Les voitures électriques ne sont pas la panacée en matière environnementale. La fabrication de batteries nécessite de grandes quantités de nickel, de cobalt et de lithium. Or l'extraction de ces métaux n'est pas toujours très verte. Le conducteur qui a choisi de rouler électrique oublie parfois que pour remplacer l'or noir, il faut des quantités colossales de métaux dont l'extraction n'est pas toujours très éthique.

Tesla en quête de nickel
Le patron de Tesla Elon Musk a jeté un pavé dans la mare lors d'une conférence avec des analystes fin août en promettant un « contrat géant » à la société capable de lui fournir du nickel propre en quantité suffisante. Méconnu du grand public, le nickel est l'un des trois métaux stars des batteries aux côtés du lithium et du cobalt. Il augmente la puissance, donne de l'autonomie et permet de diminuer les quantités de cobalt, mais son extraction est loin d'être neutre.

La biodiversité marine menacée
« Pour le nickel, le risque environnemental majeur, c'est la gestion des résidus », rappelle Samuel Dufay, directeur environnement chez Eramet. En Indonésie, où se situent les principaux gisements pouvant répondre à la hausse de la demande, les opérateurs miniers, chinois pour beaucoup, n'hésitent pas à se débarrasser de ces déchets en les envoyant tout simplement au fond de la mer. Ce mélange de terre, d'eau et de fer met en danger la biodiversité marine et menace les coraux, alertent les ONG.

Pour son projet à Weda Bay, le groupe français exclut donc cette approche. « Il faut préserver la réputation de toute la chaîne de valeur, sinon l'industrie automobile va revivre le dieselgate », prévient Samuel Dufay.

Le manque de partenariats
Une solution serait de stocker les résidus avec un barrage minier, mais l'édifice serait trop difficile à sécuriser dans un pays avec des tremblements de terre et une pluviométrie intense. Eramet privilégie donc une troisième option, plus chère, celle du stockage à sec : les résidus sont pressés jusqu'à devenir des plaques de terres qui seront ensuite entreposées et revégétalisées pour limiter les risques d'érosion.

Le principal problème est que les montants à investir sont colossaux. Les projets nickel sont très gourmands en capital : il faut compter 1,5 milliard de dollars contre 500 millions pour un projet lithium ou cobalt. Les groupes miniers cherchent donc à nouer des partenariats avec des industriels. Eramet discute ainsi avec Tesla et d'autres constructeurs. Des négociations compliquées. « On a du mal à passer à l'étape suivante et à sécuriser des partenariats de long terme », concède Pierre-Alain Gautier, le directeur de la stratégie. Le constructeur américain, comme ses concurrents, préfère se contenter de contrats d'achats de long terme plutôt que de soutenir les projets des groupes miniers.

Risque de réputation
A côté du nickel, le cobalt est l'autre terrain miné de la décarbonation des transports. Produit à 60 % en République démocratique du Congo (RDC), le métal est associé au travail d'enfants qui creusent à mains nues dans des mines artisanales pour à peine 2 dollars par jour. Les acteurs du secteur multiplient donc les initiatives pour améliorer les conditions de travail et redorer l'image de leur minerai.

Créée par Fairphone, une start-up néerlandaise de smartphones éthiques, la Fair Cobalt Alliance (FCA) vise à sécuriser les mines artisanales, qui représentent environ 10 % de la production actuelle, et éradiquer le travail d'enfants. Même s'il n'exploite pas ce genre de mines, le géant suisse Glencore a apporté son soutien à cette alliance, tout comme Tesla.

L'or blanc et l'eau
« Le risque de réputation devient un risque commercial », analyse Adam McCarthy de l'Institut du Cobalt. Particulièrement exposés à l'opinion publique, les fabricants de smartphones et les constructeurs automobiles cherchent de plus en plus à se passer du cobalt dans leurs appareils.

Reste le dernier ingrédient majeur des batteries, le lithium, qui épuise un peu plus les ressources hydriques de régions déjà en manque d'eau. La problématique est sensible dans le « triangle du lithium » à cheval sur le Chili, la Bolivie et l'Argentine. L'or blanc est obtenu sur des lacs salés asséchés en faisant évaporer la saumure pompée dans la roche. Des solutions existent, mais elles ont un coût. Pour économiser l'eau, Eramet a développé pour son projet en Argentine, suspendu du fait de l'instabilité politique, une technique de captation du lithium moins gourmande permettant de réinjecter la saumure. 


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