CHRONIQUE. Que des policiers blancs rendent hommage à un homme noir tué par un des leurs est une victoire de l'intelligence et de la raison, estime l'écrivain.

Non, Monsieur Zemmour, les races n'existent pas. Il n'y a pas de race noire ni de race blanche, ni rouge ni jaune. Il n'y a qu'une race, la race humaine, composée de sept milliards d'êtres humains. Nous sommes tous différents et nous nous ressemblons tous, quelle que soit la couleur de notre peau. D'ailleurs, le Covid-19 n'a fait aucune différence entre les uns et les autres. 

Ceux qui croyaient à l'existence des races, donc d'une hiérarchie selon la couleur de la peau, ont tenu à cette théorie pour justifier l'esclavage, le mépris institutionnalisé, une supériorité du Blanc sur le Noir. 

Il a fallu des décennies de lutte pour que la notion de race soit remise à sa vraie place. Le Larousse des années cinquante justifiait la multiplicité des races pour les hommes alors que seuls les animaux peuvent être classés par race, parce qu'ils ne se ressemblent pas et parce qu'ils sont issus de données étrangères les unes aux autres. Un éléphant ne ressemble pas à un serpent. Leur système génétique est incompatible l'un avec l'autre. Ce qui n'est pas le cas des êtres humains. C'est le même sang qui circule dans toutes les veines de l'humanité, avec des rhésus différents qui n'ont rien à voir avec la couleur de la peau. 

Quand monsieur Zemmour s'indigne de voir « des Blancs mettre genou à terre face à des Noirs » en s'exclamant « des Blancs à genoux devant des Noirs ! », c'est insupportable à entendre, comme c'est insupportable de voir les expressions de son visage outré face à une réalité qui le dépasse et qu'il ne pourra jamais admettre. 

Le racisme ne va pas disparaître parce que la planète a été émue par la mort atroce de George Floyd. Mais des citoyens du monde, de toutes les couleurs et conditions, ont été indignés par un tel assassinat. Ils ont manifesté pour que plus jamais un homme d'autorité ne profite de son statut, de son uniforme, pour humilier, mépriser, plaquer à terre un autre homme dont la couleur de la peau l'autorise à l'écraser jusqu'à ce que mort s'ensuive. Cela s'est passé en Amérique. Cela s'est passé aussi en France. Cela pourrait se passer ailleurs. Tout dépend comment on a éduqué les enfants. Si on leur a inculqué que l'humanité est divisée en plusieurs races, que certaines races sont supérieures de fait à d'autres, alors il n'y a rien d'étonnant qu'une fois adultes ils puissent se comporter comme le policier blanc de Minneapolis. Les manifestations en France pour que justice soit rendue pour Babacar Gueye, tué le 3 décembre 2015, pour Adama Traoré, tué le 19 juillet 2016, pour Angelo Garand, abattu par le GIGN le 30 mars 2017, pour Gaye Camara, abattu par la police le 20 janvier 2018, pour Ibrahima Bah, tué le 6 octobre 2019, rejoignent et participent à la vague antiraciste dans le monde, car le racisme peut passer d'une simple insulte à l'acte et tuer. Au début des années trente, on se moquait des juifs, on les humiliait dans la rue, on cassait les vitrines de leurs commerces, et puis on leur a appliqué la solution finale qui s'est soldée par 6 millions de morts. 

Le racisme, ce n'est pas une humeur, une opinion, il n'entre pas dans l'exercice de la liberté d'expression. 

Un enfant ne naît pas raciste. 
Il en a été de même de l'esclavage. Sans aller très loin dans le temps, les Noirs ont subi les pires humiliations, les pires traitements dans l'Amérique blanche, et ce, jusqu'au début des années soixante, où des droits leur ont été accordés. Mais les mentalités n'ont pas changé. Le racisme a la mémoire tenace. Que ce soit vis-à-vis des personnes dites de couleur (comme si le blanc n'était pas une couleur) ou des personnes ayant d'autres croyances, le racisme colle à la peau de l'homme, quelle que soit sa couleur de peau. C'est pour cela que l'éducation est primordiale. Un enfant ne naît pas raciste, il peut le devenir si ses parents, son environnement, pratiquent la hiérarchie des êtres humains selon des critères absurdes, irrationnels et faux. Et cela n'exclut pas les hommes de couleur du racisme. La couleur noire de la peau n'implique pas une immunité contre son propre racisme. Mais pour le moment, et cela depuis des siècles, ce sont les Noirs qui ont le plus été victimes de la barbarie du racisme, ce qui ne leur donne pas le droit de tomber dans la dérive raciste contre les Blancs, les Jaunes ou les Rouges. 

Enfin, je dirai à monsieur Zemmour, qui est apparemment intelligent et cultivé, que le fait de voir des policiers blancs rendre hommage à un homme noir tué par un des leurs est une victoire de l'intelligence et de la raison, un pas important vers l'égalité de tous les hommes face à la loi, quelles que soient la couleur de leur peau ou leur condition sociale. Ces images, ces actes symboliques sont émouvants. Ils ont impressionné des centaines de millions de personnes dans le monde. Le racisme a subi une de ses premières défaites. 




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