l’Islamophobie. 

Inscrit depuis des années dans la logique et la continuité de cet appel, Emcemo lutte inlassablement pour : 
● Sensibiliser les Musulmans afin que l’Islamophobie ne soit pas normalisée, tant chez les Musulmans que chez les non-Musulmans 
● Soutenir les victimes 
● Cartographier et rendre visible toutes les formes d’Islamophobie aux Pays-Bas, leur forme, leur ampleur et leur nature 
● Campagne visant à inciter les victimes à dénoncer l’Islamophobie 
● Coopération et partage de données avec les organismes qui travaillent sur les mêmes questions 
● Soutenir pour les initiatives qui luttent pour l’égalité de tous, et notamment des femmes et des jeunes 

Amsterdam september 2020 
Collectief tegen Islamofobie en Discriminatie EMCEMO IZI Solutions Meld Islamofobie S.P.E.A.K 
Centre Euro-Méditerranéen Migration et Développement (EMCEMO)



 
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