Le mouvement des africains contre les vaccins illustre une défiance envers une politique de santé jugée aux mains des pays développés. Il se propage dans tout le continent une campagne anti-vaccins saisissante. 

Le message est de refuser une science qui prendrait les Africains pour des cobayes, s'enrichirait sur leur dos et, in fine, en ferait même mourir des centaines. Le mot d'ordre est à la résistance, comme cette illustration où l'on voit une femme africaine menacer d'une machette un infirmier qui s'apprête à vacciner un jeune homme.

Oui au traitement du Madagascar? Non au vaccins empoisonnés. pic.twitter.com/k6MdyUyx2v — BAMBARA (@NativeToPangaea) May 8, 2020

Sur le site spécialisé Change.org, une pétition refusant les tests de vaccin en Afrique a déjà recueilli 27.000 signatures pour un objectif de 35.000.

Tout a commencé avec cette séquence d'un débat scandaleux entre deux scientifiques sur le plateau de la chaîne française LCI, le 2 avril 2020. Deux chercheurs imaginent mener des tests en Afrique en utilisant le vaccin du BCG contre le Covid-19. Étude déjà en cours en France, convient-il de préciser.

Les termes employés, l'entre-soi, les références aux travaux menés contre le sida "sur des prostitués", soulèvent un tollé général en France qui enfle en Afrique.

"Ces gens font des annonces importantes, comme si nous n'avions pas voix au chapitre. C'est comme si on revenait à l'époque coloniale. Personnellement, je trouve cela raciste et condescendant", a déclaré à l'AFP l'ancienne ministre kényane de la Justice, Martha Karua.

La défiance des autorités sanitaires mondiales sur le remède malgache (Artémisia annua), le Covid-Organics, ne fait que renforcer la conviction des plus véhéments. Ils y voient un monde occidental suffisant, qui retirerait à l'Afrique toute compétence en matière de recherche médicale. Pire, il en ferait une terre d'expérimentation.

Une polémique qui s'agglomère à d'autres, notamment sur l'activité de la fondation Bill et Melinda Gates, et ses campagnes de vaccination, en particulier en Afrique. Beaucoup voient dans son prosélytisme pour la vaccination un intérêt plus commercial que philanthropique. Gagner de l'argent en vendant des vaccins. Des accusations jamais étayées, tout comme l'infox sur les micro-puces supposément injectées en même temps qu’un vaccin, un projet sur lequel travaillerait la fondation Bill Gates.

Africa got a herbal medicine for coronaVirus, Madagascar got a cure so Bill Gates must keep his vaccine in America. pic.twitter.com/dStlWrUp6U — BlessedWinner✊❤️ (@BlessedWinner) May 9, 2020

"L'Afrique dispose de plantes médicinales contre le coronavirus. Madagascar a un remède, aussi Bill Gates doit laisser son vaccin en Amérique."

Or l'Afrique a dans sa mémoire des souvenirs douloureux, comme celui du "Docteur la mort", Wouter Basson, qui a sévi en Afrique du Sud du temps de l'apartheid. Chef du "Project coast", il aurait fait élaborer 24 sortes de poison pour liquider la résistance interne au pouvoir raciste.

Les réseaux sociaux ayant cette capacité de transmettre sans filtre toutes les informations, avérées ou non, le front anti-vaccination commence à inquiéter. Ainsi, l'Unicef s'interroge sur les effets de cette campagne sur la vaccination des enfants pour des maladies comme la polio ou la rougeole entre autres. "La polémique des essais vaccinaux contre le coronavirus en Afrique a fait beaucoup de bruit et certains parents refusent désormais de vacciner leurs enfants", écrit La Vie Sénégalaise.

Le site rapporte les propos de la représentante de l'Unicef au Sénégal. "C’est vraiment une question de communication. Il faut donner le bon message à certaines familles. Il ne faut pas cesser ces vaccins homologués". D'autant que déjà un peu partout dans le monde, la crise du Covid-19 a interrompu les programmes de vaccination, l'urgence étant ailleurs. Et l'Afrique n'échappe pas à cette triste réalité. 




 
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