Depuis pas mal d’années s’agitent les questions autour de l’intelligence artificielle (AI), avec des compléments préoccupés sur la “robotisation”, etc. ; tout cela conduisant à de graves interrogations sur le sort de l’homme (ou l’Homme ? J’hésite), son libre-arbitre, sa liberté, la démocratie, nos avancées culturelles; tout cela (bis) menacé par l’irruption d’une machinerie à prétention quasi-divine, “issue de nos entrailles” mais pour nous dévorer. 

La machine-Dieu dévorant l’homme-Dieu qui en a accouché, et au-delà la manufacture terrible de l’atroce “zombification” de l’homme, sa si vaste intelligence soumise par cette force devenue extérieure, – l’homme-zombifié, et bien selon le sens et à l’image du titre que Jean-François Mattei donna à son dernier livre, publié après sa mort, – « L’homme dévasté », et ceci équivalant à cela.

Vaste débat que celui de l’IA, et nous nous y sommes mis il y a déjà longtemps, tout à nos frétillantes et angoissées interrogations... En attendant, il m’est venu l’impression que, pendant que nous débattions, la chose a déjà été tranchée, je veux dire pour l’“homme-zombifié”, et plutôt subrepticement, sans vraiment avertir son monde et surtout sans débat superflu. Nous craignions l’IA, c’est le PC (Politiquement Correct) qui survient et rafle la mise, je veux dire le PC-zombificateur.

PC, on le sait, vaut pour ‘Politiquement Correct’, expression dont l’emploi courant remonte aux premières années 1980. D’autres expressions sont employées, comme “police de la pensée”, des choses de ce genre. On a compris ce dont je veux parler. Ce n’est pas de l’‘Orwellisme’ (de George Orwell) même si cela paraît bien-orwellien dans l’esprit de la chose ; parce que ce n’est pas systématiquement ni nécessairement l’inversion en toutes choses (‘Mensonge = Vérité’, ‘Guerre = Paix’, etc.). C’est une unification extraordinairement réductrice du langage et de la pensée selon une tendance au Plus Petit Commun Dénominateur de la complexité et de la nuance, selon un déchaînement de l’affectivisme, de la moraline, de la bienpensance selon des thèmes archi-connus et archi-rebattus qui sont développés pour favoriser la modernité et la position du Système dans toute sa majesté.

Je pense que l’entreprise (le PC devenue zombificateur) est entrée dans sa phase active/décisive avec la Syrie et surtout décisive avec l’Ukraine. (Voir pour l’historique et le développement analytique les concepts dans notre Glossaire.dde, de “déterminisme-narrativiste” et “vérité-de-situation”.) Bien entendu, – et cela aussi a été souvent écrit ici, dans ces colonnes, – le concept de réalité est pulvérisée, comme l’ambition sinon l’espoir de toute objectivation ; et la ‘Vérité’, autre concept mis à l’index, demande désormais une enquête permanente pour être reconstituée (par les vérités-de-situation à déterminer), et ce travail devant être effectué et cela dans une semi-clandestinité, quasiment comme dans le souterrain de Dostoïevski.

Le PC a évolué à grande allure, sans reprendre son souffle, en pleine extension de surpuissance et sous les applaudissements des élitesSystème. Il n’a lésiné sur rien, pour survenir avec des effets dévastateurs dans les crises (plusieurs) ouvertes avec celle de Covid19, bientôt renforcée par ce qu’on nomme dans notre langage codé-pour-les-amis ‘Grande-Emeute2020’ (aux USA et un peu dans le reste, avec BLM après la mort du 25 mai de George Floyd). Ces deux crises, avec leurs divers appendices, étaient effectivement le terrain rêvé pour le développement universel du PC, pour son affirmation totalitaire. Cela fut fait, avec une maestria à ne pas croire...

Mais encore et pour en venir, par le biais du paradoxe à mon argument majeur... Cela fut trop bien fait !

Je veux dire par là que le PC trouva une si vaste étendue de la non-pensée et de la description-faussaire à se mettre sous la dent, pour une exploitation intensive, qu’il se mit à tourner fou comme des piranhas qui se disputent une proie. Peut-être le Politiquement-Correct a-t-il atteint, lui aussi et d’ailleurs en toute logique identitaire vu ses liens avec la Modernité, son ‘principe de Peter’ ? Toujours est-il que, dans ce déchaînement de bienpensance et de police de la pensée (contre les “brutalités policières”, par exemple), l’on vit le PC se développer jusqu’à des extrêmes inimaginables, avec des affrontements chez ceux-là même qui devraient être les gardiens vigilants du PC.

