La crise du Covid-19 au Maroc a révélé la politique de déni de dignité, de respect, de considération et la réalité d’abandon des ressortissants marocains à l’étranger (en visite au Maroc et / ou à l’étranger). La situation d’urgence sanitaire ne justifie pas l’abandon de ces ressortissants et l’absence de rapatriements.

De plus, à la veille des élections législatives marocaines de 2021, l’exclusion des citoyens marocains résidant à l’étranger du processus électoral, 9 ans après l’acquis constitutionnel en ce domaine (article 17), relève de pratiques anti-démocratiques suivies par l’ensemble des institutions étatiques et dés partis politiques.

Les constats :
  • Prise en otage des citoyens marocains à la suite de la fermeture subite des frontières : les marocains en séjour touristique à l’étranger ont été livrés à eux-mêmes (et le sont encore pour une bonne part). Privés de la possibilité de revenir à leur lieu de résidence au Maroc, ils se sont retrouvés dans une grande précarité et dans les faits , abandonnés par leur Etat.
  • La communication à leur sujet a été absente et ce durant plusieurs mois, sans politique claire et responsable visant à leur trouver les solutions que tous les autres pays ont mis à disposition de leurs ressortissants, en organisant leur rapatriement, y compris ceux qui faisaient du tourisme au Maroc . Après quatre mois d’interdiction d’accès à leur lieu de résidence, les institutions étatiques marocaines persistent et signent leur mépris des citoyens.
  • L’ouverture des frontières par le biais de vols RAM et Air Arabia conditionnés par l’obtention de tests PCR et sérologiques a limité l’espoir de dizaines de milliers de familles de se réunir à leur domicile alors que les rapatriements organisés après plus de deux mois n’ont répondu à aucune transparence concernant les bénéficiaires.
  • Le blocage au Maroc des Binationaux et des MRE résidant légalement dans leur pays de séjour a été également catastrophique et chaotique causant des situations intenables : séparation d’enfants de leurs parents, empêchement de malades chroniques de suivre leurs consultations et traitements dans leur pays de résidence, perte de droits sociaux etc.
  • Les travailleurs marocains à l’étranger, recrutés dans le cadre d’accords bilatéraux, se sont retrouvés doublements abandonnés, notamment les travailleurs agricoles en Espagne. En effet, 7000 femmes de nationalité marocaine s’y étaient rendu pour une courte mission de travail agricole et se sont retrouvées dans une grande vulnérabilité et complètement livrées à leur sort sans la moindre considération.
  • Dans les deux villes marocaines occupés par l'Espagne, à savoir Ceuta et Melilla, l’ouverture de ces axes vers le reste du Maroc qui ne nécessitait ni avions ni bateau, n’a été actée qu’à la suite d’un décès, prouvant le déni de dignité de ses citoyens par l’Etat marocain. Au même moment, les touristes espagnols qui faisaient du tourisme à l’intérieur du Maroc, pouvaient traverser les postes de contrôle pour regagner leur lieu de résidence. Preuves du mépris du ministère dont ils dépendent. 
Les institutions :
  • Les institutions mandatées au service du citoyen marocain et dont la mission est centrée sur les questions migratoires ont brillé par leur absence, le mépris des citoyens marocains résidant à l’étranger et le déni de leur dignité, et ce en temps de grande crise.
  • L’absence de reddition des comptes et de responsabilité de ces nombreuses instances gouvernementales et autres institutions nationales (notamment le CCME) leur permet la dilapidation de l’argent du contribuable et en temps de crise de s’élever au-dessus de tout devoir ou responsabilité à l’égard d’un pan essentiel de la population marocaine.
  • Les pseudo-responsables de ces instituions se plaisent à présenter un récit trompeur de succès et de modèle à l’international alors même que la réalité de leurs pratiques est anticonstitutionnelle et à l’encontre des engagements de l’Etat en matière de droits de l’homme. Il est temps pour ces imposteurs de céder leur place à des personnes ayant à cœur l’intérêt général, celui des citoyens marocains établis à l’étranger et non pas leurs propres intérêts.
