Dés qu’on parle de Abbas El Fassi, nouveau Premier ministre, le dossier Annajat ressort. Cinq années après, ce dossier n’a pas encore livré tous ses secrets . Retour sur l’affaire. L’affaire Annajat, c’est quoi ? 

En février 2002, l'affaire Annajat, du nom de la société émiratie Annajat Marine Shipping L.L.C, éclate. Une société qui a escroqué, par le biais de l'Anapec (Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences) plus de 80.000 jeunes chômeurs marocains. A l'époque, Me Abbas El Fassi était ministre de l'Emploi, d'où les tentatives des uns et des autres de lui faire porter le chapeau de cette grosse arnaque.
C'est l'Anapec, dirigée alors par Chafik Rached, qui était chargée du recrutement des jeunes Marocains. La société émiratie avait lancé une offre pour le recrutement de 30.000 Marocains dans des postes à bord de bateaux de plaisance. Début de l'embauche, août 2002. De quoi en faire rêver plus d'un. Les candidats n'ont pas tardé à se manifester. Pas besoin de qualifications professionnelles déterminées, il suffit d'être apte physiquement et pour cela, une visite médicale s'impose. Un examen médical obligatoire à la clinique Dar Salam, sise boulevard Modibou Keita, à Casablanca, et facturé à 900 dirhams. Pourquoi cette seule clinique?, la question continue de hanter les esprits. 

Abdellah Azmani, à l'époque ambassadeur du Maroc aux Emirats arabes unis, avait été saisi par l'Anapec pour avoir des informations sur la société Annajat. M. Azmani dit avoir tiré la sonnette d'alarme au début de l'opération. «L'ambassade n'a fait que confirmer à l'Anapec l'exactitude des données que celle-ci savait déjà sur la société Annajat», écrivait-il. Autrement dit, pas grand chose. En fait, l'Anapec devait conduire un travail initial d'évaluation concernant la "faisabilité" de l'offre lancée par Annajat. D'autant plus que le Conseil d'administration de l'agence n'avait pas pris en considération des informations et les avertissements venus de différentes sources, nationales et internationales, et qui, toutes, ont signalé que l'affaire relevait de l'arnaque, semblable à des opérations que la société a déjà entreprises dans de nombreux pays, dont le Kenya, la Syrie, la Jordanie. L'Anapec a-t-elle besoin de l'avis de son ministre de tutelle pour mettre fin à une opération qui sentait l'entourloupe? 

Ensuite, les conditions que prévoit ce genre de contrat sont que l'employeur final doit prendre en charge tous les frais de voyage, de visa et de visite médicale et d'assurance. Aucun frais relatif, même à la constitution du dossier de candidature, ne doit être à la charge du chercheur d'emploi. La visite médicale n'est forcément demandée qu'au stade d'embauche définitive et, généralement, cette visite, ou contre-visite, est opérée par les autorités médicales du pays de destination. Il est important de relever aussi que la validité d'une visite médiale ne peut être que de courte durée. Or, les premiers inscrits l'ont été en mars 2002, la date contractuelle du début d'embauche était le mois d'août 2002. 

Là aussi, l'Anapec aurait pu se montrer plus vigilante. 
Deux questions sont toujours sans réponse. Pourquoi l'agence marocaine n'a-t-elle pas fait marche arrière quand elle a eu vent d'arnaques similaires, dont la presse marocaine avait fait écho en son temps et pourquoi une seule clinique a été chargée de faire les examens médicaux? Plusieurs cliniques avaient alors contesté ce choix et crié au favoritisme. Mais là n'est pas le problème. Difficile aussi de gober que toute cette affaire, qui a touché plus de 80.000 victimes, a été montée uniquement pour les 900 dirhams que chaque candidat doit verser à la clinique. 

Que devait gagner la société émiratie? Les candidats devaient-ils la payer, à titre d'intermédiation, avant de recevoir leur contrat d'embauche? Des contrats qui n'arriveront jamais. A-t-elle touché une partie de l'argent récolté par la clinique? L'Anapec, elle, a-t-elle été victime ou complice de cette arnaque? Autant de questions en suspens et auxquelles le ministre de l'Emploi, Mustapha Mansouri, qui a créé une commission d'enquête sur l'affaire, n'a pas donné de réponse. 

La responsabilité de l'Etat, lui, est engagée dans cette affaire, puisqu'elle implique des organismes publics. Celle de Abbas El Fassi est liée à son statut du ministre de tutelle de l'Anapec, tout comme celle de Abderrahman Youssoufi, Premier ministre d'alors, et président du conseil d'administration de l'Anapec. 

L'affaire a même provoqué des morts, car quatre candidats déçus se sont suicidés depuis. Le gouvernement de Driss Jettou a vainement essayé de trouver une solution et tenté de trouver des emplois aux victimes. Sans succès.



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