Ce n’est plus la question de 30.000 Marocains se voyant refuser le retour chez eux, mais une affaire d’opinion publique ! A voir les réseaux sociaux, les partis politiques et les discussions entre Marocains confinés au Maroc, on prend la mesure du scandale d’Etat en train de prendre forme. Pourquoi le Maroc, la mère-patrie, refuse-t-elle de recevoir ses enfants égarés et hagards, les laissant vivre dans des conditions qui ne font pas honneur au pays ?

Le Maroc a été l’un des tout premiers pays à rapatrier ses ressortissants de Wu Han, berceau de la pandémie. Le Maroc a été l’un des premiers à confiner sa population, avec succès. Le Maroc distribue vivres, argent et facilités à ses personnes physiques et morales. Le Maroc fabrique des masques, assure ses stocks stratégiques et s’apprête à en exporter. Le Maroc, le Maroc, le Maroc… Mais le Maroc a commis, et commet encore une faute en empêchant ses ressortissants de rentrer chez eux. Aujourd'hui, les médias étrangers en parlent, ironisant sur "l'exception marocaine"...

L’Algérie a rapatrié, la Tunisie a rapatrié, la Côte d’Ivoire rapatrie, et le Sénégal aussi. Le Mali, sans moyens et en quasi guerre civile, a décidé de faire de même ! Ne parlons même pas des « grands » pays auxquels le Maroc veut désormais se comparer dans la lutte contre la Covid-19. Les plus riches que nous ont rapatrié leurs ressortissants, les moins puissants que nous aussi. Pourquoi ne faisons-nous rien pour nos gens, ces touristes, professions libérales, conférenciers, industriels, universitaires, malades partis se soigner à l’étranger ?

Pourquoi ?

Parce que cela coûte cher ? A la décharge de l’Etat, cela n’a jamais été dit.

Parce que c’est dangereux ? Alors il faut nous convaincre que le Maroc n’aurait pas pu, depuis mi-mars, accueillir et héberger sous quatorzaine dans des hôtels déserts car désertés par les touristes, 2.000 personnes par semaine. Mais pour nous convaincre, encore faut-il parler, s’exprimer, exposer les choses. A la place, rien. Le silence hautain d’un Etat qui « sait » et refuse de faire savoir.

Parce que c’est compliqué ? Inadmissible.

Auditionné au parlement par la Commission des Affaires étrangères, le ministre des Affaires étrangères et des MRE, Marocains résidents (ou relégués) à l’étranger, avait commencé par une attitude méprisante : « retour prochainement signifie retour prochainement ! », avait-il lancé aux députés qui lui demandaient une date. Cette semaine, il nous apprend que c’est le ministre de la Santé qui a la main sur ce dossier… pas lui, responsable des AE.

Attitude indigne ! M. Amzazi aurait pu avancer le même argument, mais il a assumé. M. Benchaaboune aurait pu dire la même chose, mais il a assuré. Il en va de même pour Mme Fettah, M. Akhannouch et les autres. Tous les départements ministériels sont, forcément, impactés par le confinement, mais aucun ne se défausse sur son collègue de la Santé.

Dans une administration diplomatique au bord de la crise de nerfs, avec des ambassadeurs qui se démènent, des consuls en quasi burn out, des directeurs centraux flirtant avec l’épuisement, c’est toute la machine diplomatique et consulaire qui est au front, travaillant sans cesse, sans relâche, sans comprendre ce qui se passe exactement. Mais la chancellerie insiste, répétant à l’envi avoir « hébergé, nourri et soigné près de 6.000 personnes ». Argument de très mauvais goût, rabaissant et ici aussi indigne !

Alors même que cette vieille, très vieille nation marocaine se retrouve aujourd’hui dans sa grandeur, que citoyens et Etat (re)bâtissent une relation de confiance mutuelle, que tout ou presque est fait ici, que des sourires s’esquissent derrière les larmes, personne ne s’explique cette véritable forfaiture consistant à laisser les nôtres livrés à eux-mêmes, abandonnés par leur Etat, dans des pays qui ont le plus grand mal à se gérer et qui considèrent ces gens indésirables. Et d’ores et déjà, les étudiants en jachère dans leurs pays d’accueil depuis que les annonces de suspension de l’année académique ont été faites, demandent également à rentrer. Non désirés ici, bientôt indésirables là-bas !

Des Marocains sont morts à l’étranger, d’autres souffrent le martyre, d’autres encore sont à nos portes, à Sebta et Melilla, et ne comprennent pas, l’opinion publique observe et s’émeut… et le gouvernant ne dit rien, ou bien n’importe quoi. Le droit à l’information de tout un peuple est mis sous cloche.

Le Maroc ne pourra pas relancer sa machine et redémarrer sans la confiance de ses citoyen(ne)s, et comment avoir confiance en un Etat qui ose abandonner les siens par temps d’orage, chez lberrani ? Si rien n’est fait, rien n’est dit, rien n’est prévu avant la fin du confinement et avant la fin du ramadan, quelqu’un devra rendre des comptes. Nous aurions préféré rester sur notre bonne impression de départ. C’est dommage !

Aziz Boucetta

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