Cette affaire devient un véritable casse-tête pour nos décideurs, et chaque jour qui passe complique un peu plus la donne. L’affaire, c’est celle 27.821 Marocains bloqués à l’étranger après la suspension des vols internationaux par le Maroc, qui sont passés par plusieurs états mentaux, de l’attente à l’espoir, puis à l’agacement, l’irritation et à la colère, avant d’en arriver à l’étape de la résignation, la plus douloureuse…

Le 27 janvier, et alors que rien ne laissait supposer que le royaume allait franchir le pas, le roi Mohammed VI avait réuni ministres et généraux et leur avait ordonné de rapatrier les 167 étudiants marocains se trouvant alors à Wu Han, berceau de la maladie qui allait devenir par la suite pandémie, avec les conséquences, les dommages et les ravages que l’on sait. Le Maroc avait même été l’un des premiers à adopter, et à exécuter, cette mesure. 

Depuis, le royaume a figuré dans le peloton de tête pour bien des décisions hardies… suspendre les vols avec la Chine, puis avec l’Italie, et immédiatement après l’Espagne et la France, avant d’interdire les vols internationaux… fermer écoles, commerces et mosquées… confiner la population, puis décréter un couvre-feu nocturne… décider de l’usage de l’hydroxycloroquine comme traitement contre la maladie… Pour décider tout cela, l’appliquer et le réussir, il faut avoir un Etat fort, une administration rodée, des expertises confirmées, une population mobilisée et un chef d’Etat qui assume ses décisions et qui assure leur exécution. Le Maroc dispose de tout cela et c’est ce qui fait de lui une nation remarquable. 

Le Maroc est en train d’écrire ce récit national qui lui manquait tant, malgré sa longue histoire et ses nombreuses épopées. Le Covid-19 – à quelque chose malheur est bon – nous a permis de combler cette lacune et de démontrer, urbi et orbi, que ce pays est capable de prouesses insoupçonnables voici seulement quelques semaines… 

Mais dans cette affligeante affaire des Marocains bloqués à l’étranger, aujourd’hui les voyageurs, demain les étudiants et peut-être aussi des MRE ayant perdu leur travail, il est clair que le gouvernement dans son ensemble et que la diplomatie en particulier n’ont pas été à la hauteur des attentes, ayant été dans l’incapacité de trouver les solutions de rapatriement, ou n’ont pas été convaincants en en proposant au chef de l’Etat, tout en affichant un consternant déficit de communication à l’adresse de ces milliers des nôtres, accablés et désespérés. 

Mais si le Roi bouscule les choses comme à son habitude, imprime sa marque et impose son rythme, s’appuyant sur tous les atouts dont dispose le pays… en un mot s’il donne des ordres, quelle est cette mission qui oserait rester impossible, surtout qu’il n’est question (aujourd'hui du moins) que de quelques milliers de nos ressortissants souffrant d’éloignement, craignant l’abandon et pleurant leur nostalgie du pays ? C’est pour cela que nos compatriotes s’adressent à lui et lui adressent leurs demandes de rapatriement. 

Le Maroc a pu souder sa population, mobiliser son administration, gérer le départ des dizaines de milliers d’étrangers sur son territoire, maîtriser la propagation de la pandémie, recenser les populations économiquement vulnérables et leur verser de l’argent… Comment pourrait-on croire qu’il ne peut rapatrier 2 ou 3.000 personnes par semaine, les placer en quatorzaine chez eux, dans des hôtels ou dans des installations militaires dressées à cet effet ? D’autres pays l’ont fait, nous le pourrons donc aussi. Les avions sont disponibles, les pilotes ne demandent qu’à voler, la police et l’armée sont des machines parfaitement rôdées et entraînées, les hôtels sont vides, et nos compatriotes sont prêts à se plier à toutes les mesures sanitaires qui leur seront demandées à leur retour, si retour il y a, quand retour il y aura. 

Rêvons de voir ces avions civils et/ou militaires frappés de rouge et vert s’envoler de par le monde, sillonner la planète, recevoir les Marocains au garde-à-vous devant les avions, les ramener à la mère-patrie. Rêvons de voir nos compatriotes rassemblés lundi devant les ambassades non pour manifester mais pour échanger les embrassades (même virtuelles), chanter l’hymne national et remercier leur pays, leur roi… 

Le souverain, à chaque début de décennie, a changé la configuration de ce pays. Au début des années 2000, il a changé la société avec l’IER et la Moudawana… au début des années 2010, il a persisté en faisant adopter une nouvelle constitution… au début des années 2020, il a saisi à pleines mains le gouvernail du paquebot chahuté par la houle du Covid-19, modifiant ainsi l’idée que nous nous faisons de ce pays. Tout cela est fantastique ; il reste seulement à régler le sort des 22.781 Marocains bloqués à l’extérieur, en attendant de s’atteler au sort des étudiants et des MRE… 

L’empathie et l’humanisme du chef de l’Etat ne sont plus à prouver. Il faut garder espoir, sauvegarder notre unité et regarder vers l’avenir… 

Aziz Boucetta




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