Les MRE face aux échéances électorales - Il vit en France depuis 1959. Il a été professeur universitaire pendant 38 ans et a été à l'origine de la création d'un groupe d'enseignement supérieur privé. Il maîtrise parfaitement les problèmes de la communauté marocaine à l'étranger. Il préside le conseil de l'Union des associations des professions libérales des Marocains de France. Et il préside également un collectif de plus de 27 associations de Marocains de France dont le but est de défendre le droit de vote des MRE dans les échéances électorales de leur pays. Abdelmajid Baghdadi nous expose son point de vue sur cette question. 

La Gazette du Maroc : quel a été votre objectif lors de la création de ce collectif ? 

Abdelmajid Baghdadi : Suite à une série de correspondances de plusieurs associations avec l'ancien Premier ministre, Abderrahmane Youssoufi, nous avons exigé une prise en compte de tous les résidents marocains à l'étranger, qui représentent environ 10% de la population. Ces actions se sont avérées vaines. Et vers le mois de juin 2002, nous avons constitué ce collectif de 27 associations de Marocains de France, régies par la loi de 1901, qui est en fait l'émanation du conseil de l'Union des associations des professions libérales des Marocains de France. Notre objectif est de défendre le droit de vote des Marocains résidant à l'étranger. Nous avons élaboré un manifeste qui a été adressé à SM le Roi et qui a eu pas mal d'échos. Nous avions dénoncé la frilosité du gouvernement de l'époque, suite à l'exclusion totale des Marocains résidant à l'étranger du paysage politique national, sans prendre en compte leur potentialité et leur dimension sur le plan mondial. 

Malheureusement, aucune action concrète n'a été enregistrée. A la suite de quoi nous avons déposé une action auprès de la chambre administrative de la Cour suprême pour demander si les Marocains de l'étranger ont le droit de voter ou bien s'ils sont considérés comme des marginaux et des exclus, bref des Marocains de seconde zone. Alors qu'ils contribuent de façon très significative au budget de l'Etat, par leurs transferts. Par conséquent, nous donner ce petit droit de vote, qui est constitutionnel, serait la moindre des choses pour reconnaître notre citoyenneté. 

Pourtant l'expérience du vote des MRE en 1983 n'a pas été concluante. 

Je suis d'accord avec vous. A l'époque, le vote a été entaché de certaines irrégularités relatives et non absolues. Par conséquent, l'expérience n'a pas été probante et ceci, en raison du choix nominé de certaines personnes, en fonction de considérations d'affinités politiques. Nous étions le premier pays à l'initier, à donner l'exemple d'une certaine démocratie et transparence. Malheureusement les conditions matérielles et techniques de l'époque étaient tout à fait fâcheuses et inopportunes. Et puis, ce n'est pas parce que deux ou trois députés ont été choisis et n'ont pas bien accompli leur devoir que nous allons bannir toute action élective. 

Sur le plan pratique, comment peut s'organiser un tel vote ? Doit-on considérer l'étranger comme une circonscription ? 

Nous avons effectivement étudié la question. Je prends l'exemple de la France où il y a 14 circonscriptions consulaires. Au sein de chaque circonscription, environ 100.000 Marocains sont immatriculés et organisés dans des dizaines d'associations et amicales. Il suffit d'avoir cette volonté de les intégrer. Par la suite, un conseil de représentants peut élire ses députés de façon démocratique. Ce qui se fait pour la France peut se faire pour d'autres pays. Cela risque d'être plus délicat, mais il ne faut pas oublier que la France représente plus de 60% de la population des MRE et plus de 70% des transferts. 

Peut-on imaginer au lieu d'une députation, une représentation à travers une personne détachée du ministère chargé des Affaires des MRE et affectée aux ambassades? 

Nous voulons des élections libres et transparentes pour finir avec cet amalgame de représentants autoproclamés. Nous ne voulons pas d'une politique de deux poids, deux mesures. Il faut quand même qu'il y ait un interlocuteur, démocratiquement élu, en plus des ambassades et des consulats. Le législatif d'une part et l'exécutif de l'autre. Ces interlocuteurs vont défendre les intérêts de la communauté auprès de toutes les instances administratives officielles. 

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