L'Anapec est dans le collimateur de 30.000 jeunes Marocains dépités. Un peu partout au Maroc où il y a une délégation de l'Agence nationale de la promotion de l'emploi et des compétences, des centaines de jeunes observent un sit-in sine die. Jeudi à Casablanca au siège de l'agence (Anfa), la tension est montée d'un cran. Des CRS ont été mobilisés pour intervenir en cas de besoin.

Les manifestants ont demandé audience à Driss Benhima, wali de Casablanca. Ce dernier devait les rencontrer hier à 17 heures au siège de la wilaya. C'est justement une rencontre tenue lundi dernier devant le siège principal de l'Anapec à Aïn Borja (Casablanca) avec Chafiq Rached, DG de l'Agence, qui fut la goutte qui a fait déborder le vase. «Je n'ai aucune nouvelle sur le représentant de la société Annajat», a lancé Rached devant des jeunes sidérés.

La réaction fut immédiate. «Nous resterons en sit-in jusqu'à ce qu'une solution valable nous soit proposée», criaient en choeur, mardi dernier, quelque 200 jeunes devant le siège de l'agence d'Anfa. Le lendemain, selon plusieurs manifestants, Rached a envoyé la directrice financière de l'agence Nadia Ezzoumi pour calmer la tension et donner rendez-vous pour une deuxième réunion qui devrait se tenir lundi prochain.

Les victimes interpellent les plus hauts responsables de l'Etat en criant à l'arnaque. Elles font partie des 5.000 jeunes disposant de contrats et qui devaient être la première promotion à partir en Europe au mois d'août 2002. Des milliers de jeunes nourrissent depuis mars 2002, date du lancement des inscriptions, le rêve de pouvoir un jour travailler à bord d'un bateau de croisière.

Au mois d'avril, les examens médicaux allaient bon train. A clinique Assalam sise boulevard Mehdi Boukita, des milliers de jeunes faisaient la queue pour subir le fameux examen à 900 DH. En mai, une annonce est parue affirmant que des contrats portant le cachet de l'Anapec étaient prêts. Une déclaration de la société Annajat a été affichée aux différentes délégations de l'Agence pour annoncer le premier départ de 5.000 recrues vers la fin du mois d'août. Ces dernières ont été sélectionnées suite à un deuxième examen médical. Le dernier groupe devait partir au plus tard vers la fin du mois d'octobre. Les destinations sont généralement la Grande-Bretagne, la Norvège, la Suède et même le Canada où les recrues devaient suivre une formation de deux semaines avant de commencer le boulot.

Selon Rached, l'Anapec n'est qu'un intermédiaire qui a fait son travail selon les règles. L'agence, ajoute-t-il, n'a démarré l'opération qu'après avoir eu tous les renseignements possibles sur Annajat à travers l'ambassade du Royaume aux EAU. «Un écrit émanant de l'ambassade marocaine était parvenu aux ministères des AE de l'intérieur et de l'Emploi affirmant que la société existe bel et bien et que ses papiers RC etc., sont conformes», souligne Rached. Elle est détenue à 51% par Cheikh Sakr Ibn Abdellah Al Kassimi et à 49% par Mohammed Ali Bacha. Annajat s'est adressée à l'Anapec pour qu'elle l'assiste dans le recrutement de 50.000 jeunes pour le compte de sociétés maritimes européennes de tourisme de croisière.

La part du Maroc étant de 30.000 postes. Un agrément a été signé entre l'Anapec et Annajat. L'Agence avait avisé les instances gouvernementales de tutelle (Intérieur, Emploi et le Premier ministre). “On n'a jamais reçu une lettre nous disant «arrêtez»”, précise Rached.

