Plus un sacrifice a été important, plus il est difficile d’admettre qu’il était inutile. Qui aurait pu croire que l’état d’urgence sanitaire annoncé en mars dernier allait connaitre une deuxième puis une troisième prolongation ? Qui aurait pu croire que face à une crise difficile pour laquelle tous les moyens possibles et impossibles ont été mobilisés, le gouvernement d’El Othmani et compagnie allait sombrer encore plus dans le désarroi et l’absurdité ? 

Laissons-nous faire un peu la rétrospective de cette situation d’absurdité profondément déplorée. Vers la fin de la deuxième prolongation, il fallait attendre le 18 mai pour que le chef du gouvernement nous informe depuis la chambre des conseillés que le confinement sera prolongé pour trois semaines de plus. Dans d’autres pays qui avaient une situation sanitaire beaucoup plus critique, ce genre de décisions de déconfinement /(re)confinement sont annoncées bien à l’avance, chez nous c’était 2 jours avant !

Alors là, nous sommes encore une fois à trois jours de la date promise, et nous ne savons encore rien, hélas, sur le plan de déconfinement. Et la mauvaise surprise est de savoir que la réunion parlementaire réservée à la discussion du plan de déconfinement aura lieu le 11 juin, le lendemain de notre sortie prévue. Avez-vous compris quelques choses ? En parallèle, la presse commence à relayer l’information signée « source très proche du gouvernement » concernant une énième prolongation du (re)confinement qui nous attend après le 11 juin. 

Nous savons aussi à travers plusieurs études faites à l’échelle internationale que l’effet du confinement général sur le « R0 » de propagation épidémique est loin d’être vérifiable. Certaines études concluent même que l’absence de confinement dans certains pays comme le Suède donne globalement des résultats meilleurs qu’un confinement strict avec un système sanitaire deux fois plus important.

Si la première décision du confinement généralisé a été unanimement admise, c’est parce qu’elle était bien compréhensible vu l’effet surprise de cette crise et aussi une indispensable mise en garde face à un vélin virus dont on ne savait pratiquement rien à part sa forte vitesse de propagation.

On ne connaissait pas son évolution et encore moins comment on en soigner les personnes atteintes. Le prolongement de 21 jours, quoique discutable, a été admis pour l’argument d’une possible explosion de la contamination pendant les jours de fête. Cependant, ce serait une grande aberration que de reprolonger le confinement, qui à coup sûr le sera. Et cela serait une grande aberration que de nous faire croire que le cout économique du confinement compte pour nos gouvernants plus que son coût social et psychologique. Il serait une grande aberration que de nous faire croire que la levée du confinement est conditionnée par l’aplatissement totale de la courbe de contamination. 

Tous les pays qui ont déjà levé le confinement strict continuent d’enregistrer des cas par centaines, et dans certains pays des décès à l’équivalent de ce que nous enregistrons au Maroc en contamination. Il me semble que cette cacophonie gouvernementale est le symptôme d’un désarroi et de dysfonctionnement de nos institutions politiques.

Notre gouvernement n’a aucune idée sur ce plan de déconfinement, et à dire vrai, cela n’étonne pas trop. Toutefois, ça choque encore une fois de voir à quel point on soit peu sensible à ce que pense ou ressent le peuple qui serait choqué que le confinement continue encore au-delà du 10 juin. 

L’aberration serait aussi poussée encore plus loin dans l’inaction totale face à la situation honteuse des marocains bloqués à l’étranger. Cette histoire du dos tourné à nos compatriotes à l’étranger restera à elle seule une tâche noire dans l’histoire du Maroc pourvu que les citoyens s’en souviennent.

Par Ahmed SEBBARI
Enseignant chercheur en Sciences de Gestion – Université Cadi Ayyad
Source article : analyz.ma





0 commentaires:

Publier un commentaire

 
Top