  • La réorganisation des structures gouvernementales dédiées d’une part au dossier des MRE, d’autre part à celui des immigrés au Maroc, s’est traduite par la perte d’acquis pour les citoyens marocains à l’étranger et les immigrés au Maroc.
  • Maintenant que ces deux dossiers dépendent plus directement du Ministère des Affaires Étrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résidant à l'Étranger, en raison notamment des faibles attributions accordées à la ministre déléguée chargés des MRE, les Marocains résidents à l’étranger ainsi que les immigrés au Marion, se retrouvent relégués aux oubliettes d’un département qui entérine la perte de leurs acquis et signe leur déni au respect. La gestion catastrophique des MRE et des binationaux bloqués au Maroc, ainsi que les rares sorties médiatiques à leur sujet ces derniers mois, sont autant de preuves du mépris du ministère dont ils dépendent.
Les partis politiques
  • Les responsables des partis politiques se plaisent à conjuguer tourisme et sorties folkloriques dans les pays de résidence de leurs concitoyens en prétextant participer à l’inclusion des marocains résidant à l’étranger dans leurs programmes.
  • Les citoyens marocains établis à l’étranger, se sont retrouvés sacrifiés à l’autel des « négociations » entre partis politiques et ministère de l’Intérieur s’agissant des prochaines élections, en se mettant pratiquement d’accord sur l’exclusion des MRE de leur droit de vote et d'éligibilité pour les élections législatives à partir de leur pays de résidence, conformément au discours royal fondateur du 6 novembre 2005.
  • La citoyenneté complète des citoyens marocains résidant à l’étranger est niée par ces mêmes partis politiques alors que la constitution de 2011 inscrit leur droit à la participation politique.
  • Les partis politiques dans un système où le contrat social est central à une vie politique saine ont pour mission de défendre les intérêts et droits de leurs concitoyens et doivent animés par une vision démocratique, ne jouent pas ce rôle .Hélas, les partis politiques au Maroc s’accordent à exclure leurs concitoyens établis à l’étranger de leurs droits, et les privent de l’acquis constitutionnels les concernant, en leur niant l’accès au processus démocratique : leur refus d’œuvrer pour un code électoral permettant l’effectivité du droit de vote et d'éligibilité parlementaire à partir des pays de résidence et ce, depuis le gouvernement d’alternance consensuelle et en dépit de la Constitution organique 2011 (article 17) en est la preuve irréfutable.
Conclusions
Les Marocains résidant à l’étranger sont las d’être systématiquement dupés par les gouvernements successifs, les majorités parlementaires, les partis politiques (et syndicats à la Chambre des Conseillers) ainsi que les institutions constitutionnelles de bonne gouvernance ou de défense des droits humains comme le CCME et le CNDH censés défendre leurs intérêts. Ces institutions et partis politiques, aux pratiques anti-démocratiques et anticonstitutionnelles, sont intrinsèquement animés par un mépris certain, un irrespect indéniable, un abandon via des séries de relégations finement orchestrées à l’encontre des Marocains résidant à l’étranger.

En cet été 2020 et à l’approche notamment de la Journée nationale de la communauté marocaine établie à l’étranger (10 août) il est plus que temps pour ceux qui sont mandatés et rémunérés par le contribuable de se montrer à la hauteur de leurs missions et d’œuvrer au service de leurs concitoyens, là où sied l’intérêt général et non celui d’une poignée d’imposteurs.

Au delà du gouvernement, des parlementaires et des partis politiques, nous appelons ceux qui dirigent réellement les affaires politiques au Maroc à considérer une nouvelle approche et un nouveau départ avec leurs concitoyens établis à l’étranger : une approche de citoyenneté, de participation politique, de respect, de dignité et de reconnaissance de l’autonomie de leur mouvement associatif.

A défaut, cessez l’hypocrisie à l’encontre de citoyens animés par l’attachement à leur pays d’origine et aux valeurs démocratiques.

Abdou Menebhi
Euro-Mediterraan Centrum Migratie & Ontwikkeling





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