Pour avoir le maximum de garanties sur l'affaire, Rached s'est déplacé à Dubaï où il a pris des photos de la société avec les deux actionnaires. «J'ai consulté Internet pour m'informer sur le secteur maritime. J'ai été rassuré que le marché se porte bien et qu'il est même en plein essor», ajoute-t-il. A l'Anapec aujourd'hui encore, les responsables, selon Rached, sont à pied d'oeuvre pour trouver une issue à un scandale «capable d'achever l'agence». Des indemnités avaient été proposées aux victimes. Mais ces dernières les refusent. «C'est un boulot que nous voulons», insistent beaucoup d'entre eux. Selon Rached, il est injuste que l'Anapec soit mise à genoux par l'échec d'un marché qui ne représente même pas le dixième de son activité. «Il y a toujours un risque dans toute opération d'intérim. Le taux de réussite n'est jamais de 100%», explique-t-il.

Et Rached d'ajouter qu'il est aujourd'hui en négociation directe avec les sociétés européennes de transport maritime. Evoquant l'hypothèse d'une arnaque dont l'agence serait la victime, Rached pense que c'est au niveau d'un seul maillon de l'opération que l'escroquerie est envisageable. «Celui des examens médicaux». C'est effectivement Annajat qui a choisi la clinique. Ce qui invite, selon Rached, à croire à l'éventualité «d'un arrangement implicite faisant profiter Annajat du pactole».

Un simple calcul montre que 80.000 candidats qui ont effectué des examens multipliés par 900 DH donnent un total de 72 millions de DH. Rached appelle à l'ouverture d'une enquête sur cette affaire. Faut-il en déduire, à la lumière de ce scandale, que des arnaqueurs se sont fait passer pour des intermédiaires cautionnés par l'Anapec?

Ce n'est pas l'unique point qui suscite des interrogations. Le fait que les manifestations interviennent après les élections, alors que le bras de fer USFP/Istiqlal se poursuit, pourrait également donner une dimension politique au dossier. Quelques jeunes candidats déçus écartent néanmoins cette hypothèse, soulignant que la faillite de l'opération avait été connue avant même la tenue des élections, mais pour des raisons d'ordre public, elle avait été tue.
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El Jadida: Pas de réponse...
Une centaine de manifestants se sont rassemblés jeudi devant le bureau de l'Anapec à El Jadida. Des jeunes et moins jeunes, dont des chefs de famille, affichent leur déception suite aux blocages dans les contrats de la société émiratie Annajat. Certains se sont endettés pour couvrir les frais de formalité d'embauche. D'autres ont liquidé leurs petites affaires dans l'espoir d'un avenir meilleur aux Emirats arabes unis. “Nous étions confiants après la signature du contrat de préembauche supervisé par l'Anapec”, note un manifestant de 32 ans et père de 2 enfants. Le directeur de l'Anapec à El Jadida s'est refusé à toute déclaration. Jusqu'à jeudi à midi, les manifestants étaient encore rassemblés dans l'attente d'une réponse.

Plus d'une cinquantaine de personnes ont observé un sit-in jeudi 3 octobre devant les bureaux de l'Anapec à Marrakech. Les participants (jeunes en majorité) s'inquiètent quant à l'issue de l'opération émiratie pour l'emploi de 30.000 personnes. Ils sont 1.600 jeunes de la région de Marrakech dont 300 d'El Kalâa à être inscrits. Beaucoup ont abandonné leur emploi et affirment aujourd'hui avoir perdu confiance.
Pour le directeur de l'agence de Marrakech, hormis toute action frauduleuse, une opération comme celle-ci demande beaucoup de temps. Une réunion nationale de l'agence est prévue aujourd'hui à Casablanca à ce sujet.

· …Agadir: Plus de 1.100 candidats concernés
Une cinquantaine de jeunes diplômés chômeurs ont tenu un rassemblement devant le siège de l'Anapec à Agadir jeudi matin pour s'enquérir de leur recrutement par la société émiratie Annajat. Tous en effet avaient été retenus lors des inscriptions à cette opération d'embauche pour laquelle ils ont subi une visite médicale qui leur a coûté près de 1.000 DH chacun, indique l'un d'eux. Aujourd'hui sans nouvelle de leur recrutement, ils comptent rejoindre les candidats retenus au niveau des autres villes pour un sit-in devant le Parlement. A noter que selon la division économique de la wilaya, plus de 1.102 diplômés, dont 242 relevant de la préfecture Agadir-Ida Outanane, ont été retenus dans le Souss-Massa-Drâa. 

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