La crise du coronavirus a donné des ailes aux adeptes du retour d’un certain autoritarisme mis à mal par des décennies de contestations politiques et sociales et une défiance accrue à l’égard des institutions, des partis politiques, des élites, de la société civile et des médias du royaume. 

Certains jubilent. Ce sont souvent les mêmes acteurs et influenceurs, trop surestimés, voire les mêmes incommunicateurs, qui paraissaient complètement déconnectés et désarmés, il y a peu, face à la sinistrose ambiante. Or, le pouvoir n’est pas forcément autorité et la fermeté n’implique pas forcément un retour de la confiance et du consensus. Pourtant, dans son discours du 13 octobre 1999, SM le Roi Mohammed VI insistait clairement sur l’importance d’un nouveau concept de l’autorité.

Revenons d’abord sur l’éditorial du Maroc Hebdo du 8 avril 2020 ou Marouane Kabbaj considère «les conditions d’hygiène qui accompagnent la production et la distribution des masques (comme) déplorables » allant jusqu’à demander à My Hafid Elalamy, ministre de l’industrie et du commerce, de « cesser les bluffs au sujet de ces masques hors normes ». 

L’hebdomadaire retire l’article, recadre sévèrement l’auteur de « la double faute ». Occasion pour Mustapha Sehimi de réaffirmer le « concours (de la publication) à la mobilisation de la solidarité nationale face à la crise » du coronavirus. La messe est dite : « tu ne critiqueras point ». En ces temps précieux de reconquête, tout ce qui peut remettre en cause les compétences, la rigueur, le savoir et la bienveillance des institutions est perçu comme délégitimant. 

L’autorité et sa légitimité
Et puis Mohamed Ouzine, un ancien ministre, signait, quelques jours auparavant, un billet d’humeur où il semble malheureusement réduire, lui aussi, l’autorité au simple exercice de la puissance publique, à la maîtrise ou à l’ordre. Effet du confinement sans doute, celui-ci y perd de vue que l’autorité tire moins sa légitimité de l’obéissance que de la cohérence des décisions et des actions. Elle dépend surtout de la confiance et de l’interaction entre l’Etat et les citoyens. 

Et les quelques résistances au début de l’état d’urgence sanitaire décrété au Maroc résultaient plus des effets de la précarité, de l’informel, de l’ignorance que de désobéissance civile. Se pose alors la question fondamentale de la pédagogie et de la communication, qui avec la transparence, la technicité et l’empathie, constituent des conditions nécessaires à la transformation du pouvoir en autorité. L’inefficacité des médias privés et publics, voire des relais web, y est aussi pour quelque chose. 

Considérer, en 2020, le redéploiement des forces publiques dans les rues comme un retour de l’État providence est sans doute un anachronisme qui ignore l’importance de l’économique. Partout, on est passé du hard power au soft power. Évolution des nouveaux modes de médiation oblige, aujourd’hui, on persuade et on convainc en proposant des solutions pour l’avenir collectif. 

Le pouvoir ne s’exécute plus par commandement, mais par consultation et par gestion. Le chef n’ordonne plus, il sollicite l’adhésion, négocie et cherche à légitimer les choix retenus. Les techniques de l’information ont imposé le cyber-citoyen comme un générateur incontournable et légitime du smart power. Facebook et Twitter sont des réalités mondiales intangibles, malgè les tentatives de contrôle. C’est un espace de vigilance, d’observation, de remise en cause, d’influence, de manipulation, mais surtout, de légitimation ou de délégitimation de l’autorité.

Pédagogie et responsabilisation
Tous les prophètes du web vous le diront. Face à un citoyen qui résiste de plus en plus aux contournements, aux détournements, et aux retournements, une logique plus flexible, connectée et décentralisée est inévitable. Démocratie numérique ? C’est l’ère du consensus et de la synthèse des courants et des interactions en cours. De ce fait, l’objectif du discours politique n’est plus l’obéissance, l’infantilisation ou la peur, mais l’adhésion, la responsabilisation et l’enthousiasme pour l’intérêt général. Le coronavirus est un danger pour tous. Il est intériorisé par tous. Et la survie de tous dépendra de l’implication de chacun. Le « restez chez vous », devient plus un acte civique qu’une contrainte ou un ordre à suivre. C’est le temps de la pédagogie et de la mobilisation.

Ainsi, le pourvoir moderne se mesure par l’influence et non plus par la coercition. Il se nourrit même de son contraire absolu et s’opère dans la confiance inspirée et l’adhésion obtenue. La recherche d’un nouveau modèle de développement devait être une véritable mise à l’épreuve. La démarche du comité de Chakib Benmoussa ne parvient ni à mobiliser ni à fédérer largement. La nouvelle conception de l’autorité, essentiellement interactive, ne se légitime que parce qu’elle intègre la contradiction et la contestation comme composantes actives dans le processus décisionnel et dans la construction de l’avenir collectif. La consultation était loin d’être participative et ouverte.

Un big bang pacifique
Le coronavirus a-t-il sauvé le comité ? Un nouveau modèle planétaire se profile. La politique, le social, l’économie, la culture et notre rapport à la nature seront affectés profondément. Nous entrons dans une période d’incertitude où la guerre commerciale et technologique entre les USA et la Chine devient une bataille stratégique pour le leadership. Le Maroc peut trouver sa place dans ces mutations qui auront des conséquences sur les partenariats, le système monétaire, le Conseil de Sécurité et sans doute sur le dossier du Sahara. Seul un Maroc fort à l’intérieur et réconcilié avec son histoire, son environnement et ses enfants pourra faire entendre sa voix et prendre la place à laquelle il aspire dans le monde de demain. 

Un big bang pacifique, en rupture franche avec les recettes qui nous ont conduits au malaise actuel, est plus que nécessaire pour en finir avec cette méfiance qui tue l’espoir et brise l’unité et la cohésion. Une gestion efficace de l’après-crise sanitaire sera déterminante pour le Maroc de demain : pertinence des mesures, intelligibilité des stratégies, efficacité dans la mise en œuvre, mesure de l’impact social. Le retour de l’autorité reconnue dans un pays apaisé dépendra du retour d’une confiance mutuelle, de la bienveillance, d’une empathie sans complaisance , loin de la charité. Le nouveau modèle de développement peut, par une démarche participative large, restaurer l’espoir où l’achever.










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