Pour Mhamed Zaïri, chargé du comité d'information de l'association des victimes d'Annajat dans la région de Tadla-Azilal, il faut juger les responsables de l'escroquerie dont furent victimes des milliers de jeunes Marocains. Le rêve s'était transformé en cauchemar. 

ALM : Quel a été l'effet du suicide de Abdelhakim Hachmi sur votre association et ses membres ? 
Mhamed Zaïri : Il faut dire que nous avions déjà le moral au plus bas depuis que nous avions été arrêtés le 16 juin dernier devant le siège de la préfecture de Béni-Mellal et passé trois jours en garde à vue pour, tenez-vous bien, attroupement non armé, manifestation non autorisée et violence contre les forces de l'ordre. Nous avons décidé trois jours de grève de la faim et nous sommes toujours poursuivis en état de liberté provisoire. Une autre audience a été fixée par la Cour au 7 septembre prochain. C'est pour vous dire que le suicide de Abdelhakim a été un coup fatal, de plus, pour nous. Le défunt était comme tous les jeunes qui rêvent de travailler, fonder une famille et se construire un avenir.

Franchement, je crains que d'autres membres de l'association ne décident de suivre son exemple. Toutefois, ce suicide n'est pas le seul drame que nous vivons ou avons vécu. A Ouled Ayyad, un autre jeune avait les mêmes rêves, était fiancé à une jeune femme et n'attendait que de terminer les formalités d'embauche pour convoler en justes noces.

Tout s'est effondré d'un seul coup et le pauvre jeune passe ses journées depuis dans une oliveraie loin des regards. Il n'ose plus mettre les pieds à Béni Mellal de peur de susciter les railleries des gens. 

Pour vous, à qui incombe la responsabilité dans le dossier Annajat ? 
Nous imputons la responsabilité à toutes les parties concernées, autrement le gouvernement. Mais d'abord à Abbas Al Fassi qui n'a pas arrêté de nous rassurer quant au bien-fondé de l'opération au Parlement comme à travers les médias. Evidemment, Chafik Rached ne saurait être exonéré de cette même responsabilité en sa qualité de directeur de l'ANAPEC et vu qu'il servait d'interface avec Annajat et plusieurs autres parties aux Emirats arabes unis. Ce sont ces derniers qui doivent rendre des comptes au lieu de traîner des victimes devant les tribunaux avec d'aussi lourdes accusations. 

Avez-vous reçu des promesses au niveau de votre association régionale ? 
Nous avons eu une rencontre avec le pacha de la ville qui a promis de nous trouver du travail dans les sucreries de la région avec des contrats à durée déterminée, mais nous refusons une telle issue. Nous refusons d'ailleurs tout emploi dans le privé car nous savons qu'il n'est pas structuré du moins dans notre région.

Personnellement, j'ai été embauché dans une clinique de la ville où je travaillais jusqu'à 14 heures par jour.
Au bout de deux mois, la patronne a fini par me virer.

Nous revendiquons, à défaut, des contrats de travail à l'étranger ou des licences de transport. Récemment, nous avons été surpris de voir que même les offres d'emploi à l'étranger faisaient l'objet de pratiques clientélistes par l'Agence de l'ANAPEC à Béni Mellal. Nous demandons aussi à pouvoir bénéficier de terres agricoles, mais, là aussi, nous avons constaté que les choses ne se faisaient pas dans la légalité. 

Qu'en est-il de l'indemnisation promise ? 
Notre position a été des plus claires. Nous ne voulons pas des 1.000 dirhams proposés par le gouvernement Youssoufi. Nous demandons plutôt 13 mois de dédommagement sur la base des indemnités prévues dans les contrats qu'on avait signés avec Annajat. Ce serait cela la justice au lieu de nous traîner devant les tribunaux pour supposées violences contre des éléments des forces auxiliaires. 

Entre nous, vous n'aviez jamais senti que l'offre d'Annajat était trop alléchante pour être vraie ? 
Quand vous êtes au chômage, vous essayez de vous accrocher à n'importe quoi pour vous en sortir. En plus, Abbass Al Fassi a tellement brodé autour de son mensonge que l'on ne pouvait pas ajouter foi à ses dires surtout quand il a eu l'audace d'exhiber devant les caméras un chèque présenté comme solide garantie pour toute l'opération. La désillusion n'est venue qu'après les élections.
Il devait intervenir avant qu'il ne soit trop tard, car il savait tout. Youssoufi aussi devait intervenir avant de se retrouver avec une armée de 90.000 personnes arnaquées. 

Que vous reste-t-il à faire ? 
Nous continuerons nos mouvements de protestation après avoir envoyé des lettres à tous les responsables. Notre dernier espoir est Sa Majesté le Roi que nous avons sollicité il y a deux semaines. Nous avons grand espoir qu'il va répondre à notre lettre.




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