(Imaginez l’effet que produisit, aux tréfonds de nous-mêmes et de tous les autres, braves petits soldats du Politiquement Correct de la Science et admirateurs humbles des “sachants”, les crêpages de chignon entre les sommités, les professeurs, les spécialistes, les pontifiants poseurs de diagnostic... Malgré le PC, ou plutôt avec lui après tout, l’entraînement vers les radicalisations fut irrésistible, dans cette débauche d’affectivisme peinturlurée en Raison-raisonnante comme un tambour.)

Or, beaucoup de monde, dans le troupeau habituel de l’homme-zombifié, ne supporte pas cela ; il faut un peu de modération, au moins dans la forme, dans cette entreprise de néantissement de la pensée ; il faut néantir, certes, mais sans brutalité, que cela ne fasse pas trop mal et que cela ne fasse pas de tâches. L’homme moderne, homo-festivus et affectiviste-passionné, entend ne pas être trop bousculé, et tout l’art du PC est justement d’offrir le confort dans la zombification. Eh bien, je trouve que ce n’est pas du tout le cas, que c’est même un bien grave échec.

Les multiples complots en marche aujourd’hui, – innombrables, je vous l’assure, et la plupart d’entre eux sinon tous dans le mode zombificateur-PC, – se télescopent et souvent se contredisent, conduisant à un désordre considérable et à une fatigue bien inutile et déplorable. Bien qu’il en soit le cause mais qu’il n’est pas à une contradiction près, le PC n’aime pas le désordre et l’homme-zombifié est un homme d’ordre.

Ainsi est-ce juste au moment où l’on peut mesurer la prodigieuse puissance du PC, son action subversive quasiment totalitaire que nul ne peut arrêter, sa façon magistrale d’anesthésier les esprits et de fabriquer des simulacres à la chaîne, qu’on mesure en même temps et d’une façon brutale ses limites, pouvant aller jusqu’à la catastrophe d’une sorte de paralysie et d’impuissance, avec néantissement de son programme. En effet, cette radicalisation désordonnée, qui semble menacer cette construction-PC mise en place ces dernières années, de mensonges en simulacres et de simulacres en manipulations, ce sont les hommes-zombifiés eux-mêmes qui la mènent au pas de charge ; et plus encore que les “hommes-zombifiés”, car il faut être précis : ce sont les élitesSystème qui emmènent ce mouvement, comme c’est normal. Ce sont donc elles, les élitesSystème, qui permettent et favorisent cette radicalisation, et cela par contre est beaucoup moins normal. Les élitesSystème deviennent donc élites-zombifiées, responsables du désordre ainsi créé, qu’on peut donc apprécier comme des irresponsables.

Les escouades-PC, brandissant les slogans de la bienpensance sous les applaudissements prudents du Système incertain de l’issue du monôme, s’emportent de zèle et foncent vers le tabula rasa des révolutionnaires du monde entier. Ils ne voient pas l’enchaînement de cause à effet, alors que le Système ne le réalise pas encore, puisque les structures du Système qui compte nous domestiquer façon-IA, sont posées sur la table, et donc promise à être emportées, balayées, etc.

Le PC est évidemment la plus grande entreprise de subversion de l’homme de toute son histoire. Elle se fait essentiellement par la communication, l’écrit et l’image, le “spectacle” comme dit l’autre parce que c’est le simulacre de champ de bataille qu’a choisi le Système. Tout était prêt pour la future IA et puis c’est le PC, échappant à tout contrôle, qui s’est imposé comme instrument ultime. On réalisera bientôt, un jour, mais pour moi cela ne fait aucun doute, que si le PC peut jouer ce rôle de zombification de l’homme, il risque de le rendre fou en même temps, et si ce n’est déjà fait pour beaucoup d’entre nous.

Le PC agit effectivement sur le domaine de la psychologie, qu’il adresse, qu’il contraint, qu’il force et viole, et c’est ainsi que la folie vient ; et par conséquent, tous les errements, les incompréhensions, les erreurs, toutes ces choses que favorise une psychologie “dévastée”, “zombifiée”. Le summum de l’ironie dans cette occurrence, c’est bien entendu que les élites Système sont les premières touchées, les premières zombifiées, elles dont la mission était de mener à bien la zombification du vulgaire sapiens-sapiens.

Et quand viendra l’IA, elle sera mise sous la censure radicale du PC, et tous les deux se battront en un “combat de chiens” (dogfight) comme des zombies devenus fous. Ils en mourront. Nous irons les enterrer joyeusement, comme à La Nouvelle Orléans d’antan, en swinguant Oh When the Saints Go Marchin’ in...





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