Quand s’achèvera enfin le calvaire des Marocains bloqués à l’étranger ? Nul ne semble avoir la réponse et, plus grave, nul ne semble s’en soucier. L’opération retour a démarré le 10 juin et en un mois, ce sont environ 7.000 des nôtres qui ont regagné leur pays, heureux malgré tout. Laissant là où ils sont des dizaines de milliers de malheureux en tout et un peu partout. 

Après environ trois mois d’abandon, les opérations ont commencé, mais avec elles sont apparus d’autres problèmes : les critères de sélection de celles et ceux qui rentreront par les avions RAM, et les autres Marocains, étudiants, binationaux vivant au Maroc ou résidents à l’étranger, tous désireux de rentrer au pays mais empêchés de la faire. La plupart d’entre eux sont précarisés, certains véritablement clochardisés, en terres étrangères, souvent hostiles. 

Le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, longtemps muet sur cette affaire, n’avait parlé que pour ne rien dire, montrant intrépidement du doigt son collègue de la Santé. Puis, une fois que le rapatriement a commencé, même à l’allure d’un escargot à mobilité réduite, il s’est transformé en comptable, égrainant inlassablement et avec une satisfaction difficilement contenue les chiffres des retours. Mais il est toujours aussi muet sur le reste : il a dévoilé les critères de sélection des futurs rapatriés, mais ne pipe mot sur les abus dénoncés ici et là ; il a expliqué que le Maroc ne peut rapatrier tous les Marocains à l’étranger, mais il n’en a pas dit davantage. 

Prend-il seulement, et avec lui ses pairs ministres, la mesure du drame qui se noue au sein de cette communauté se sentant, se voyant abandonnée, avalant son amertume et ravalant sa rage ? Le ministère des Affaires étrangères se prendra les pieds dans sa propre sémantique : il qualifie d’ « humanitaires » les vols de rapatriement. Ne devrait-il pas un jour rendre des comptes (vous savez, la fameuse reddition des comptes, fondement de la constitution…) pour non-assistance à communauté en danger ? 

La politique de l’autruche n’a jamais été synonyme d’intelligence… et quand l’autruche, la nôtre, sort la tête du sable, que trouve-t-elle ? Les rangs de ces oubliés qui ont grossi des étudiants ayant fini leur année académique, devant rentrer pour d’évidentes raisons financières et psychologiques, et ne se voyant même pas opposer un refus, mais le simple mépris du ministre qui se tiennent coi, sans foi pour le justifier ni loi pour le fonder. Elle trouvera aussi, l’autruche, tous ces Marocains, vivant au Maroc, travaillant au Maroc, mais qui ont le malheur d’être binationaux et auxquels on a osé dire qu’ils n’étaient guère prioritaires !! 

Et voilà qu’arrivent les Marocains du monde, forts de la déclaration de la ministre des Affaires étrangères d’Espagne, qui avait évoqué l’ouverture des frontières marocaines le 10 juillet. Il est vrai que ce n’est pas à elle de le dire, mais voilà… face à l’insistant et remarquable mutisme de M. Bourita, il fallait bien que quelqu’un parle… Et face aux dizaines, puis aux centaines de véhicules qui s’accumulent à Algéciras, nous ne sommes pas loin de la crise diplomatique avec l’Espagne… 

Les diplomates et les responsables consulaires ont épuisé leur répertoire et leurs ressources de mansuétude et de bienveillance, de sollicitude et d’assistance. Et tous les exilés malgré eux, aujourd’hui, grondent, et leur fronde s’organise. Quelqu’un devra bien, un jour, rendre des comptes… 

Quel est cet Etat qui néglige autant les siens en les abandonnant à leur triste sort, parfois même à la mort de leur sentiment d’appartenance, voire à leur mort tout court ? Comment pense donc cet Etat quand il oppose un tel mutisme à des jeunes étudiants méritants, poursuivant leurs grandes études dans des grands établissements, en France, en Espagne, en Belgique, au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni (d’où certains sont quand même parvenus à rentrer au pays au début de la crise) ? Que dira ce même Etat à tous ces Marocains du monde, ayant travaillé toute l’année et souhaitant entrer chez eux ? 

Leur opposera-t-il la thèse des « circonstances exceptionnelles » si chère aux gouvernements acculés ? L’exception est-elle donc exclusivement marocaine ?... car les autres pays ont fait entrer leurs ressortissants, ou du moins le plus possible d’entre eux, parlant et expliquant aux autres, s’excusant même au besoin auprès d’eux. Un Etat ne peut certes pas tout, mais il peut, il doit expliquer et s’expliquer, justifier et clarifier. 

Autrement, quelqu’un devra un jour rendre des comptes ! Cela sera la seule façon d’atténuer la souffrance de ceux qui ont tant souffert et qui souffrent encore du fait de responsables au mieux indifférents, au pire indifférents et arrogants. 

Aziz Boucetta 

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